enfr
Accueil / SPECTACLES / [Critique Avignon Off] « Qui va garder les enfants ? » de Nicolas Bonneau : maire ou mère amère
Qui va garder les enfants ? de la Compagnie La Volige - Nicolas Bonneau image théâtre
© Pauline Le Goff

[Critique Avignon Off] « Qui va garder les enfants ? » de Nicolas Bonneau : maire ou mère amère

Avec Qui va garder les enfants ?, Nicolas Bonneau interroge la place des femmes dans la sphère politique. Un seul en scène drôle, émouvant, et acerbe. L’avis et la critique de Bulles de Culture sur ce spectacle découvert au Festival OFF d’Avignon 2019.

Synopsis :

Comment font les femmes pour s’imposer en politique ? Quels freins les hommes leur imposent-ils ? Comment réussir à se faire une place dans un milieu où le sexisme est plus fort encore qu’ailleurs ? Nicolas Bonneau a rencontré de nombreuses femmes politiques et livre un spectacle à l’humour grinçant sur ces femmes battantes.

Qui va garder les enfants ?  : d’émouvants portraits de femmes au Festival OFF d’Avignon 2019

Qui va garder les enfants ? de la Compagnie La Volige - Nicolas Bonneau image théâtre
© Pauline Le Goff

Nicolas Bonneau aurait pu signer un documentaire, monter un spectacle en forme de débat, inviter des comédiennes à incarner ces femmes qu’il a rencontrées. Il fait le choix du seul en scène. C’est lui qui se glisse dans la peau des femmes politiques dont son spectacle retrace le parcours. Sans travestissement. On aurait pu le lui reprocher ; il n’en est rien. Il est le fil directeur de Qui va garder les enfants ? et assume sa démarche en livrant de beaux portraits de femmes.

Tous les échelons du pouvoir sont représentés : maire, députée et ministre. Elles sont peu connues du grand public, comme cet amour de jeunesse devenue députée, ou personnalités de premier plan comme Ségolène Royal, Christiane Taubira ou Angela Merkel. Elles appartiennent à différentes générations ; on évolue ainsi de l’ère Margaret Thatcher à l’époque François Mitterand, en passant par des femmes d’aujourd’hui. Ce que livrent ces portraits successifs est parfois sidérant, tant le machisme est encore la règle.

On observe ainsi ces éléphants politiques qui demandent aux femmes de se désister en leur faveur, on assiste à de beaux exemple de « manterrupting », on entend aussi les efforts faits pour concilier vie familiale et vie politique, on voit enfin de belles figures d’engagement. Nicolas Bonneau est émouvant dans la simplicité de son jeu, dans la sincérité de sa démarche. L’ensemble est d’autant plus intéressant qu’il est grand temps de créer des exemples, des modèles, qui puissent être source de motivation, ressource pour les filles et les garçons, les femmes et les hommes.

Entre autodérision et remise en question

Nicolas Bonneau parsème Qui va garder les enfants ? de morceaux de souvenirs qui questionnent son rapport à la domination masculine. De son élection comme délégué de classe et de sa jalousie qu’une fille puisse obtenir plus de voix que lui à l’indifférence qu’il éprouvait à la différence de traitement qu’il y avait entre sa soeur et lui, de l’anecdotique au sérieux, il livre de lui, il confie comment la société faisait de lui un dominant.

Ses considérations personnelles sont touchantes, percutantes, pertinentes. Elles s’inscrivent avec brio dans la scénographie soignée du spectacle — la mise en scène est de Fanny Chériaux. Un totem de chaises empilées, auxquelles sont reliés les fauteuils, marquent la succession des rôles. Un univers symbolique et poétique qui signe le fait que Nicolas Bonneau pénètre une sphère qui n’est pas la sienne, celle du féminin.

La démarche est intéressante autant que son résultat. On se trouve avec Qui va garder les enfants ? entre constat et dénonciation, entre récit et réflexion. Et l’on comprend aisément avec Nicolas Bonneau que le changement n’est pas pour maintenant, qu’il ne relève pas du seul combat des femmes, qu’il repose également du choix des hommes de s’interroger sur leurs habitudes, leurs pratiques, et d’accepter de renoncer aux privilèges dont ils jouissent grâce à leur sexe.

En savoir plus :

  • Qui va garder les enfants ? se joue au festival Avignon Le Off 2019, au 11 • Gilgamesh Belleville à Avignon, du 5 au 26 juillet à 17h05. Relâches les 10 et 17 juillet
  • Tournée 2019-2020 : le 27 septembre 2019 au Festival Traverse – Festival Itinérant des Arts de la Parole en Haut Val de Sèvre (79) ; le 4 octobre 2019 à Le Strapontin – Pont-Scorff (56) ; le 5 octobre 2019 à l’Espace Culturel de la Hague (50) ; le 11 octobre 2019 à Le Cargo – Segré (49) ; le 16 octobre 2019 à Théâtre L’Aire Libre à Rennes – Saint Jacques de la Lande (35) ; le 29 novembre 2019 à Le Metullum de Melle (79) ; le 12 janvier 2020 à l’Espace culturel René Monory de Loudun (86) ; le 24 janvier 2020 à C³ – Le Cube – Centre Culturel Coeur de Nacre de Douvres la Délivrande (14) ; les 30 et 31 janvier 2020 au Théâtre Le Sillon de Clermont-l’Hérault (34) ; le 13 février 2020 à La Mégisserie de Saint-Junien (87) ; le 18 février 2020 à Le Gallia – Théâtre Cinéma Saintes (17) ; le 28 février 2020 à L’entre deux / Scène de Lésigny (77) ; le 13 mars 2020 au ­Théâtre de Gascogne à Mont-de-Marsan (40) ; le 21 mars 2020 à Les Passerelles à Pontault-Combault (77) ; le 24 mars 2020 au Théâtre Princesse Grace de Monaco (98) ; le 26 mars 2020 au Théâtre des Sources / Fontenay aux Roses (92) ; le 27 mars 2020 au Théâtre de Chelles (77) ; le 28 mars 2020 au Théâtre Victor Hugo Bagneux (92) ; le 29 mars 2020 au Conseil départemental de La Manche (50) ; le 28 avril 2020 au Théâtre Chevilly–Larue (94) ; le 6 mai 2020 au Centre Culturel Yves Furet – La Souterraine (23) ; le 7 mai 2020 à Nantholia Espace culturel  (24) ; le 28 mai 2020 au Théâtre de Cornouaille de Quimper (29)
  • Durée du spectacle : 1h15

Morgane P.

Rédactrice/Editor chez Bulles de Culture
Littéraire dans l’âme, cœur tendre, j’aime que l’on me raconte des histoires, que l’on m’emmène à la rencontre de personnages qui me fassent vibrer, qui m’emportent, qui me touchent, et vivre à travers eux de belles et incroyables aventures.

Top 3 Littérature : Laurent Mauvignier ; "Journal" de Jean-Luc Lagarce, "Aurélien" de Luis Aragon
Top 3 Poésie : "Les Planches courbes" d'Yves Bonnefoy, "Les Chimères" de Gérard de Nerval, "Un Été dans la Combe" de Jean-Claude Pirotte
Top 3 Théâtre : Jean-Luc Lagarce, Anton Tchékhov, Euripide
Morgane P.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.