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Interview / Michel Bernard pour « Le Bon Sens » (2020)

Michel Bernard a sorti le 3 janvier 2020 Le Bon Sens, deuxième volet de son diptyque consacré à Jeanne d’Arc. Ce nouvel ouvrage évoque le procès en réhabilitation de la Pucelle d’Orléans, dix-huit ans après sa condamnation à mort. Bulles de Culture a rencontré l’auteur à l’occasion du Salon du Roman Historique de la ville de Levallois en 2020. Notre interview.

Synopsis :

Novembre 1449, dix-huit ans après la condamnation pour hérésie de Jeanne d’Arc, Charles VII chasse les Anglais de Rouen. La fin de la guerre de Cent Ans est proche : il faut achever la reconquête du territoire, panser les plaies des provinces dévastées et réconcilier les partis engagés dans la guerre civile. Promettant le pardon et l’oubli, le roi ordonne pourtant une enquête sur le procès de 1431. Malgré la résistance d’une partie de l’Église et de l’Université, quelques hommes opiniâtres, rusant avec la raison d’État, vont rechercher preuves et témoins pour rétablir la vérité, le droit et l’honneur de la jeune fille.

Interview de Michel Bernard pour le roman Le Bon Sens

Bulles de Culture : Le Bon Sens est votre deuxième ouvrage sur Jeanne d’Arc après Le Bon Cœur. Est-ce qu’il y aura une suite ?

Michel Bernard : Je suis tenté mais il n’y a pas de projet. Pourtant, un lecteur m’a dit avoir adoré Dunois (le compagnon d’armes de Jeanne d’Arc) dans mon récit. Vous savez, c’est un collectionneur d’art, une carrière extraordinaire. A la fin de sa vie éblouissante, il a fait renverser la barre de bâtardise sur son blason une fois le royaume délivré grâce à ses services. C’était un homme droit, l’un des seuls à avoir soutenu Jeanne d’Arc. Je vais donc réfléchir à faire un troisième ouvrage autour de ce personnage symbolique de Dunois. 

Bulles de Culture : Qu’est-ce qui vous passionne autant dans l’écriture de romans historiques ? 

Michel Bernard : Le roman historique permet d’injecter de la passion dans l’Histoire. A certains égards, le roman historique est l’anti-marxisme qui privilégie les instincts humains et qui ne s’attache pas aux déterminismes. Le Bon Sens est rempli de passions d’hommes intellectuels. Certaines sont mauvaises : l’ambition, le carriérisme, le mensonge. D’autres sont des passions nobles. L’ouvrage est une recherche de justice. Le peuple français va, contre la raison d’état, rétablir le droit d’un procès initial bafoué. Le contexte historique n’est alors pas facile. La France sort d’une effroyable guerre civile très longue. 

« Jeanne d’Arc est morte mais elle agit »

Bulles de Culture : Avez-vous conscience de la tournure judiciaire qu’allait prendre Le Bon Sens

Michel Bernard : Non, c’est venu progressivement. Quand j’écris, je me documente en écrivant. J’apprends des choses en cours de rédaction. L’aspect enquête, très important dans le livre, m’est apparu alors que j’avais déjà le projet. Je suis tombé sur Thomas de Courcelles, qui « a changé de cheval » : de soutien du roi d’Angleterre, il est devenu soutien du roi de France au cours de la guerre de Cent Ans. C’est lui qui va rédiger le procès-verbal, avec l’archiviste Guillaume Manchon, du procès de Jeanne. Thomas de Courcelles a été juge de Jeanne d’Arc à son premier procès. Je me suis dit : « Il va essayer de dissimuler son erreur dans la condamnation ». Il est même l’un des deux seuls juges à avoir insisté pour l’application de la torture. 

Bulles de Culture : Même si Jeanne d’Arc est morte dix-huit auparavant, elle est très présente dans le roman, même davantage que dans votre premier livre où elle était encore vivante…

Michel Bernard : C’est très juste ! C’est du fait de la parole. Il faut savoir que le premier document consulté par Jules Michelet, quand il fût nommé directeur des archives de France au 19e siècle, était le procès de Jeanne d’Arc. C’est l’un des documents le plus mystérieux et fascinant de l’histoire. La parole de Jeanne lors de ce procès saute au visage de Michelet. Ee qui est arrivé à Michelet au 19e siècle est arrivé aux hommes qui, 20 ans après sa condamnation, ont ouvert les archives. Quand on lit le procès et qu’on sait que cette jeune femme va mourir injustement sur le bûcher, on est bouleversés. Le Bon Sens, c’est la manière dont agissent des personnes bouleversées par la parole. Jeanne d’Arc est morte mais elle agit. La mort est présente mais ses anciens compagnons se souviennent d’elle avec émotion. 

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Antoine Corte

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