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Sorry We Missed you photo critique film avis cannes 2019
© Joss Barratt

[Critique Cannes 2019] « Sorry We Missed You » de Ken Loach

Alors que Ken Loach annonçait que sa palme d’or Moi, Daniel Black serait son dernier film, le réalisateur britannique remet le couvert en présentant Sorry We Missed You en compétition officielle du Festival de Cannes 2019. S’il remportait encore une fois le prix suprême, le cinéaste serait le premier à détenir 3 palmes. L’avis et la critique film de Bulles de Culture. 

Synopsis :

Ricky (Kris Hitchen), Abby (Debbie Honneywood) et leurs deux enfants vivent à Newcastle. Leur famille est soudée et les parents travaillent dur. Alors qu’Abby travaille avec dévouement pour des personnes âgées à domicile, Ricky enchaîne les jobs mal payés ; ils réalisent que jamais ils ne pourront devenir indépendants ni propriétaires de leur maison. C’est maintenant ou jamais ! Une réelle opportunité semble leur être offerte par la révolution numérique : Abby vend alors sa voiture pour que Ricky puisse acheter une camionnette afin de devenir chauffeur-livreur à son compte. Mais les dérives de ce nouveau monde moderne auront des répercussions majeures sur toute la famille…

Sorry We Missed You dans la continuité de Moi, Daniel Black

Sorry We Missed You a tout d’une suite légitime de Moi, Daniel Black. Ken Loach suit à nouveau le triste destin de la clause britannique défavorisée. Dès les premières minutes du film, les dialogues évoquent les difficultés financières de cette famille dans le besoin. Les deux parents, qui vivent avec un seul salaire, font les comptes pour acheter un camion pour permettre au mari de livrer des colis.  

On sent un vent de modernisme dans la proposition de Ken Loach. Le cinéaste s’interesse particulièrement aux dérives de l’uberisation. Amazon est évidemment en transparence de cette histoire. L’entreprise y est dépeinte comme une multinationale qui (sous) traite des humains transformés en machine pour les besoins de compétitivité. En ligne de mire, le rythme effréné imposé à des hommes sans finance qui doivent se démener pour que le colis arrive dans les temps. Les chauffeurs, ne pouvant passer aux toilettes, sont parfois obligés de pisser dans une bouteille.

Ken Loach devient notre Elise Lucet de cinéma

En dénonçant les multiples abus du capitalisme (statut précaire d’auto-entrepreneur, absence de protection sociale, assurance précaire contre le vol des colis…), Ken Loach devient un peu notre Elise Lucet du cinéma. Les situations sont révoltantes mais le traitement est exagéré. Sorry We Missed You grossit souvent les traits à la manière d’une enquête de Cash Investigation pour grand écran. Comme si la difficulté professionnelle ne suffisaient pas, le héros doit également faire face à une situation personnelle délicate. Son jeune fils est en pleine crise d’adolescence. Celui-ci s’amuse à taguer les murs affublés d’un gilet jaune (tiens ! tiens !). C’est comme si le scénariste testait la résistance de ce pauvre prolétaire afin de voir si sa plume le guide vers son suicide. 

Sorry We Missed You reste un film choc sur les inégalités sociales et les problèmes de classes. Ken Loach s’affirme plus que jamais comme le lanceur d’alerte contre les inégalités. Cependant, à vouloir trop pousser les situations de désespoir, le film devient une caricature du style narratif du cinéaste.  

En savoir plus :

  • Date de sortie France : Prochainement
  • Distribution France : Le Pacte

Antoine Corte

Rédacteur en chef adjoint / Deputy editor in chief chez Bulles de Culture
Toujours à défendre le cinéma français, j'aime particulièrement faire découvrir les films à petites sorties mais à portée universelle.

Top 3 Cinéma : "Moulin Rouge !" (2001), "Titanic" (1997), "Les Parapluies de Cherbourg" (1964)
Antoine Corte

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