enfr
Accueil / SPECTACLES / [Critique] « Louison » de Pauline Boccara : Un Alfred de Musset qui vaut d’être vu !
Louison par la Compagnie CINQ POISSONS affihce Théâtre du Roi René Paris théâtre classique

[Critique] « Louison » de Pauline Boccara : Un Alfred de Musset qui vaut d’être vu !

C’est la pièce la moins représentée d’Alfred de Musset que Bulles de Culture a découverte pour vous au Théâtre du Roi René Paris. Et le fait est que Louison, mis en scène par Pauline Boccara, vaut bien le détour ! L’avis et critique théâtre de Bulles de Culture.

Synopsis :

Louison (Bérénice Boccara) est employée par sa marraine, la Maréchale (Patricia Perrault), comme gouvernante chez son fils le Duc (Antoine Richard) et son épouse la Duchesse (Odile Blanchet). Elle est sur le champ courtisée par le Duc et intéressée par les portes que cela pourrait lui ouvrir, quand survient Berthaud (Antonin de Laurens), un jeune homme qui vient du même village qu’elle et qui compte bien l’épouser.

Louison : une pièce joliment classique

Si Louison a été l’une des pièces les moins représentées d’Alfred de Musset, c’est qu’elle est jugée trop classique par un siècle qui entend réinventer ses codes. Écrite en alexandrins, Louison joue sur le thème courant du maître qui courtise lourdement sa servante. Pourtant, le traitement qu’Alfred de Musset en fait est plus original qu’il ne pourrait paraître.

Car l’intéressée Louison n’est pas la candeur incarnée. Elle calcule ainsi ce qui du Duc ou de Berthaud pourrait lui rapporter le plus ; elle s’adapte avec pragmatisme aux occasions qui s’offrent ou se dérobent à elle ; elle contre les accusations et les reproches, et parvient finalement à une situation qui ne la desserve pas. De même, le Duc est plus ambivalent que les personnages équivalents de Beaumarchais ; la Duchesse occupe en outre une place réelle dans le carré amoureux qui se dessine au fil de la pièce.

Au classicisme formel de la pièce, Pauline Boccara rend brillamment hommage : les alexandrins sont parfaitement audibles tout au long de Louison, et sont même sublimés par une interprétation sans faute de l’équipe de comédien-ne-s. Ni figés, ni sacrifiés, les alexandrins font résonner une langue à la fois poétique et extrêmement précise, qui incarne avec intensité les dilemmes sentimentaux et moraux des personnages.

Une mise en scène intemporelle

Un décor simple et efficace, des costumes qui échappent à toute époque historique précise, autant d’ingrédients qui participent encore à la réussite de Louison. Car si le contexte de la pièce est daté avec les personnages du Duc, de la Duchesse, de la Maréchale et de la gouvernante, la façon qu’a la pièce de traiter de la fidélité ou de l’infidélité conjugale pourrait être d’actualité. La montée de la province vers Paris peut également encore trouver un écho de nos jours.

Ce qui fait encore la réussite de Louison, c’est aussi son caractère extrêmement concis. Louison est en effet plus courte encore qu’On ne badine pas avec l’amour ou que Les Caprices de Marianne. Chaque élément de l’intrigue trouve ainsi une place précise et un traitement efficace, ce qui n’exclut pas pour autant ni l’ironie de l’auteur, ni une satire de son époque. Louison est ainsi plus acerbe en certains points que L’Île des Esclaves ou que Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux, dont la pièce semble toutefois s’inspirer.

Pauline Boccara saisit parfaitement dans sa mise en scène la précision du texte et sa dimension satirique. On comprend que ce qui a peut-être dérangé à l’époque, c’est la moralité presque surprenante de la chute de la pièce, qui étonne de la part d’Alfred de Musset, et qui peut être le signe de l’avancée en âge de l’auteur. Le traitement qu’en fait Pauline Boccara n’est pas pour autant décevant.

Nul doute en tout cas que ce Louison vaut le détour et mérite la lumière que Pauline Boccara lui offre ! Bulles de Culture vous le conseille.

En savoir plus :

Morgane P.

Rédactrice/Editor chez Bulles de Culture
Littéraire dans l’âme, cœur tendre, j’aime que l’on me raconte des histoires, que l’on m’emmène à la rencontre de personnages qui me fassent vibrer, qui m’emportent, qui me touchent, et vivre à travers eux de belles et incroyables aventures.

Top 3 Littérature : Laurent Mauvignier ; "Journal" de Jean-Luc Lagarce, "Aurélien" de Luis Aragon
Top 3 Poésie : "Les Planches courbes" d'Yves Bonnefoy, "Les Chimères" de Gérard de Nerval, "Un Été dans la Combe" de Jean-Claude Pirotte
Top 3 Théâtre : Jean-Luc Lagarce, Anton Tchékhov, Euripide
Morgane P.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.