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GAME OF THRONES saison 8 afffiche OCS série

[Critique] « Game of Thrones » saison 8 : Épisode par épisode

Game of Thrones saison 8 épisode 2 : Un Chevalier des Sept Royaumes

Synopsis :

La grande bataille approche ! En attendant, les armées, regroupées à Winterfell, patientent avant le grand combat. 

Scénariste : Bryan Cogman
Réalisateur : David Nutter
Durée :
60 minutes

Pas besoin d’être la Corneille à trois yeux pour voir venir cela. Avec Ser Bryan Cogman à la plume de l’épisode 2, A Knight of the Seven Kingdoms (Un Chevalier des Sept Royaumes en VF), il était écrit d’avance que nous aurions un épisode de haute volée. Pour rappel, Cogman, qui a paraphé certains des meilleurs épisodes de Game Of Thrones, est LE spécialiste adoubé de la saga et de son adaptation sur petit écran. Véritable mémoire vivante, Cogman sait manier les personnages comme personne. Dans un épisode où tout le monde patiente dans l’antichambre de la mort en un (dernier ?) huis clos qui scelle leur sort, le scénariste a su éviter la lame à double tranchant.

Car certes, l’épisode ne peut fuir son caractère prévisible : la révélation tardive de Jon (Kit Harrington) à Daenerys (Emilia Clark), l’arrivée des Marcheurs Blancs en cliffhanger, les préparatifs de la guerre… Mais néanmoins, il parvient habilement à démêler les nombreux liens qui unissent tous ces personnages depuis huit ans pour réunir tous leurs arcs narratifs sous une seule et même bannière. Par-dessus tout, il capture le sentiment de mort imminente qui pèse sur Winterfell ; le sentiment d’angoisse rampante telle une ombre, d’appréhensions déguisées sous un vernis d’humour et de nostalgie. De pulsions de vie et de mort.

Ces dernières années, on a pu avoir le sentiment que la plupart des évènements à Westeros n’ont guère eu de conséquences pour les personnages. Là où nous avions un échiquier complexe durant les premières saisons, avec des personnages qui souffraient de leurs actes et décisions et déterminaient le sens de la narration, les choses ont ensuite changé de direction. Ce sont désormais les faits de l’histoire qui guident les personnages. Au point de se déplacer de moments épiques en moments épiques, plus ou moins oubliés dès que nous passons à autre chose (Arya qui annihile la famille Frey, Cersei qui fait sauter le Grand Septuaire de Baelor, toute la situation à Dorne…).

Face à l’arrivée proche des morts-vivants, cet épisode 2 de Game of Thrones se révèle donc plus cérébral et humain — pour ne pas dire nostalgique, avant de nous arracher certains de nos personnages favoris. Un épisode pour nous rappeler que ce n’est pas qu’une histoire de morts-vivants et de dragons, mais pour alimenter le souvenir et être témoins des distances parcourues par ces personnages. Et plus particulièrement de celles de Jaime Lannister (Nikolaj Coster-Waldau).

« Le procès de Jaime Lannister » aurait pu être le titre de cet épisode. Malgré ce moment réussi, je ne peux m’empêcher de ressentir une pointe de déception et de satisfaction en même temps. On imagine la bonne vingtaine de pages que G. R. R. Martin devrait consacrer à ce passage qui fait écho au procès de Tyrion (Peter Dinklage) dans la saison 4. On se sent prêt à défendre celui traité si longtemps de « régicide ». Quand Daenerys, fraîchement arrivée sur ses grands chevaux (ou dragons plutôt), incendie Jaime pour avoir tué son père Aerys, on espère qu’il raconte la vérité sur ses motifs, pour que tous puissent le connaitre comme nous le connaissons désormais. Mais avec seulement quatre épisodes à venir, Game Of Thrones va à l’essentiel. Ainsi, plutôt que de s’épancher sur les états d’âmes de Jon, celui-ci est quasiment absent de l’épisode pour nous montrer son incapacité à digérer ce qu’il vient d’apprendre.

