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L'enfant que je n'attendais pas de Bruno Garcia image téléfilm
© Hassen BRAHITI - Pampa Production

♥ [Critique & Interviews] « L’enfant que je n’attendais pas » (2008) avec Alix Poisson et Bruno Solo

Porté par Alix Poisson (Prix de la meilleure interprétation féminine au Festival de Luchon 2019) et Bruno Solo, L’enfant que je n’attendais  — initialement intitulé 3,3 kg — est un téléfilm sociétal bouleversant sur les conséquences du déni de grossesse. L’avis et critique de Bulles de Culture sur cette fiction coup de coeur, diffusée sur France 2, ainsi que nos interviews des scénaristes Caroline et Eric Du Potet et du réalisateur Bruno Garcia.

Synopsis :

Responsable marketing en pleine ascension professionnelle, mariée et mère d’une petite fille (Romane Libert) qui vient de fêter ses 7 ans, Johanna (Alix Poisson), 37 ans, est une femme à qui la vie sourit. Jusqu’à ce que tout bascule. En pleine nuit, dans un état d’inconscience totale, elle accouche d’un enfant qu’elle n’attendait pas. Dans un état second, incapable de gérer ce qui lui arrive, elle se débarrasse du nouveau-né. L’enfant est retrouvé vivant, et Johanna est accusée de tentative d’infanticide. Elle ne comprend pas ce qui lui arrive et jure qu’elle ne se savait pas enceinte ! Son mari (Bruno Solo) et ses proches sont tout aussi incrédules. Le diagnostic est brutal et incompréhensible : Johanna a fait un déni de grossesse…

L’enfant que je n’attendais pas : les terribles conséquences du déni de grossesse

J’avais des idées préconçues sur le sujet : des grossesses adolescentes, des filles un peu « paumées », des femmes qui n’avaient jamais eu d’enfant… C’était très important pour Eric et moi de faire une héroïne « normale », c’est-à-dire une mère de famille bien sous tout rapport et qui avait déjà une fille, parce qu’on voulait vraiment que le téléspectateur puisse s’identifier à cette femme.
— Caroline Du Potet

Avec un tournage à Bordeaux et ses environs, un scénario d’Eric et Caroline Du Potet, une image de Samuel Dravet, une musique originale d’Erwann Kermorvant et une réalisation de Bruno Garcia, la fiction unitaire L’enfant que je n’attendais pas traite un sujet fort et peu traité en fiction : le déni de grossesse — récemment au cinéma, le long métrage La Brindille (2011) d’Emmanuelle Millet l’a également partiellement abordé. « On a mixé deux faits divers réels pour écrire le téléfilm, nous a confié la co-scénariste Caroline Du Potet, dont celui concernant une femme, travaillant dans la justice, à qui c’est arrivé et qui a perdu la garde de ses enfants ». Et Caroline Du Potet de poursuivre : « Le déni de grossesse devient dangereux quand l’accouchement n’est pas suivi. C’est là qu’il y a des drames, des néonaticides… Dans la majorité des cas, quand c’est un déni total, la femme a des maux de ventre, etc., elle va à l’hôpital, où sous le choc, elle accouche mais le bébé est tout de suite pris en charge. Après il y a une reconstruction psychologique à faire mais il n’y a pas de procédure judiciaire. C’est vraiment quand les femmes accouchent seules chez elles qu’il peut y avoir des drames ».

Difficile alors de ne pas penser avec ce sujet du téléfilm L’enfant que je n’attendais pas à la terrible affaire Véronique Courjault où une mère de famille a tué puis congelé ses bébés. « Je ne connaissais le déni de grossesse qu’à travers les journaux ou l’histoire de Véronique Courjault assassinant ces enfants, nous a expliqué le réalisateur Bruno Garcia. Le débat du téléfilm sera donc de croire ou non que Johanna ne se souvienne plus du moment où elle a été dans la salle de bain à celui où elle se réveille sur le canapé avec les pompiers. C’est une ellipse et sa parole contre celles des autres. Après avoir fait des recherches et fait ce film, je peux accepter qu’on fasse une sorte d’ellipse dans sa vie, de tirer un rideau sur quelque chose… On sait tous que le déni existe et comment ça fonctionne juridiquement quand il y a tentative d’homicide. Tout ce qu’on raconte dans le film — le fait que le mari doute de sa femme, qu’il se demande si elle ne lui a pas fait un enfant dans le dos… — est normal. Que cette femme cherche à retrouver la confiance des siens, c’est aussi normal. Le seul petit truc sur lequel on s’est renseigné est sur le fait de savoir si on va pouvoir croire une personne qui dit : ‘Je ne me rappelle pas d’avoir pris cet enfant et de l’avoir mis dans la poubelle. Je ne voulais pas lui faire de mal’« .

