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Jean-Paul Delfino image couverture livre Assassins ! roman

Interview / Jean-Paul Delfino pour « Assassins ! » (2019)

Bulles de Culture a rencontré l’auteur Jean-Paul Delfino pour son roman Assassins ! à l’occasion du Salon du Roman Historique 2020 de la ville de Levallois. L’ouvrage, qui enquête sur la mort d’Emile Zola, était en sélection pour le Prix des lecteurs de Levallois. Notre interview.

Synopsis :

En 1897, la publication de J’accuse… ! plonge la France dans un climat délétère où l’antisémitisme s’affiche fièrement. Au coeur de la polémique, Émile Zola déchaîne des torrents de haine, devenant la cible privilégiée des confrères jaloux, des ligues et de la presse d’extrême droite. Jusqu’à devenir l’homme à abattre ? La piste est sérieuse lorsqu’en 1902, l’auteur des Rougon-Macquart succombe à une intoxication suspecte au gaz méphitique. Qui, parmi ses proches ou adversaires, avait intérêt à le faire définitivement taire ?

Interview de Jean-Paul Delfino pour le roman Assassins !

Bulles de Culture : Quelle est la genèse du livre Assassins ! ?

Jean-Paul Delfino : La liberté ! Nos libertés individuelles se réduisent. Il n’y a plus qu’un seul son de cloche par évènement. Pour la mort d’Emile Zola, c’était « il est mort par accident ». Or, lorsqu’on se met à fouiller les poubelles de l’Histoire, on se rend compte que la vérité peut être ailleurs. J’ai passé 14 mois à ne rien écrire sur le livre et à uniquement me renseigner en lisant les différentes biographies de Zola et la presse de l’époque grâce à Gallica.fr, outil formidable de la Bibliothèque nationale de France. J’ai fait un véritable travail de journaliste d’investigation. 

Est-ce que Zola a été assassiné ? Pour moi, cela ne fait aucun doute. En 1953, Jean Bedel, qui travaillait au journal Libération, a découvert qu’un certain Henri Buronfosse aurait bouché la cheminée d’Emile Zola. Le journaliste s’est arrêté là dans son enquête. Je me suis penché sur l’organisation autour de Buronfosse. J’ai eu la sensation d’ouvrir la boîte de Pandore. Je suis alors tombé sur des noms qui m’ont énormément déçu, comme Alphonse Daudet et son fils, Paul Cézanne… Quand on cherche, on finit par trouver. Et je peux dire aujourd’hui que j’ai trouvé les assassins de Zola. 

« L’antisémitisme est une bête immonde que Zola a combattue »

Bulles de Culture : Est-ce que vous vous imaginiez un tel vent antisémite à cette époque-là en France ? 

Jean-Paul Delfino : Je savais la France très antisémite à cette période de Zola, mais je ne connaissais pas l’ampleur de ce fléau. Comme tout lettré, on sait que la France n’a pas toujours été la patrie des droits des l’homme. Nous ne sommes pas une nation exempte de tout reproche. J’ai découvert une France qui m’a horrifié. J’ai lu attentivement les 1200 pages de la France juive d’Edouard Drumont et quelques livres d’Alphonse Daudet. J’ai lu aussi tous les articles de La Libre Parole, organe de presse de Drumont. Et puis, j’ai lu les discours prononcés en Algérie, où le premier foyer de l’antisémitisme français a commencé à émerger. 

On se pose alors deux questions : est-ce qu’il faut tout dire ? Est-ce qu’il faut se taire ? Evidemment, j’ai tout dit. Ce qui me vaut des attaques, menaces et insultes. Cela n’a pas changé depuis Zola. On me traite de petits malins qui a écrit son livre pour faire plaisir « aux petits juifs qui ont la mainmise sur les prix littéraires ».  J’ai également été traité de « mauvais français ». Je cherche à débattre avec les gens qui m’insultent, mais ce n’est pas possible car ils agissent dans l’ombre. L’antisémitisme est une bête immonde que Zola a combattue. Je suis juste un petit artisan qui essaie d’apporter sa pierre à l’édifice. 

« L’Histoire bugue ! »

Bulles de Culture : Assassins ! n’étant pas votre premier livre historique, qu’est-ce qui vous passionne autant dans ce genre littéraire ?

Jean-Paul Delfino : Cela me passionne de plonger dans le Paris des années 20, mais j’ai surtout beaucoup de mal à me retrouver dans l’époque actuelle. Je ne sais pas comment la prendre sur le plan littéraire. Mon prochain roman, qui sort en septembre 2020, La Isla Negra, est mon premier livre contemporain. Je crois qu’on a beaucoup à apprendre du passé. Si on ne sait pas d’où on vient, on ne sait qui on est, il est alors impossible de se projeter dans l’avenir de façon logique.

L’Histoire est toujours écrite par les vainqueurs. En règle générale, ces vainqueurs sont blancs, des hommes et ne sortent pas du cadre. Mon travail est d’aller chercher là où les autres ne vont pas. Je veux par exemple savoir pourquoi l’antisémitisme est toujours là. On me dit d’ailleurs qu’Assassins ! est d’une actualité brûlante alors que la trame narrative se passe il y a plus d’un siècle. L’histoire bugue !

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Antoine Corte

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