Je ne suis pas un roi. Mais si je l’étais, je te ferais chevalier dix fois d’affilée.
– Tormund

La scène qu’il me tarde de lire (dans une petite dizaine d’années ?) est sans doute l’un des plus beaux moments que la série ait pu nous offrir : l’adoubement de Lady Ser Brienne de Tarth (Gwendoline Christie). Le couronnement d’une relation hors-pair entre deux personnages qui auront grandi dans nos cœurs. On peut bien endurer toutes les batailles épiques des Sept Royaumes et au-delà pour culminer à ces moments authentiques qui constituent l’essence même de la saga.

Très attendu à ce rendez-vous, le compositeur Ramin Djawadi dévoile cette semaine encore de remarquables parades avant de nous surprendre à coups de grandes envolées pour l’épisode 3. Allié de taille dans une scène qui évoque la chanson de Peregrin Touque, dit Pippin, dans Le Seigneur des Anneaux, Podrick Payne, dit Pod (Daniel Portman), pousse lui aussi la chansonnette. Une chanson sur Jenny de Vieilles-Pierres et ses fantômes, ceux qu’elle avait perdus et trouvés, ceux qui avaient disparus et dont elle avait oubliés les noms. Cette chanson intitulée Jenny of Oldstones est composée par l’artiste Florence and The Machine. Le titre, sorti simultanèment sur toutes les plateformes de streaming, est une belle surprise de la chanteuse qui avait refusée en saison 2 une collaboration musicale avec la série. L’hymne aux allures médiévales est certainement la dernière douceur avant de se lancer dans une bataille qui s’annonce épique.  

Sam (John Bradley) interroge enfin Bran (Isaac Hempstead Wright) sur la question qui nous brûlait les lèvres depuis longtemps : que veut le Roi de la Nuit ?

Une nuit sans fin. Il veut effacer ce monde. Et je suis sa mémoire, répond Bran.
– C’est cela la mémoire n’est-ce pas ? Oublier. Être oublié. Si nous oublions ce que nous avons été, ce que nous avons fait, nous ne sommes plus des hommes, juste des animaux. Vos histoires ne sont pas de simples histoires.

Pour la première fois depuis longtemps, j’ai eu le sentiment de revoir enfin le Game Of Thrones qui m’avait séduit. L’écriture est bien réglée, les dialogues naturels. Je me suis ainsi rappelé pourquoi j’aimais autant ces personnages. J’ai pu rire, sourire, être nostalgique, angoissé, et ému. Game Of Thrones ne doit pas être une histoire où les faits choquants s’amoncellent comme des cadavres pour être oubliés la saison suivante. Ce qui devrait lui survivre, ce sont ses personnages pour lesquels nous nous sommes pris d’affection. Voilà comment construire le parfait climax : nous rappeler que nous les aimons, car maintenant, nous avons le sentiment que nous avons beaucoup à perdre. Ce sont les moments tels que l’adoubement de Brienne, la réunion sur les remparts entre Jon, Sam et Eddison Tallett, dit Edd-la-Douleur (Ben Crompton), comme au bon vieux temps, ou les retrouvailles entre Sansa (Sophie Turner) et Theon (Alfie Allen) qui devraient survivre. C’est Ned Stark (Sean Bean), dont le fantôme hante la série depuis sept saisons, et tous les autres autour desquels nous continuons de danser avant la grande Bataille des Vivants.

Paul Vogel

Rédacteur/Editor chez Bulles de Culture
Piégé très tôt dans l'Engrenages des séries, impossible de passer plus de 24h chrono sans sauter dans La Quatrième Dimension, sous peine de finir aux Urgences. Citation inspirante préférée : "Sheeeeeeiit" (Clay Davis, "The Wire").

TOP 5 TV : "Six Feet Under", "Breaking Bad", "The Wire", "Urgences", "Lost"
Paul Vogel

Un commentaire

  1. GoT 8×3 Il y a très longtemps, à une époque oubliée, une force a détruit l’équilibre des saisons. Dans un pays où l’été peut durer plusieurs années et l’hiver toute une vie,

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