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A l'intérieur de Jeanne Le Guillou et Bruno Dega image série télé
© Gilles Scarella - France Télévisions - Elzévir Films

[Critique & Interviews] « A l’intérieur » (2018) : un passionnant thriller dans un hôpital psychiatrique

Diffusion ce lundi 9 septembre 2019 sur France 2 des derniers épisodes de la très réussie mini-série A l’intérieur de Jeanne Le Guillou et Bruno Dega. L’avis et la critique série de Bulles de Culture ainsi que notre interview de l’équipe.

Synopsis :

Ana (Fleur Geffrier), 28 ans, internée contre son gré dans une clinique psychiatrique, est retrouvée morte, assassinée, la veille de sa sortie. Angèle (Noémie Schmidt), jeune flic, est chargée de l’enquête, sa première, qu’elle va en plus devoir mener seule. Mais les choses vont s’avérer plus compliquées que prévu, car comment interroger des fous ? Quel crédit donner à quelqu’un qui n’a pas « toute sa tête » ? Et d’ailleurs, est-ce vraiment le crime d’un fou ou celui d’un soignant qui s’est appliqué à faire passer cet acte pour celui d’un dément ?

A l’intérieur : un polar hitchcokien dans une clinique psychiatrique

« Ce [sera] un polar hitchcokien dans une clinique psychiatrique », nous avait annoncé Bruno Dega à propos de cette nouvelle mini-série lors d’une rencontre au Festival de la Fiction TV de La Rochelle en 2016. « On a envie de traiter de la psychiatrie et de la folie quotidienne. Pas des fous mais des borderline », avait même précisé sa complice à l’écriture et dans la vie, Jeanne Le Guillou. Pour nous glisser dans cet univers psychiatrique et ce quasi huis clos, les deux auteurs se sont donc appuyés sur la mécanique du polar qu’ils maîtrisent sur le bout de doigts (cf. Le Mystère du lac, Le Tueur du lac ou Les Petits Meurtres d’Agatha Christie épisode Albert Major parlait trop).

Ainsi, suite à un meurtre inhabituel — le cœur de la victime a été enlevé —, perpétré dans une clinique psychiatrique privée tenue par un couple formé des docteur.e.s Raphaël (Hippolyte Girardot) et Alexandra Santi (Judith El Zein), la jeune lieutenant de police inexpérimentée Angèle Maury (Noémie Schmidt) se voit confier une première enquête qui va s’avérer très vite compliquée dans un lieu où « la parole, qui est l’enjeu principal des interrogatoires dans une enquête, on ne sait pas quel statut lui donner, si elle est crédible ou non, inventée ou non », dixit le comédien Samuel Theis qui interprète un bipolaire dans la série. Seule solution pour faire avancer l’affaire : enquêter sur place, « à l’intérieur » au risque de se laisser contaminer par la folie ambiante. Surtout que la policière ressent une étrange ressemblance avec la jeune femme assassinée et que cette dernière va lui apparaître. « C’est aussi l’histoire d’une lieutenant de police qui grandit et devient une femme, nous a expliqué son interprète Noémie Schmidt. Et la folie passe par le fait que la personne avec laquelle  elle va interagir est la morte Anna ». Une plongée dans la folie très bien accompagnée par la mise en scène du Belge Vincent Lanoo : « On a essayé par rapport aux personnages d’être un petit peu décadré à l’image. Cela ne se voit pas parce que ce n’est pas sensé se voir mais se vivre ».

Un casting au top

Après M6 et sa décevante mini-série Glacé, c’est donc au tour de France 2 de tâter de l’hôpital psychiatrique. Et en plus de son écriture et de sa réalisation, l’une des autres réussites de la série A l’intérieur réside dans un casting au top. Ainsi, côté police, Noémie Schmidt, parfaite dans le rôle de la jeune enquêtrice en charge de l’enquête — « Avec la scène du toit, c’est la première fois que j’ai été physiquement « challengée », parce que j’avais vraiment le vertige. Du coup, cela a nourri à fond mon personnage parce que j’étais vraiment terrorisée, j’ai même failli faire un malaise après » —, est entourée de Béatrice Dalle dans le rôle de sa commandante — surprenant au début, ce choix va se révéler judicieux par la suite dans l’accompagnement de l’évolution du personnage de Noémie Schmidt — et de Frédéric Noaille en collègue.

