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Charité affiche série télé

Critique / « Charité » (2016) : chroniques de la médecine

Une mini-série en six épisodes pour redonner vie à l’hôpital de la Charité de Berlin à la fin du XIXe siècle, c’est un pari relevé et réussi des scénaristes Dorothee Schön et Sabine Thor-Wiedemann et du réalisateur Sönke Wortmann. L’avis et la critique série de Bulles de Culture sur Charité, diffusée sur la chaîne Histoire à partir du jeudi 19 décembre 2019.

Synopsis :

La jeune Ida Lenze (Alicia Von Rittberg) est opérée à l’hôpital de la Charité. Mais la riche famille qui l’emploie refuse de s’acquitter des frais d’hospitalisation et la voici contrainte de devenir garde-malade pour rembourser sa dette. Cela réveille la vocation de cette fille de médecin qui n’est pas sans connaître ce milieu dans lequel elle évolue.

Charité : un microcosme médical dense

Ce sont des anonymes et des célébrités médicales que Sönke Wortmann fait se rencontrer dans la série télé Charité. La jeune Ida Lenze, brillamment interprétée par la pétillante Alicia Von Rittberg, voit en effet se croiser dans les couloirs de l’hôpital Robert Koch (Justus von Dohnanyi), éminent professeur qui est à deux doigts de trouver un remède à la tuberculose, Emil Von Behring (Matthias Koeberlin), l’inventeur du traitement contre la diphtérie, et Paul Ehrlich (Christoph Bach), futur inventeur du premier traitement de la syphilis.

Or ces hommes sont tous trois destinés à être récompensés du Prix Nobel de médecine. Cette course à la découverte scientifique de la fin du XIXe siècle fascine et intrigue. On devine avec Charité ce que la médecine moderne doit à cette époque. On découvre également les éminents homologues de Louis Pasteur, contemporain de ces trois futurs Nobels.

La césure qui se dessine entre l’administration religieuse du lieu et sa définition de plus en plus nette comme un lieu d’expérimentations médicales saisit avec justesse les progrès importants qui sont à l’oeuvre et l’évolution déterminante de l’hôpital. Les jalons de l’hôpital universitaire sont posés. L’émancipation de la médecine, qui se sépare de l’emprise religieuse, est en marche.

Des personnages attachants

Ce qui fait encore la réussite de la série Charité, ce sont ses personnages secondaires et le tableau qu’ils dessinent de cette époque. Diaconesses soumises à leur ordre religieux, étudiants idéalistes ou intéressés, gardes-malades malmenées et proches de créer un syndicat côtoient les éminents médecins. On se plonge avec eux dans les affres de l’époque.

Car la période est troublée politiquement. On voit se succéder Guillaume Ier, Frédéric III et Guillaume II à la tête de la Prusse, dirigée en fait par la main de fer de Bismarck. Répression, chape morale, montée de l’antisémitisme, la peinture de cette fin du XIXe siècle est sans concession et préfigure la chute de l’Empire autant que les fléaux mondiaux à venir.

Charité intègre également à sa trame des problématiques plus contemporaines : les avortements clandestins, le tabou de l’homosexualité, la différence de traitement médical entre riches et pauvres, la possibilité (ou l’impossibilité) laissée aux femmes d’enseigner, les troubles psychologiques que l’on commence à diagnostiquer… Un ensemble qui rend humaine et proche la destinée des personnages.

Dense et rythmée, la série Charité a tout, en somme, d’une série historique réussie. L’équilibre qu’elle trouve entre vérité historique et trame romanesque la rend à la fois plaisante et efficace.

En savoir plus :

  • Charité (6×52 minutes) est diffusée sur la chaîne Histoire les jeudis 19 décembre 2019, 26 décembre 2019 et 2 janvier 2020 à 20h40. La série est également dispoinible en replay pendant 30 jours
Morgane P.

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