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© Khatia (Juda) Psuturi - Maneki Films / Easy Tiger / KAZAK PRODUCTIONS / Films Grand Huit

[Interviews] Vers un cinéma de guerre français ? Entretien avec Sophie Tavert et Gauthier Battoue

« Comment en arrive-t-on à tuer quelqu’un (…) et le soir rentrer chez soi manger des pâtes en étant complètement détaché ? »

[Interviews] Vers un cinéma de guerre français ? Entretien avec Sophie Tavert et Gauthier Battoue 1 image
« Good Kill » © D.R.

Bulles de Culture : Gauthier, qu’est-ce qui t’intéresse humainement dans les formes contemporaines de la guerre ?

Gauthier Battoue : Comment en arrive-t-on à tuer quelqu’un ou donner l’ordre de tuer quelqu’un et le soir rentrer chez soi manger des pâtes en étant complètement détaché de ce geste ? Comment on arrive-t-on à faire partie d’une machine monstrueuse où on voile les femmes, on les viole, on les égorge, et on va faire des attentats dans les pays étrangers ? Et comment chacun de ces personnages, alors qu’ils sont tous de bords opposés, va se dire qu’il fait le bien à sa manière. 

Bulles de Culture : Le personnage de Damien Jouillerot a toujours vécu dans le virtuel, alors que le personnage de Marina Hands, elle, a conscience de la réalité. Elle est tellement attachée à ses traumatismes et à une morale qu’elle s’est créée à partir de ses traumatismes, qu’elle préfère ne pas obéir aux ordres. Le film soulève des questions existentielles sur ce sujet…

Gauthier Battoue : Dans le prolongement de ça l’idée du long-métrage, c’est vraiment de poser la question du moment où tu transgresses les règles et pourquoi. Au risque de te faire virer ou de te faire tuer, qu’est-ce qui fait qu’à un moment tu te dis que ça vaut la peine de tout perdre ?

Le pilote de drone qui a une cible et un enfant arrive sur cette cible au dernier moment, c’est un fait divers réel. Le gars s’appelle Brandon Bryant. Après, on lui a dit que c’était un chat pour le déculpabiliser. Good Kill de Andrew Niccol raconte les mêmes faits que À distance mais le traitement et les personnages sont différents et la conclusion n’est pas la même. On a décidé de produire le film quand même.

« La plupart des reporters de guerre sont extrêmement engagés »

MAD de Sophie Tavert Macian image cinéma film court-métrage
« MAD » de Sophie Tavert Macian © Films Grand Huit

Bulles de Culture : Sophie, le personnage principal de MAD est une femme journaliste très jeune, Madeleine, qui se bat pour que le journalisme continue dans une zone où il n’y en a plus. Pour autant, elle est prête à moins de sacrifices que son nouvel ami Mazen, qu’elle rencontre dans une situation dramatique. Que raconte cette différence d’engagement entre les deux personnages ?

Sophie Tavert : Pour nous en France, les reporters qui partent font un métier. On peut le faire pour des raisons très humanistes mais malgré tout, cela reste un travail. L’autre personnage, Mazen, est un citoyen-reporter qui a décidé de prendre une caméra pour raconter tout ce qui se passe autour de lui. Lui joue sa vie : c’est son pays, c’est son avenir, et évidemment il est prêt à tout pour que les choses changent.

Bulles de Culture : Madeleine n’est pas non plus n’importe quelle journaliste : elle est l’une des dernières à être restée en Syrie au cœur de la guerre. Au tout début du court-métrage, elle tente de filmer et n’arrive pas à cadrer à cause du tremblements des bombes autour d’elle.

Sophie Tavert : La plupart des reporters de guerre sont extrêmement engagés. Madeleine n’a rien d’exceptionnel là-dedans, rien de spécialement héroïque. Elle a vraiment le profil type : prête à aller très loin, à prendre beaucoup de risques pour rapporter des images, raconter ce qu’elle a vu. Sur les terrains compliqués comme ça, il y a beaucoup de très jeunes journalistes indépendants qui débarquent pour se faire les dents, qui ont 24 ou 25 ans, qui sont ultra-pros et aguerris. Je me suis inspirée d’une jeune femme de 25 ans qui a été tuée en Syrie. Le journalisme de guerre est un engagement très spécifique, ce sont des profils particuliers qui partent. Des gens particulièrement humanistes qui arrivent à affronter des situations extrêmes pour nous en ramener quelque chose.

« Le Festival Kinoma permet d’avoir un vrai questionnement sur ton projet et de vraies rencontres »

Bulles de Culture : Le festival Kinoma a-t-il une spécialité par rapport aux autres festivals ?

Gauthier Battoue : Le thème de cette année était les court-métrages qui passent au long-métrage. Ça m’a permis de rencontrer des distributeurs, des producteurs. Je vais rester avec ma productrice Jessica Rosselet, mais du côté des distributeurs, c’est très intéressant car ils m’ont demandé de leur envoyer mon scénario quand il sera terminé. Ça m’a beaucoup aidé. Le jury de professionnels ne te connaît pas et ils organisent un speed-dating avec chacun d’entre eux, producteurs, distributeurs et directrice de casting, et ils voient le court-métrage après. Cela permet d’avoir un vrai questionnement sur ton projet et de vraies rencontres.

Propos recueillis à Paris les 3 octobre et 8 novembre 2018.

En savoir plus :

  • Le Festival Kinoma a lieu tous les ans en juin à la Bibliothèque nationale de France (Paris, France)
  • À Distance de Gauthier Battoue est disponible en DVD
  • Page du film MAD de Sophie Tavert sur le site de la société de production Films Grand Huit
Zoé Klein

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