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Où la chèvre est attachée, il faut qu'elle broute de Rébecca Chaillon image spectacle
© Sophie Madigand

[Critique] « Où la chèvre est attachée, il faut qu’elle broute » : des filles et du foot !

10 femmes, 90 minutes de jeu et une performance singulière que cette création de Rébecca Chaillon, Où la chèvre est attachée, il faut qu’elle broute. L’avis et critique théâtre de Bulles de Culture.

Synopsis :

Dix femmes sur le plateau : Rébecca Chaillon, Élisa Monteil, Adrienne Alcover, Adam.M, Marie Fortuit, Patricia Morejon, Juliette Agwali, Audrey le Bihan, Yearime Castel y Barragan et Mélanie Martinez Llense. Certaines sont comédiennes mais elles sont pour la plupart performeuses. Et c’est à une expérience de football sans précédent qu’elles vous invitent.

Où la chèvre est attachée, il faut qu’elle broute : une performance incomparable

Oubliez tout ce que vous avez vu : Où la chèvre est attachée, il faut qu’elle broute ne ressemble à rien de cela. Déjà parce que l’on est davantage du côté de la performance que du théâtre. Aussi parce que Rébecca Chaillon crée une sorte d’ovni qui semble lui correspondre à merveille.

La soirée foot a commencé, un match de l’équipe de France féminine est projeté sur écran géant et devient l’arrière-plan du spectacle. Dans les tribunes, Rébecca Chaillon, posture masculine, pack de bières, pizzas et cigarette. La parfaite copie du match de football vu par les garçons. Le reste de l’équipe arrive, installe les bancs qui serviront de vestiaire, et se change pour se mettre en tenue.

Aucun doute, les filles mouillent le maillot et vous en mettent plein les yeux ! On mime l’échauffement, la performance technique, l’adulation aveugle, les chutes spectaculaires, les buts. De la terre sur scène, des barrières de stade, des ballons en quantité. La mise en scène joue à la fois du mime du stade de foot et de surprises visuelles et scéniques. On reconnaît d’ailleurs dans cette énergie délurée des surgissements de décors la patte de Céline Champinot qui collabore au projet.

Quant à l’énergie et au talent de performeuses des filles qui sont sur scène, ils ne font pas l’ombre d’un doute. Les filles vont loin, très loin — jusqu’à pisser en ligne à l’avant de la scène, nous vous l’avouons ! — et donnent à voir une force extraordinaire.

Tacler les stéréotypes et l’homophobie

La genèse du spectacle, c’est l’envie qu’a eue Rébecca Chaillon de siffler un grand coup et de donner carton rouge aux stéréotypes qui entourent le football féminin. Avec Où la chèvre est attachée, il faut qu’elle broute, elle présente l’image d’une équipe de football aux antipodes de l’image lisse — lissée ? — de l’équipe de France féminine

L’équipe dont il est question dans le spectacle, c’est celle parisienne des Dégommeuses, qui affichent ouvertement d’être LGBT, engagées dans la lutte contre l’homophobie et l’intolérance du milieu. Ce que les filles affirment à travers leur appartenance aux dégommeuses, c’est la liberté d’être lesbiennes, bisexuelles ou transgenres, sans jugement, et de pouvoir venir jouer comme elles sont, sans jugement.

Mais loin de se contenter d’une démonstration théorique, Rébecca Chaillon déshabille ces filles. Ce sont des corps simples, tatoués, musclés, imparfaits et beaux, hors-normes mais gracieux, qu’elle donne à voir. Si l’homosexualité occupe le centre du terrain, l’homophobie et le lynchage, dont les filles sont victimes, sont également montrés avec violence.

Une autre vision du football

Les 90 minutes de spectacle d’Où la chèvre est attachée, il faut qu’elle broute équivalent aux 90 minutes de jeu qui se déroulent à l’écran. Et ces 90 minutes que nous offrent Rébecca Chaillon ne consistent pas en la seule volonté de choquer. Elles sonnent comme le bruit sourd d’un poing tapé sur la table. Celui qui signifie qu’on en a assez. Assez de tous les préjugés qui pèsent sur les épaules de chacun-e depuis le cours d’EPS du collège où la pression est forte pour que chacun-e entre dans « sa » case.

La diversité des filles que le spectacle fait découvrir laisse dubitatif-ve sur l’équipe nationale de football féminine, et l’on comprend sans difficulté que le casting est physique, en plus d’être sportif… Il ne faudrait tout de même pas offrir à regarder au public de plus en plus nombreux du football féminin des filles qui soient… trop masculines. Pourquoi les garçons regarderaient-ils le sport féminin dans ce cas ? Et l’on comprend que les stéréotypes de genre gangrènent jusqu’aux plus hautes sphères du sport. Et que c’est une véritable honte.

Mais le tableau n’est pas que sombre, car Où la chèvre est attachée, il faut qu’elle broute donne à voir une autre vision du sport : inclusive, tolérante, sociale. Tout en questionnant la marchandisation du sport de haut niveau et le capitalisme du sport porté sur grand écran, Rébecca Chaillon ouvre un espace de questionnement pertinent et lumineux sur ce que devrait être le sport. Et l’on ne peut qu’espérer que cette lecture du sport entrouvre les portes, car le champ des possibles qu’elle dévoile sont infinis !

 
 
 
 
 
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Des filles, du foot et un super spectacle pour #BdC avec #oulachevreestattacheeilfautquellebroute de #RebeccaChaillon @theatre_dijon_bourgogne #theatreenmai ⚽

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En savoir plus :

  • Où la chèvre est attachée, il faut qu’elle broute au Théâtre des Feuillants du 29 au 31 mai 2019 dans le cadre du festival Théâtre en mai du Théâtre Dijon Bourgogne
  • Tournée du spectacle : du 3 au 6 juin 2019 au Nouveau Théâtre de Montreuil ; le 13 juin 2019 à la Scène nationale d’Orléans
  • Durée du spectacle : 1h30
  • Spectacle déconseillé aux moins de 16 ans

Morgane P.

Rédactrice/Editor chez Bulles de Culture
Littéraire dans l’âme, cœur tendre, j’aime que l’on me raconte des histoires, que l’on m’emmène à la rencontre de personnages qui me fassent vibrer, qui m’emportent, qui me touchent, et vivre à travers eux de belles et incroyables aventures.

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Morgane P.

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