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Peaky Blinders saison 5 image série télé
© Robert Viglasky/ Caryn Mandab

[Critique] « Peaky Blinders » saison 5 : qui vivra verra

Crise de 1929, montée du National Socialisme, Peaky Blinders de Stephen Knight et Anthony Byrne fait sonner le glas des années 30 sur ARTE à partir du jeudi 24 octobre 2019. L’avis et la critique série de Bulles de Culture sur Peaky Blinders saison 5.

Synopsis :

À New-York, Michael Gray (Finn Cole) est réveillé par l’écroulement de la bourse. Il est rapatrié d’urgence à  Birmingham et l’ombre de sa possible trahison plane, sur fond d’unionisme irlandais. L’habituelle guerre des clans qui fait la marque de fabrique de la série voit l’apparition du gang des Billy Boys. Et la sphère politique confirme son intronisation avec l’entrée en scène du spectre fasciste à travers le personnage d’Oswald Mosley (Sam Claflin).

Peaky Blinders saison 5 : la confirmation des recettes du succès

Le premier épisode de Peaky Blinders saison 5 lancé et d’emblée, on se retrouve happé par ce que l’on aime le plus dans la série. Un début extrêmement dense qui soulève notamment nombre de questions sur l’identité des nouveaux agresseurs du clan Shelby. Le charisme de Cillian Murphy explose à l’écran. Les plans sont magistraux, d’une puissance formidable, esthétiquement splendides et magnifiquement mis en musique. Très vite, on se sent chez soi.

Stephen Knight (créateur et scénariste) et Anthony Byrne (réalisateur) reprennent d’ailleurs le même format que pour les saisons précédentes. Six épisodes d’une heure. On se retrouve une fois encore entre l’univers gitan, présent depuis le début, et l’opulence dans laquelle les Shelby se sont installés au fil des saisons. Même ambiance Rock’n’roll, même violence subliment mise en scène.

L’intrication du banditisme et du politique apparaît également dès ce premier épisode, où les règlements de compte se mêlent aux intrigues qui s’ourdissent dans les couloirs du Parlement. Arrive enfin les complications habituelles de la famille Shelby : Ada (Sophie Rundle) que l’on trouve enceinte, Linda (Kate Phillips) en pleine crise mystique — ce qui rend plus instable encore Arthur (Paul Anderson) —, Polly (Helen McCrory) qui prend ses distances, et une nouvelle venue à l’esprit contestataire, Gina (Anya Taylor-Joy), l’épouse américaine de Michael.

Une saison moins percutante que d’habitude

Même s’il commence très fort, Peaky Blinders saison 5 perd ensuite rapidement en efficacité. Les deux intrigues faites pour s’intriquer étroitement — une recette qui fonctionnait à merveille dans d’autres saisons — échouent à prendre l’ampleur attendue et à convaincre tout à fait. Ainsi, si le premier épisode fourmille de promesses, le reste de la saison ne les tient pas toutes.

De fait, les opposants au gang Shelby paraissent fades. Ni Sam Claflin, ni Packy Lee ne parviennent à égaler en charisme Cillian Murphy. Et les deux intrigues, celle des Billy Boys et celle de la montée du fascisme, ne sont pas aussi fouillées que ce à quoi Peaky Blinders nous a habitué-e-s jusque-là. Elles n’ont ni la complexité ni la richesse nécessaires.

On regrette aussi, dans cette cinquième saison, que les personnages de la famille Shelby passent au second plan : la pétillante Ada ne joue pas grand chose, la petite révolte domestique de Lizzie (Natasha O’Keeffe) est une réduction cruelle du rôle qu’on l’a parfois vu tenir. On regrette aussi la presque absence du personnage de Jessie Eden (Charlie Murphy), qui aurait pu trouver une place intéressante dans l’intrigue politique et incarner une lumineuse présence face au spectre du fascisme grandissant.

Vers une guerre des chefs ?

L’intrigue de ce Peaky Blinders saison 5 se resserre par contre nettement (trop ?) sur le personnage de Thomas Shelby. Certes, ce personnage torturé et hanté par ses souvenirs de la Première Guerre mondiale est le pivot évident de Peaky Blinders… Mais son charisme gagne en pertinence quand les autres personnages de la famille Shelby existent aussi réellement.

Le personnage de Michael introduit dans cette saison l’idée d’une guerre de succession. Les présages et autres rêves — issus de l’univers gitan — confirment cette impression. L’ensemble est cependant balayé car pour l’instant, c’est le personnage de Polly Gray qui tire assez bien ses cartes du jeu — dans tous les sens que cette expression peut revêtir — grâce au lien intime qui la relie à la fois à Thomas et à Michael, et par le ressort supplémentaire qu’elle prend en s’associant à Aberama Gold (Aidan Gillen).

Enfin, l’autre guerre des chefs est partie pour se situer sur la scène politique. La saison 5 n’en est que l’amorce, et on peut d’ailleurs le déplorer. Il n’est pas certain que le personnage d’Oswald Mosley suffise à offrir un contre-point à celui de Thomas Shelby dans la saison suivante, et l’on espère une intrigue mieux ficelée dans ses retournements de situation et ses intrications.

Une saison seuil

L’impression que l’on a en regardant la saison 5 de Peaky Blinders est qu’elle prépare plus la suivante qu’elle ne traite réellement les sujets qu’elle explore. C’est un pari risqué. Car la saison, si elle déçoit dans ses épisodes centraux, construit une forte attente après son épisode ultime. Toute la saison donne la sensation de n’exister que pour introduire la suivante. Par conséquent, la sixième devra être à la hauteur, ou il en sera tristement fini des Shelby.

Il est même presque dommage de voir cette saison 5 se disperser. Il n’est pas certain que le retour du personnage de Grace (Annabelle Wallis) — comme apparition récurrente — était nécessaire. De même, la problématique de la diversification des sources de revenus, celle de la gestion de l’orphelinat, paraissent un peu accessoires. Cela ralentit et creuse les épisodes, réduisant la tension dramatique au deux premiers épisodes puis au dernier.

On espère en tout cas que les leçons seront tirées de cette saison moins efficace, plus creuse, moins convaincante, et que la suivante réconciliera Peaky Blinders avec la subtilité du scénario et la complexité des rapports entre personnages auxquelles nous nous sommes tant habitué-e-s !

En savoir plus :

  • Peaky Blinders est diffusé sur Arte les jeudi 24 et 31 octobre 2019 à 20h55. La série est également diffusée en streaming et disponible en replay sur arte.tv

Morgane P.

Rédactrice/Editor chez Bulles de Culture
Littéraire dans l’âme, cœur tendre, j’aime que l’on me raconte des histoires, que l’on m’emmène à la rencontre de personnages qui me fassent vibrer, qui m’emportent, qui me touchent, et vivre à travers eux de belles et incroyables aventures.

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Morgane P.

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