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Les Polaroïds de Cendrine par la compagnie LALAsonge image théâtre contemporain
© Morgane P. / Bulles de Culture

[Critique] « Les Polaroïds de Cendrine » : Cendrillon pour ses seize ans…

Présentés dans le cadre du Toujours Festival, Les Polaroïds de Cendrine de la compagnie LALAsonge ont plongé le public dans la peau d’une adolescente aux mystérieux airs de Cendrillon. L’avis et la critique théâtre de Bulles de Culture.

Synopsis :

Cendrine (Claire Marx) est une lycéenne qui a perdu sa mère, cherche l’attention d’un père, qui vient de se remettre en couple avec la mère d’une de ses amies, ne supporte plus la compétition de ski dans laquelle on l’a poussée, et en plus est amoureuse du charmant Prince. Cela fait beaucoup pour une même adolescente, alors quand tout dérape …

Les Polaroïds de Cendrine, un seul en scène gonflé d’énergie

Les Polaroïds de Cendrine par la compagnie LALAsonge image théâtre contemporain
© Morgane P. / Bulles de Culture

Autour de Cendrine fourmille nombre de personnages : le complice Guigui, la copine Anaïs, la professeure de français qui lui transmet l’envie de faire du théâtre, l’inaccessible Prince, un père fuyant, la détestable belle-mère, la grand-mère refuge. Pour faire vivre toute cette galerie de personnages, Claire Marx est seule en scène. Elle en relève le défi avec talent et enthousiasme, faisant vibrer d’une inextinguible énergie tout ce petit monde que Les Polaroïds de Cendrine donnent à voir.

Mis en scène par Annabelle Simon, ce spectacle est finement rythmé et oscille sans cesse entre humour et émotion. On s’attache à ces caractères que l’on découvre, et à Cendrine que l’adolescence ne prive pas du statut d’héroïne. L’histoire qui se déroule sous nos yeux se révèle à la fois actuelle et intemporelle tant elle prend son souffle dans l’universalité des drames humains et de la difficile construction de soi.

Claire Marx réussit dans son interprétation à rendre à chacun-e ses 16, 17 ou 18 ans. On retrouve à travers elle l’émotion face au premier amour qui nous a chamboulé-e, la colère face à l’incompréhension de son père, le choix épineux d’une voie qui nous écarte de celle qui avait été tracée pour nous. Cendrine trouve un bel écho en chacun-e et ramène à la vie l’adolescent-e que nous avons été.

Une habile réécriture du conte de Cendrillon

Annabelle Simon reprend dans Les Polaroïds de Cendrine certains éléments du célèbre conte : une jeune fille, orpheline de mère, dont le père épouse une marâtre qui régente toute la maisonnée et accorde la préférence à ses propres filles. Ajoutons une fête, l’autorisation de minuit… la référence est claire.

Annabelle Simon l’agrémente toutefois de références plus subtiles : le garçon le plus désiré de la classe a pour surnom Prince, tout comme le choix d’un Cendrine plutôt qu’un Sandrine qui interpelle ; il est question d’une Kickers échangée au lieu d’un soulier ; le carrosse a laissé place à une Clio rouge. Cette pièce tisse un beau système d’échos, de renvois, et de variations. Car Cendrine a la poigne et l’insolence des filles d’aujourd’hui !

À la croisée des chemins

Construite pour un public scolaire et pour l’espace de la salle de classe, Les Polaroïds de Cendrine se veut immersif et facile d’accès. cette pièce s’est ainsi déployée au Toujours Festival dans une configuration scénique permettant d’éviter toute dissociation trop franche entre scène et public. Et l’effet escompté a bien été au rendez-vous : même les quelques gouttes de pluie venues accompagner le spectacle n’ont pu détourner l’assistance des errances de Cendrine.

Ces chemins que prend ce personnage, et qui a formé une croix dans la configuration adoptée ce soir-là, se font ainsi la métaphore du moment crucial que traverse l’adolescente. Prise au piège entre son aspiration pour le théâtre et le rejet du ski de compétition, entre son désir pour Prince et l’opposition à son père, elle se trouve à un moment charnière, à la croisée des chemins. Annabelle Simon et Claire Marx composent ainsi avec Les Polaroïds de Cendrine une ode au courage de tracer sa propre voie et un hymne à la vaillance de faire entendre sa propre voix.

En savoir plus :

  • Les Polaroïds de Cendrine ont été joués au Toujours Festival les 27 et 28 août 2019
  • Page Facebook du Toujours Festival
  • Page Facebook et site internet de la compagnie LALAsonge
  • Durée du spectacle : 1h
  • Spectacle à partir de 12 ans

Morgane P.

Rédactrice/Editor chez Bulles de Culture
Littéraire dans l’âme, cœur tendre, j’aime que l’on me raconte des histoires, que l’on m’emmène à la rencontre de personnages qui me fassent vibrer, qui m’emportent, qui me touchent, et vivre à travers eux de belles et incroyables aventures.

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Morgane P.

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