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L'Ecole des femmes par Stéphane Braunschweig image spectacle
© Simon Gosselin

[Critique] « L’École des femmes » de Stéphane Braunschweig : aujourd’hui en miroir

Parrain de l’édition 2019 de Théâtre en mai, Stéphane Braunschweig a présenté sa lecture contemporaine de L’École des femmes de Molière. Une adaptation troublante. L’avis et critique théâtre de Bulles de Culture.

Synopsis :

L’impérieux Arnolphe (Claude Duparfait) craint plus que tout l’infidélité. Pour y remédier, il pense épouser sa jeune pupille Agnès (Suzanne Aubert) qu’il fait éduquer dans l’ignorance dans un couvent. Mais c’est sans compter le jeune Horace (Glenn Marausse) et les ruses de la jeune ingénue…

L’École des femmes : à corps découverts

Pour sa mise en scène de L’École des femmes, Stéphane Braunschweig choisit l’angle de la culture du corps, propre à définir notre époque et propre à se mêler exactement aux propos du dramaturge classique. L’Arnolphe d’aujourd’hui, dont Claude Duparfait épouse les formes à merveille, est un homme qui épouse l’un de nos travers les plus aiguisés : celui du culte du corps athlétique parfait.

Le devant de la maison d’Arnolphe, où la pièce établit théoriquement son coeur, se voit ainsi remplacé en une salle de sports aux vélos d’appartement et aux bancs de vestiaire. Dans cet espace se rencontrent, se croisent et échangent les protagonistes de la pièce. Armés de sacs de sports et de jogging, ils passent et dialoguent avec la force du hasard qu’aurait la rencontre faite dans la rue. La trouvaille est lumineuse et porte avec elle toute la relecture que Stéphane Braunschweig fait de cette pièce de Molière.

Le corps féminin érotisé

La corollaire du culte de l’apparence physique, c’est l’érotisation des corps. Lumière est faite en ce sens sur celui de la jeune Agnès dans L’École des femmes. Portant un court short en jean qui fait éclater sa jeunesse, ou bien un tee-shirt un peu lâche en guise de chemise de nuit, Suzanne Aubert offre le spectacle ambigu et troublant de la jeune fille livrée en pâture au désir masculin.

La référence du metteur en scène est celle de du roman de Nabokov, Lolita. Cette référence rend ainsi plus ambivalente et dérangeante l’attirance anormalement obsessionnelle d’Arnolphe pour la jeunesse et — le pense-t-il — l’ingénuité de sa pupille. Les liens tissés entre les deux personnages ont la noirceur du presque inceste.

La scénographie que met en place Stéphane Braunschweig met d’ailleurs pleinement en valeur ce corps jeune d’Agnès. Plutôt que de présenter une maison fermée au regard, la scène fait apparaître deux vitres qui se succèdent et qui offrent tantôt une vue sur la splendide Agnès, tantôt le reflet embarrassant du miroir sans tain. L’effet est saisissant !

L’écho des discours de libération de la parole des femmes ?

Nul doute que cette École des femmes version 2019 fait résonner en elle les échos des mouvements de libération de la parole des femmes, dans le sillage de #MeToo ou de #BalanceTonPorc. Nul doute, d’après une mise en scène pareille, que l’Arnolphe d’aujourd’hui n’échapperait pas — on l’espère en tout cas — au même échec que Molière lui intime. La mauvaise presse en plus.

Relire L’École des femmes de nos jours, c’est en tout cas se souvenir que l’émancipation des femmes est intrinsèquement liée à l’éducation. L’Agnès d’aujourd’hui pourrait — et le metteur en scène le suggère — échapper à Arnolphe sans le recours à Horace. Et l’on se dit qu’une société qui a une alternative à offrir au mariage attendu, forcé, poussé et construit est bien meilleure.

On retrouve en tout cas, dans cette belle mise en scène, ce qui fait le sel et l’intemporalité des grandes pièces de théâtre : une bonne satire et un vrai champ de possibles !

 
 
 
 
 
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Salle comble et vifs applaudissements pour #Lecoledesfemmes de #StéphaneBraunschweig à #theatreenmai @theatre_dijon_bourgogne

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En savoir plus :

  • L’École des femmes du 23 au 26 mai au Parvis Saint Jean dans le cadre du festival Théâtre en mai 2019 du Théâtre Dijon Bourgogne
  • Durée du spectacle : 1h50

Morgane P.

Rédactrice/Editor chez Bulles de Culture
Littéraire dans l’âme, cœur tendre, j’aime que l’on me raconte des histoires, que l’on m’emmène à la rencontre de personnages qui me fassent vibrer, qui m’emportent, qui me touchent, et vivre à travers eux de belles et incroyables aventures.

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Morgane P.

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