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Back Home - Marguerite & Julien - La Loi du marché affiches films cinéma

Critiques / « Back Home », « Marguerite & Julien » et « La Loi du marché »

C’est déjà le jour 7e du Festival de Cannes ! Et à mi-parcours, il fait basculer les festivaliers dans un tunnel qui les mène vite à la fin. On commence ainsi à avoir en tête une idée du palmarès. La journée fut pourtant très décevante avec deux films en deçà des espoirs : Back Home (Louder Than Bombs, 2015) de Joachim Trier et Marguerite & Julien (2015) de Valérie Donzelli. Heureusement, La Loi du marché (2015) de Stéphane Brizé vient nous sortir de cette torpeur en créant LE choc du festival. Ci-dessous notre résumé quotidien.

Back Home, une première grande déception

 
Plus fort que les bombes - image
 © Jakob Ihre/Motlys

Back Home de Joachim Trier est la première grande déception de ce festival. Une histoire à la base touchante peut se transformer en un vrai mélodrame suintant la caricature.

Le personnage incarné par Gabriel Byrne vit avec ses deux enfants après le suicide de sa femme, Isabelle Reed, photographe de guerre. Cependant, le père n’a jamais avoué à son cadet les raisons exactes de la mort de sa mère, lui faisant croire à un accident. Un journaliste, amant de cette dernière, souhaite révéler au grand jour la vérité. Le personnage de Gabriel Byrne est alors obligé de renouer le contact avec ses enfants, encore traumatisés par le deuil.

Il y a beaucoup de défauts dans l’œuvre de Joachim Trier. En premier lieu, c’est la manière dont il tient sa caméra. Les plans à l’épaule sont tremblants, inexacts et compliqués. Ils donnent un aspect superfétatoire à une intrigue basée sur des sentiments censés être profonds.

Par ailleurs, le scénariste a manqué la construction de sa dramaturgie. Par exemple, alors qu’on est en plein cœur de l’intrigue dans une scène capitale, un dialogue entre les deux frères — la simple lecture d’une lettre — est le prétexte à une incompréhensible succession de plans.

Isabelle Huppert, pourtant actrice de talent, est ici très décevante. Elle ne donne rien de novateur mais se complaît dans une attitude lancinante.

En savoir plus :


  • Date de sortie France : 09/12/2015
  • Distribution France : Memento Films Distribution 

Marguerite & Julien : pas mieux !

Marguerite & Julien - image
 © D.R.

Comme si le festival organisait une loi des séries, la présentation de Marguerite & Julien de Valérie Donzelli n’a pas convaincu. En plein Moyen Âge hasardeux, un frère et une sœur s’aiment d’un amour incestueux. Leur famille souhaite absolument les séparer pour éviter la clameur populaire, sans succès car les deux amants vont s’enfuir ensemble.

Burlesque, inhumaine, l’œuvre est clairement en dessous de La Guerre est déclarée. Tout énerve dans la proposition de Donzelli : sa voix-off incessante, sa mise en scène bluette et ses dialogues sans intérêt (« Si tu es mon frère et que nous avons des enfants, tu seras à la fois un père et un oncle »). Du grand n’importe quoi ! Même les deux acteurs, Anaïs Demoustier et Jérémie Elkaïm, sont complètement insipides.

Enfin, les effets de style ne sont pas non plus à sauver. La réalisatrice a souhaité casser les codes de l’histoire en insérant dans son récit d’antan des hélicoptères, des radios ou autres objets contemporains. La raison ? Elle n’est pas très claire.

En savoir plus :


  • Date de sortie France : 02/12/2015
  • Dsitribution France : Wild Bunch Distribution

La Loi du marché : Stéphane Brizé, du génie !

La loi du Marché - image
 © Nord-Ouest Films – Arte France Cinéma

Tout aurait été morose si La Loi du marché de Stéphane Brizé ne nous avait pas transcendé. L’histoire met en scène Vincent Lindon qui vient de se faire licencier. A 50 ans, son personnage doit chercher du travail dans un contexte économique difficile. Il doit alors affronter les affres administratives et souvent inutiles de Pôle emploi, avec entrainements à l’entretien d’embauche et propositions de formations sans débouchés.

Tout est criant de vérité. C’est un film sur la vie. Pour cela, Stéphane Brizé adopte un style très épuré. Le rythme est lent. Pour autant, il n’y a aucun ennui. Certaines scènes provoquent des envies de révolte, notamment lorsqu’il est embauché dans un magasin de grande distribution pour fliquer les hôtesses de caisses et contrôler les voleurs. On réussit à rire jaune de situations tragiques.

On est dans l’affect car on s’identifie tous à cette misère du personnage. On imagine un prix d’interprétation masculine pour Vincent Lindon, acteur brillant, oublié des palmarès français. Néanmoins, on a un doute sur la capacité du film à toucher au-delà des frontières, tant il dépeint une situation française, avec ses lourdeurs et ses aberrations.

Quelque soit le résultat, Stéphane Brizé a donné du grand cinéma français.

En savoir plus :


Antoine Corte

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