Côté soignants, citons le toujours excellent Hippolyte Girardot« J’aime jouer des personnages d’autorité parce que c’est quelque chose qui m’interpelle. Tout comme le fait de rendre désagréables des personnages qui sont normalement des soignants, c’est-à-dire des gens dont on suppose qu’ils ont une certaine empathie, m’intéresse » — et Judith El Zein« Ce que j’aime chez les psychiatres, c’est cette manière qu’ils ont de vous écouter en comprenant quelque chose de vous que vous ne comprenez pas, ou en le faisant croire. Avoir toujours un pas d’avance ou une interprétation silencieuse sur l’interlocuteur » — en psychiatres de la clinique, Raphaël Quenard — vu dans un autre rôle d’infirmier d’hôpital psychiatrique dans la série OCS HP — et… Bruno Dega qui fait une courte apparition dans le rôle d’un expert-psychiatrique.

Côté patients, mentionnons Samuel TheisJérémy GilletGrégoire Leprince-RinguetFleur Geffrier « Le rôle de Fleur Geffrier a un côté angélique et démoniaque », dixit Noémie Schmidt —, Achille Ridolfi « Son personnage de l’autiste, on l’a vraiment bossé avec lui car on ne voulait pas juste un Rain Man. Achille Ridolfi avait une petite phrase qui était géniale ‘C’est pas moi qui ai fait ça’ et il commençait par ce petit truc juste avant de tourner pour retrouver son personnage », nous a confié Vincent Lanoo —, Émilie DequenneFlorence Thomassin et Mylène Demongeot tous également parfaits dans leurs rôles.

Une intrigue addictive très bien mise en valeur par la mise en scène

Récompensé d’un Pyrénées d’or de la meilleure mini-série et du Prix du Public de la mini-série lors du Festival de Luchon en 2019, la mini-série A l’intérieur et ses 6 épisodes de 52 minutes offrent une intrigue addictive par ses rebondissements et passionnante par le choix des auteurs et directeurs artistiques Bruno Dega et Jeanne Le Guillou de centrer chaque épisode sur un patient et sa pathologie — « Il y a une conclusion mais on ne montre pas l’arrestation. Car ce qui nous intéresse, ce n’est pas ce résultat-là de l’enquête mais ce que cela nous a raconté humainement sur cette folie », dixit le réalisateur Vincent Lannoo. Le tout est en plus parfaitement bien mis en scène par ce dernier, qui cite volontiers Vol au-dessus d’un nid de coucou (1975) de Miloš Forman, Les Idiots (1998) de Lars von Trier et American Horror History saison 2 comme influences pour la série.

Pourrait-on d’ailleurs envisager une suite, un A l’intérieur saison 2 ? Si ni la chaîne ni la production ne nous ont répondu, pour Vincent Lanoo, la réponse est non « parce qu’[il] trouve que cela raconte quelque chose de complet. C’est une mini-série ».

Propos recueillis à Paris le mercredi 10 juillet 2019.

En savoir plus :

  • A l’intérieur est diffusé sur France 2 depuis le 26 août 2019 à 21h05. La série est également diffusée en streaming et disponible en replay sur France.tv
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Jean-Christophe Nurbel

Rédacteur en Chef / Editor in Chief chez Bulles de Culture
Accro aux films, aux pièces de théâtre, aux séries et à la culture en général, j'aime les œuvres qui me surprennent.

Top 3 Cinéma : "À bout de souffle" (1960), "Blade Runner" (1982), "Casablanca" (1942)
Top 3 TV : "Engrenages" (2005-...), "The Wire" (2002-2008), "Twin Peaks" (1990-1991)
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