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Inge en guerre critique avis

Critique/ « Inge en guerre » (2020) : lecture croisée avec « Les Amnésiques » (2017)

Dernière mise à jour article : 18 novembre 2020 à 13:49

Svenja O’Donnell, journaliste irlando-allemande, s’est intéressée au passé de sa grand-mère, dans Inge en guerre, paru chez Flammarion, pour la rentrée littéraire 2020. Elle mène une enquête passionnante sur cette femme qui «…maintenait ses petits-enfants à une certaine distance ». Ni roman, ni véritable récit, le livre est aussi une analyse de ce que furent les existences des allemands durant cette triste période. Une question taraude sa petite-fille, celle de savoir si ses aïeux ont été du mauvais côté, c’est à dire celui des nazis. Seule Inge est apte à répondre, elle qui n’a jamais communiqué la moindre information à qui que ce soit. Lecture croisée de Inge en guerre avec un autre ouvrage, Les Amnésiques de Géraldine Schwarz, paru en 2017 chez Flammarion.

Cet article vous est proposé par un rédacteur-invité, le chroniqueur Chris L..

Inge en guerre : grande histoire et vie privées

Mutée en Russie, Svenja qui ne connaît que Moscou et Saint-Pétersbourg, décide de se rendre à Kaliningrad, malgré toutes les alertes amicales pour éviter cette ville qui ne présente aucun intérêt. Pour elle cette destination c’est pouvoir découvrir la ville où sont nées Inge et Béatrice sa mère. C’était l‘époque où Kaliningrad s’appelait encore Königsberg en Prusse orientale. Un appel téléphonique de Svenja à Inge, déclenche chez celle ci une faille, un trouble.

Cependant il faudra beaucoup de temps, de tact, de discrétion pour que Inge confie ce que fût sa vie, par bribes, sans jamais totalement se livrer. Svenja, pour mieux s’imprégner du contexte, se plonge dans de longues heures de recherche, dans des livres ou sur internet. Elle voyage là où sa grand-mère eut l’occasion de séjourner. Inge en guerre, de Königsberg à Berlin, avec un retour chez ses parents, doit fuir au Danemark où les pires horreurs l’attendent. Les confessions de Inge permettent à Svenja d’être fière de sa grand-mère et de comprendre ce qu’elle a enduré et caché durant toute sa vie. Grande Histoire et vies privées se mêlent avec subtilité.

Lectures croisées avec Les Amnésiques : vigilance de rigueur dans les états démocratiques

Inge en guerre évoque, celui paru également chez Flammarion en 2017 (et en 2019 dans la collection Champs), Les Amnésiques de Géraldine Schwarz. Cette jeune auteure et réalisatrice franco-allemande, vivant à Berlin, a ressenti aussi la nécessité de plonger au plus profond de ses racines familiales, à savoir celles de ses grands parents allemands et français. Une analyse claire et objective permet de resituer le rôle que ses aïeux jouèrent depuis l’ascension du nazisme jusqu’à la fin de la guerre. Le cadre de ses réflexions est élargi tant au niveau historique que politique depuis la fin de la première guerre mondiale jusqu’à nos jours. Convaincue que nombre de pays n’ont pas encore réglé leurs comptes avec le fascisme et le nazisme, elle démontre que la vigilance est de rigueur dans les états démocratiques.

Géraldine qui n’a jamais connu son grand-père découvre que son père Volker et sa tante savaient que Karl Schwarz avait mal acquis sa société de produits pétroliers. Il a profité des lois raciales en vigueur en Allemagne pour spolier deux frères juifs, de leur patrimoine. Cette dépossession met en cause toute une génération allemande qui ne pouvait pas ne pas savoir ce qui arrivait à la population juive qui était évacuée vers d’autres lieux. Le sentiment de culpabilité est d’autant plus grand, que son grand-père a fait trainé en longueur, depuis 1948, les poursuites engagées à son égard par un des deux frères réfugié aux Etats-Unis, pour retarder au maximum l’indemnisation.

Cette véritable enquête journalistique, à partir de réflexions sur sa famille, est menée avec une grande maîtrise. Une étude de qualité, fouillée, indispensable, renseignée, où Les Amnésiques « étaient simplement des Mitläufer, des personnes qui marchent avec le courant. »

Deux jeunes femmes qui ont voulu appréhender le degré de responsabilité, voire de culpabilité de leurs familles, durant la seconde guerre mondiale et qui offrent deux livres passionnants où le lecteur apprend beaucoup. Deux approches très complémentaires qui laissent apparaître des blessures non cicatrisées. 

En savoir plus  :

  • Inge en guerre, Svenja O’Donnell, Flammarion, août 2020, 368 pages, à partir de 14.99 euros (numérique)
  • Les Amnésiques, Géraldine Schwarz, Flammarion, mars 2019, 480 pages, à partir de 9.00 euros 
Bulles de Culture - Les rédacteur.rice.s invité.e.s

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