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Les Chatouilles d'Andréa Bescond et Eric Métayer affiche film cinéma

Critique / « Les Chatouilles » (2018) d’Andréa Bescond et Eric Métayer

Dernière mise à jour article : 25 septembre 2020 à 11:01

Les Chatouilles, film français des réalisateurs Andréa Bescond et Eric Métayer avec Andréa Bescond, Karin Viard et Clovis Cornillac, a été présenté dans la section Un Certain Regard – Festival de Cannes en 2018. L’avis et la critique film de Bulles de Culture.

Synopsis :

Odette (Cyrille Mairesse) a huit ans, elle aime danser et dessiner. Pourquoi se méfierait-elle d’un ami de ses parents qui lui propose de « jouer aux chatouilles » ? Une fois devenue adulte, Odette (Andréa Bescond) libère sa parole, et se plonge corps et âme dans sa carrière de danseuse et dans le tourbillon de la vie…

Les Chatouilles, les difficultés d’une prise de parole pour les victimes mineures de viols

Andréa Bescond et Eric Métayer ont adapté leur pièce de théâtre Les Chatouilles ou la danse de la colèretirée d’une histoire vraie. Si le titre amuse, c’est pourtant bien d’abus sexuels sur mineurs dont il s’agit. Plus particulièrement, l’œuvre aborde les difficultés pour une victime de parler une fois devenue adulte. Le film Les Chatouilles suit ainsi le cheminement allégorique d’une psychanalyse effectuée par le personnage principal. Grâce à ce traitement, elle va mener un long combat pour vivre avec ce passé insupportable.

De ce fait, la mise en scène se construit autour de scènes issues de l’imagination ou des souvenirs d’Odette. Ils sont nombreux, et parfois incertains. La réalisation joue beaucoup de ces approximations qui donnent au récit une grande liberté. Ainsi, au fil des pensées de la protagoniste, un homme peut être une femme d’un plan à l’autre. De plus, certains dialogues exutoires sont hors réalité, comme lorsque l’héroïne se confie à son petit ami délinquant qu’elle peut à ce moment-là tout lui dire car la scène n’est alors que le reflet de ses pensées alors qu’elle est dans la salle d’attente de sa psy.

Dès que Les Chatouilles se passe dans la réalité, c’est beaucoup plus dure pour la victime. En effet, le film est très didactique sur les difficultés de l’aveu. La mère d’Odette, incarnée par Karin Viard, réunit à elle seule un bon nombre de ces questionnements qui sont souvent des freins à la confession : est-ce ce ne sont pas des faits qui ont été mal interprétés par l’enfant ? Que va penser l’entourage ?

L’histoire n’hésite pas à tirer de gros traits, faisant du personnage de Karin Viard une femme abjecte et égoïste. Le film tombe aussi plutôt bien dans un contexte de réflexion politique autour de la réforme de la prescription des crimes sexuels commis sur des mineurs.

Une direction d’acteurs relativement faible

Cependant, la réalisation est relativement maladroite pour ce premier film, Les Chatouilles, concourant pour la Caméra d’Or au Festival de Cannes en 2018. Les deux réalisateurs ont du mal à diriger les acteurs.

Par exemple, l’attitude du psychologue (Carole Franck) apparait bien trop grossière lorsqu’elle confie à la protagoniste ne pas être compétente pour prendre son cas en mains.
Le tempérament d’Odette est également sujet à incompréhension. Elle est à la fois femme forte et exigeante, mais sa souffrance est parfois difficilement perceptible au cours du récit.
Enfin, il est dommage de retrouver ici Gregory Montel qui joue finalement un amoureux dévoué pas si éloigné de son rôle dans la série Dix pour cent.

Malgré ces faiblesses, le film a un potentiel émotif fort. Les plus beaux moments sont des instants d’amour père/fille avec Clovis Cornillac. L’intensité dramatique est forte lorsqu’Andréa Bescond et lui se prennent dans les bras lors de la scène de la voiture devant le commissariat.

Pour Pierre Deladonchamps, que l’on voit pour la seconde fois au Festival de Cannes en 2018 après Plaire, Aimer et Courir Vite (Christophe Honoré), c’est un rôle compliqué. Lui qui a l’habitude d’incarner des personnages bienveillants est ici le pédophile. Malgré quelques techniques pour le transformer physiquement (quelques postiches et un fort maquillage), sa figure encore juvénile rend difficile une totale crédibilité dans ce rôle. On a effectivement du mal à le détester deux jours après avoir souffert avec lui dans le film d’Honoré.

Cependant, attention au délit de faciès comme cela est bien mentionné dans le film par le père d’Odette. Un pédophile n’a pas de visage. C’est d’ailleurs peut-être pour cela que le choix du casting est si intéressant.

En savoir plus :

Antoine Corte

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