Alix Poisson bouleversante, Bruno Solo sobre et juste

Je revendique pour ce téléfilm le côté sociétal pour faire réfléchir les gens. Il fallait donc que ce soit émouvant pour toucher les gens, mais sans faire du pathos.
— Eric Du Potet

Le téléfilm L’enfant que je n’attendais pas s’appuie sur un duo de comédiens extrêmement impliqués pour incarner cette famille touchée par ce drame. Peut-on ne pas savoir que l’on est enceinte ? Quel traumatisme peut conduire à un tel acte ? Bouleversante dans le rôle, Alix Poisson incarne à la perfection cette mère de famille, lâchée par sa mémoire, par ses proches et qui va se battre pour comprendre ce qui lui est arrivée et faire face au regard de la société la considérant comme une tueuse d’enfant.« Quand on a écrit le scénario, nous a expliqué le co-auteur Eric Du Potet, on a très tôt pensé à Alix Poisson parce qu’elle est connue par beaucoup de gens pour Parents, mode d’emploi. Et je trouve qu’en matière d’empathie, elle a un côté ‘girl next door’. Et le réalisateur Bruno Garcia d’ajouter :« Alix Poisson est une comédienne qu’on connait et cela sert notre histoire un peu délicate. J’aime la douceur qui se dégage chez elle. Elle est toujours solaire et ravissante. Elle a un côté très angélique et ça accompagne bien le personnage dans ce qu’il fait ».

Est-il le fils de cet enfant ? A-t-elle voulu vraiment le tuer ? Peut-elle faire du mal à leur fille ? Sobre et juste, Bruno Solo est parfait dans le rôle du mari et père de famille dépassé par les évènements et confronté à ses terribles interrogations. Pour Eric Du Potet, « Bruno Solo a l’image du gars sympa dépassé par ce qui lui arrive ».  

Citons également au casting Macha Méril qui joue une belle-mère au rôle prépondérant dans cette histoire. Pour la co-scénariste Caroline Du Potet, une des scènes fortes du film est celle « où le personnage d’Alix Poisson sonne à la porte de chez elle et que c’est la belle-mère qui ouvre alors que c’est chez elle ! » Pourtant, cette belle-mère n’est pas la « méchante » du film mais à l’image des autres personnages, elle essaie juste de faire comme elle peut. « Macha Méril joue à merveille la belle-mère un peu dérangeante, avec parfois un rôle de surveillante », complète Bruno Garcia.

Enfin, mentionnons également Clarisse Lhoni-Botte qui interprète la meilleure amie de Johanna et dont la présence aux côtés ou non de celle-ci sera aussi très important. Pour Bruno Garcia, « elle a un jeu doux, linéaire et en même temps, elle est ferme dans ses décisions ».

Du déni à la reconstruction du couple

Elle n’a pas vraiment d’explication parce qu’il n’y pas qu’une cause, il y en a plein.
— Caroline du Potet

Nous plaçant au plus près de cette mère de famille, le réalisateur Bruno Garcia nous permet donc « de l’accompagner dans son désarroi, sa peine, sa douleur, (…) de l’accompagner avec pudeur dans sa trajectoire et d’essayer de comprendre avec elle ce qui s’est passé ». Et en plus de l’histoire du combat de cette femme pour faire reconnaître son déni de grossesse et les torts partagés — son médecin n’a rien remarqué une semaine avant le terme, son mari kinésithérapeute n’a rien vu non plus, par exemple —, il y a aussi dans le téléfilm L’enfant que je n’attendais pas l’histoire d’un couple qui se reconstruit autour de leurs deux enfants — la petite fille, jouée par Romane Libert, est particulièrement touchante, notamment lors de la scène où elle confie son doudou à sa mère pour la soutenir. Selon Bruno Garcia, « c’est la petite fille qui est le pilier de la famille. C’est pour elle que les deux essaient de se retrouver. Et Hugo aussi ».

Bref, abordant un sujet tabou qui touche l’intime et porté par un très bon casting, la talentueuse Alix Poisson en tête, L’enfant que je n’attendais pas est un téléfilm sociétal passionnant et très fort émotionnellement qu’il ne faut pas manquer. L’enfant que je n’attendais pas est un téléfilm coup de coeur pour Bulles de Culture.

Et la co-auteure Caroline Du Potet de conclure : « On a pris le parti que l’enfant survit parce que s’il avait été mort, cela aurait été vraiment très dur en tant que parent…

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… C’est pour ça qu’on a mis ce personnage qui a vraiment tué son enfant mais qui arrive tard dans la film, quand on a déjà fait un cheminement sur le sujet. C’était important pour nous qu’elle se reconstruise et qu’elle apprenne à aimer cet enfant. Dans la majorité des cas, cela se finit bien. Il y a peut-être des séquelles psychologies mais l’enfant va bien ».

Propos recueillis au Festival de Luchon 2019 le mercredi 6 février.

En savoir plus :

  • L’enfant que je n’attendais pas est diffusé sur France 2 le mercredi 8 mai 2019 à 21h. Ce téléfilm est également diffusé en streaming et disponible en replay sur France.tv
  • Téléfilm déconseillé aux moins de 10 ans
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Jean-Christophe Nurbel

Rédacteur en Chef / Editor in Chief chez Bulles de Culture
Accro aux films, aux pièces de théâtre, aux séries et à la culture en général, j'aime les œuvres qui me surprennent.

Top 3 Cinéma : "À bout de souffle" (1960), "Blade Runner" (1982), "Casablanca" (1942)
Top 3 TV : "Engrenages" (2005-...), "The Wire" (2002-2008), "Twin Peaks" (1990-1991)
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