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The Banker affiche film Apple TV critique

Critique / « The Banker » (2020) : premier film Apple TV+

En pleine période de confinement lié au Covid-19, la plateforme Apple TV+ sort en catimini son premier film, The Banker. Réalisé par George Nolfi, ce film, sur des entrepreneurs noirs américains durant la ségrégation, vaut pourtant amplement le coup d’oeil. L’avis et la critique film de Bulles de Culture.  

Synopsis :

Deux entrepreneurs afro-américains, Bernard Garrett (Anthony Mackie) et Joe Morris (Samuel L. Jackson), défient les lois raciales, en vigueur dans les années 50 aux Etats-Unis, en recrutant un ouvrier blanc, Matt Steiner (Nicholas Hoult). Ils décident de l’installer à la tête de leur entreprise afin de développer leur business.

The Banker : dans la veine de Green Book

Attendu pour la course aux Oscars 2020, The Banker aurait pu être un évènement pour la nouvelle plateforme Apple TV+ qui se serait ainsi imposé comme l’un des concurrents Netflix et Amazon Prime Video dans la course aux plateformes SVOD. Cependant, les accusations d’agressions sexuelles contre l’un des coproducteurs du film a freiné inexorablement la carrière de long métrage de George Nolfi

Les qualités de The Banker sont pourtant indéniables, permettant de faire rentrer l’oeuvre dans la catégorie des grands films militants contre la ségrégation raciale, à l’instar Green Book : Sur les routes du Sud. L’histoire méconnue de ces deux entrepreneurs noirs est fascinante. Le duo décide de s’associer pour se lancer dans l’immobilier dans un Los Angeles dominé par une caste blanche de propriétaires.

Petit à petit, les deux compères rachètent des immeubles entiers pour y installer des familles noires et les mélanger à la population blanche. Ces investisseurs vont même jusqu’à prendre le contrôle de plusieurs banques, permettant d’accorder des crédits aux personnes de couleurs afin que ces derniers accèdent à la propriété. Ce hold-up du système banquier de Los Angeles se fait grâce à un prête nom, Matt Steiner, caution blanche auprès des vendeurs. 

un scénario didactique et compréhensible

Ce qui est plaisant dans The Banker est la capacité d’avoir construit un scénario didactique et compréhensible par tous, là où le système financier des baux locatifs dans l’Amérique des années 60 aurait pu en perdre plus d’un. George Nolfi mène ainsi sa narration, non du point de vue de ces financiers aguerris à l’économie, mais tourné vers le jeune novice Matt Steiner, qui doit apprendre tous les rouages du calcul d’intérêts bancaires en se mettant bien évidemment au golf pour séduire les investisseurs. 

On est loin du manque de didactisme d’un The Big Short : Le Casse du Siècle, où, malgré les fines explications de Margot Robbie nue dans sa baignoire, seuls des banquiers avertis pouvaient se vanter d’avoir véritablement tout compris à l’intrigue. 

Dans sa première partie, The Banker s’affiche comme un feel good movie décrivant une opération florissante pour Bernard Garett et Joe Morris. Tout leur sourit et l’argent coule à flot. Evidemment, cette réussite n’est que provisoire dans une Amérique marquée par un racisme ambiant. La seconde partie montre en effet cette descente aux enfers quand les retords financiers décident de s’attaquer au marché de l’Etat du Texas, réputé comme l’une des régions les plus conservatrices du pays, marqué par un fort ancrage ségrégationniste. 

Une première petite pépite pour Apple TV+

Le film tient également son attractivité grâce à un casting alléchant. Samuel L. Jackson tient une place particulière dans cette production. La star, s’étant déjà attelé au sujet de la traite des noirs notamment dans Django Unchained, est une source de bonne humeur grâce à ce rire caractéristique qui revient à plusieurs reprises au cours du film. Autour de lui, Anthony Mackie, Le Faucon dans l’univers Marvel, et Nicholas Hoult, Le Fauve dans la nouvelle saga X-Men, sont une relève assurée pour incarner un nouvel Hollywood et devenir des symboles d’un cinéma engagé dénué d’inégalité. 

La bande originale composée par H. Scott Salinas est accompagnée de certaines chansons phares des années 60 comme Piddidle de Buzz Clifford, dont certaines interprétées par des grands artistes noir américains : A Childhood par Ray Charles ou la musique du générique de fin, A place in the sun de Stevie Wonder

The Banker a donc tout d’un film nécessaire, brillant par sa narration et magnifiquement interprété. Il aurait le mérite d’une reconnaissance plus affichée et d’un plan de communication soutenu autour de sa sortie de la part d’Apple TV+. La firme a la pomme tient en tous cas avec ce long métrage une première petite pépite pour enrichir son catalogue. 

En savoir plus :

Antoine Corte

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