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Roulez jeunesse du Julien Guetta

[Critique] « Roulez jeunesse » (2018) de Julien Guetta : un drame comique

La faute des mères

Roulez jeunesse de Julien Guetta photo
© Ivan Mathie

Le film Roulez jeunesse est construit sur deux dynamiques opposées, celles des mères qui sont « trop ». Trop absentes ou trop présentes. Alors, en tant que maman, je me suis demandée : «On fait toujours mal ? Alors pourquoi est-ce toujours la faute des mères ? »
Julien Guetta interroge le lien filial et on notera que les pères sont totalement absents dans ce film.
« Comment se construire avec l’héritage familial ? Comment continuer à vivre quand il y a des absents ou au contraire quand il y a un membre qui prend trop de place ou toute l’attention ? », s’est ainsi interrogé le réalisateur.

La transmission familiale

Roulez jeunesse de Julien Guetta photo
© Celine Nieszawer

Ce sujet de la transmission est abordé en plein et en creux dans le long métrage Roulez jeunesse. Pour Alex, c’est la transmission du garage dont sa mère hésite à lui léguer les clés. Il faut bien avouer qu’il ne prend pas sa place, qu’il ne paraît pas franchement intéressé.
Que transmet-t-on lorsqu’on est trop présent ? La mère d’Alex « empêche son enfant de grandir alors qu’elle l’exhorte constamment à saisir ses responsabilités ». Elle est interprétée avec grâce par Brigitte Roüan.
Que transmet-t-on lorsqu’on est trop absent ? La question est posée en creux, par l’absence de la mère ou de tout entourage pouvant étayer des enfants, ici totalement abandonnés à leur propre sort.

Je crois beaucoup à ces micro-évènements qui changent le cours d’une vie. Une seconde peut suffire à prendre une nouvelle direction.
— Eric Judor

Alex, lui, finit par trouver sa voie

Roulez jeunesse de Julien Guetta photo
© Ivan Mathie

A un moment, il faut se prendre en main et décider pour soi-même, s’émanciper de l’héritage familial sans nécessairement le renier. Le personnage d’Alex grandit et devient responsable, il trouve sa voie, donne du sens. « Et toi, qu’est-ce que tu fais avec nous ? », demande un des enfants. « Moi ? Je fais ce que je sais faire, je dépanne », répond-il.
Cette aventure l’aide aussi à trouver sa « voix », sans jeu de mot pourri. En effet, à un moment donné, le personnage se retrouve dans l’impasse, il est obligé de changer, d’évoluer. Lui qui ne gère pas vraiment sa propre vie, qui reste dans la légèreté et la facilité, se retrouve à devoir gérer les problèmes (graves) de trois enfants. Et par ce prisme, il réussit enfin à exprimer sa colère, son ras-le-bol. En soulageant les enfants, il parvient à exprimer ses propres émotions (voir la scène dans la casse).
En se libérant ainsi, le personnage évolue et gagne en profondeur jusqu’à une scène capitale et surprenante où Alex/Eric Judor laisse place à une émotion brute.

Marjolaine Gaudard

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