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La ville aux Acacias critique avis Bulles de Culture

Critique / « La ville aux acacias » (2020) de Mihail Sebastian

Les éditions Mercure de France inscrivent, sur leur beau catalogue, La ville aux acacias de Mihail Sebastian, édité en 1936 et disponible depuis octobre 2020 en France, qui rejoint « l’accident » paru en 2002. Auteur encore insuffisamment connu, au destin tragique, à la fois écrivain, journaliste, dramaturge, de culture juive il survécut à la seconde guerre en Roumanie, mais fut écrasé par un camion russe en 1945, à seulement 38 ans. Ses œuvres sont rares et il ne faut pas bouder son plaisir avec cet inédit de grande qualité. L’avis et la critique livre. 

Cet article vous est proposé par le chroniqueur Chris L..

Synopsis :

À quinze ans, Adriana attend l’amour, bien sûr.
Ravissante adolescente, élevée au cœur de la bourgeoisie roumaine des années 1920, elle découvre ses premiers émois, d’abord pour un beau cousin, puis pour un jeune étudiant.
Mais à part un flirt de plus en plus poussé, rien n’est permis. Jusqu’au jour où la passion risque de tout emporter…

La ville aux acacias, le temps de l’éveil adolescent

Dans la province roumaine, le temps s’écoule paisiblement au rythme des saisons, avec une rivière paresseuse la Vive, qui s’est séparée en deux bras à proximité de la ville en créant une île. La ville laisse éclater le charme de ses acacias en fleurs. C’est le temps de l’éveil adolescent pour une jeunesse protégée, plongée par instants dans des langueurs, dans la mélancolie. Adriana, quinze ans, d’une grande beauté, est sous le charme de son cousin, de huit ans son aîné, Paul, et se croît amoureuse, le temps de son séjour professionnel. Dès son départ, c’est le retour à la vie étriquée, policée, de cette ville sans aspérité.

Fille unique, choyée, scolarisée au cours Notre Dame d’Avignon, elle jouit de libertés insoupçonnées. Des amitiés solides naissent avec Cécilia, Victor et Gelou. Durant l’hiver les après-midi passés en commun chez Adriana, dans sa chambre, sont répétitifs et calmes. Pendant qu’elle effectue ses gammes au piano, Cécilia étudie et Gelou lit. Bientôt l’emploi du temps s’enrichit de leçons de piano dispensés par une professeure française. Un cadeau de son père, acheté à Bucarest pour ses seize ans, va modifier progressivement cette vie.

Le cahier de musique offert, chansons à la blonde Agnès, d’un certain Cello Violin, rapidement pris en main, révèle des complexités insoupçonnées dans  la façon d’être interprété. Ce n’est pas aussi futile qu’il y paraît à première vue. Invité d’honneur de la ville, qui jadis l’a rejeté, il remercie Adriana pour son interprétation publique très personnelle de son oeuvre.

Un roman plein de douceur apparente

Elle part rapidement à Bucarest aider sa tante à aménager l’appartement de son cousin Paul qui vient de se marier. Son épouse Lucrétia, originaire de D…, lui est connue pour avoir partagé les mêmes cours, sans aucune amitié entre elles. Leur seul point commun est celui d’avoir été à tour de rôle l’élève préférée de sœur Denise. Emerveillée par la vie trépidante de la ville, elle s’enivre par des sorties qui s’accroissent après avoir retrouvé Cello Violin par le plus grand des hasards, à un arrêt de bus. C’est l’emballement de la vie, des sentiments amoureux auxquels succèdent abattement, incertitudes, tristesse, doutes. Sa mission achevée il lui faut rentrer dans sa ville natale. Et l’inquiétude, le vague à l’âme, s’emparent d’elle, face à son incapacité à reconstituer les amitiés oubliées. Elle se sent encore plus seule lorsque Gelou part faire ses études d’ingénieur à Bucarest.

N’en disons pas plus sur l’amitié entre Gelou et Cello Violin, ni sur le retour d’Adriana à Bucarest. De nombreux secrets et surprises vont encore se dévoiler. Mihail Sebastian tisse un roman plein de douceur apparente où les émois et atermoiements des protagonistes sont parfaitement restitués ainsi que leurs indécisions, incertitudes et non-dits. Parmi les personnages secondaires émergent Elisabéta, un tantinet pimbêche, avec ses thés dansants, et Boutsa le marginal. Le travail de Mihail Sebastian est sublimé grâce à Florica Courriol, la traductrice. Un livre qui se délecte page après page, tant pour la beauté de la langue que pour son écriture fluide. Un pur moment de bonheur que d’avoir retrouver ce magnifique auteur roumain.

En savoir plus :

  • La ville aux acacias, Mihail Sebastian, Mercure de France, octobre 2020, 224 pages, à partir de 15.99 euros
Bulles de Culture - Les rédacteur.rice.s invité.e.s

Un commentaire

  1. Courriol Florica

    J’ai beaucoup apprécié cette analyse détaillée qui démontre une lecture subtile et une compréhension exacte du roman, comme j’ai apprécié le fait que l’auteur de l’article se rende compte que le style d’un auteur étranger a besoin d’une traduction appropriée. C’est rare qu’on s’en souvienne. Merci !

    Florica Courriol

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