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Dark Waters affiche film 2020 critique

Critique / « Dark Waters » (2019) : profit(ez) !

A l’heure du scandale du glyphosate, plongez en eaux troubles avec Dark Waters de Todd Haynes. A l’honneur, une matière plastique côtoyant notre quotidien : le téflon. La critique film et l’avis de Bulles de Culture. 

Synopsis :

Robert Bilott est un avocat spécialisé dans la défense des industries chimiques. Interpellé par un paysan, voisin de sa grand-mère, il va découvrir que la campagne idyllique de son enfance est empoisonnée par une usine du puissant groupe chimique DuPont, premier employeur de la région. Afin de faire éclater la vérité sur la pollution mortelle due aux rejets toxiques de l’usine, il va risquer sa carrière, sa famille, et même sa propre vie…

Après avoir incarné un journaliste horrifié par la pédophilie des prêtres dans Spotlight (2016) de Tom Mcarthy, ayant reçu l’oscar du meilleur film, Mark Ruffalo (Avengers : Endgame, 2019 ; Thor : Ragnarok, 2017 ; Spotlight, 2015 ) s’engage à nouveau, mais cette fois-ci, sous le costume d’un avocat dans le long métrage Dark Waters.

C’est lorsqu’un fermier, Wilbur Tenant, voisin de sa grand-mère, remarque que la santé de ses vaches se détériore depuis l’installation du dépôt Dupond près de sa ferme, qu’il commence son enquête. Le suspect : le PFOA, molécule utilisée dans la fabrication du téflon.

Dark Waters : en toute impunité

L’entreprise américaine DuPont, ayant un chiffre d’affaire actuel de plusieurs milliards de dollars, est notamment connue pour le développement de polymères comme le Néoprène, le Téflon, le Kevlar, le Lycra. Qui pourrait croire que ce groupe privé, ayant œuvré à la liberté humaine en nous épargnant des heures de grattage et de vaisselle, possède une once de malice ? Et pourtant…

Le scandale éclate au début des années 2000, lorsque Robert Billott interprété par Mark Ruffalo (Avengers : Endgame, 2019 ; Thor : Ragnarok, 2017 ; Spotlight, 2015) lance un recours juridique contre le roi du plastique. Chef d’accusation ? Rien de moins que la contamination de 70 000 personnes. Pendant des décennies, ils ont rejeté volontairement leurs déchets contenant du PFOA, empoissonnant ainsi les réserves d’eau potable de plusieurs régions.

Serions-nous crédules en pensant que le groupe chimique DuPond n’avait pas connaissance de la dangerosité de leur molécule ? Oui… Car le plus fou, dans tout ça, c’est qu’après plusieurs suspicions et plaintes d’ouvriers, l’entreprise a réalisé ses propres tests en se servant de leurs salariés comme cobayes. Les résultats montrèrent une réelle nocivité du PFOA (jugé par la suite potentiellement cancérigène, par Le Centre International Contre le Cancer). C’est donc en toute connaissance de cause que ce bienfaiteur du logis empoissonnait insidieusement ses concitoyens et, décidèrent de ne pas exploiter des alternatives pour ne pas renoncer à leur profit.

Dark Waters de Todd Haynes (Le Musée des merveilles, 2017 ; Carol, 2015) nous montre le long combat mené par cet avocat, où nous avons plaisir de retrouver un Mark Ruffalo convaincant dans ce rôle altruiste, qui nous rappelle celui de Julia Roberts dans Erin Brockovich, seule contre tous (2000) de Steven Soderbergh. Son jeu maîtrisé donne du crédit à cette œuvre qui pourrait être injustement critiquée en raison de son caractère engagé.

Une stratégie opaque

Les outils utilisés par ces groupes privés pour se défendre laissent songeurs. Il y a bien sur, les armes juridiques. Puis il y a celles de l’opinion. D’abord, le prestige. Les grands cabinets d’avocat n’osent pas s’attaquer à une entreprise séculaire, dont le chiffre d’affaires est curieusement garant de son honnêteté. Puis, la philanthropie. L’industrie DuPond s’installe dans des villes pauvres donnant ainsi du travail à toute une population. Elle finance des œuvres, des associations, la communauté citoyenne. La manne offerte fait donc vivre des familles.

On peut alors se demander quelle est la pensée initiatrice de ces financements philanthropes. Œuvrer au bien commun ? Profitez ! Nous ne voulons que votre bien. Ou acheter l’opinion dans le but de parer un scandale, qu’ils savent par avance, inéluctable ?

Bien que cette critique cinématographique qu’est Dark Waters prenne des allures de pamphlet envers le chimiste DuPont, nous vous conseillons, en ces temps de pluie, de venir vous réchauffer dans les fauteuils rouges des salles obscures. Et rassurez-vous, les séances de cinéma ne rentrent pas dans la catégorie « manifestation de plusieurs milliers de personnes » pouvant être annulée, pour cause de risque sanitaire lié au coronavirus.

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 26/02/2020
  • Distribution France : Le Pacte
Pierre L.

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