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[Critique Cannes 2019] « Les Misérables » (2019) de Ladj Ly

Les Misérables est présenté en compétition officielle du Festival de Cannes 2019. Le film de Ladj Ly, qui a co-réalisé le documentaire A Voix Haute, est la première fiction du cinéaste. L’avis et la critique film de Bulles de Culture. 

Synopsis :

Stéphane (Damien Bonnard), tout juste arrivé de Cherbourg, intègre la Brigade Anti-Criminalité de Montfermeil, dans le 93. Il va faire la rencontre de ses nouveaux coéquipiers, Chris (Alexis Manenti) et Gwada (Djebil Didier Zonga), deux « Bacqueux » d’expérience. Il découvre rapidement les tensions entre les différents groupes du quartier. Alors qu’ils se trouvent débordés lors d’une interpellation, un drone filme leurs moindres faits et gestes…

Les jeunes de cités : les Misérables des temps modernes

En ouvrant sur la victoire des bleus à la dernière coupe du monde de football, Ladj Ly montre la liesse populaire d’une France unie. Pourtant, le film Les Misérables est loin de dépeindre une nation portée par une cohésion nationale. L’évènement sportif, dépeint à la manière d’un rêve, va laisser place à une tragédie réaliste de jeunes de cités laissés à l’abandon. A travers une métaphore filée du roman de Victor Hugo, le cinéaste nous montre qu’ils sont en fait les laisser pour compte des temps modernes. La violence qui emmerge de ses « enfants de cités » est le signe d’un problème social profond, résultat d’une paupérisation. Ces exclus n’ont pas d’autres choix que de se rebeller pour faire entendre leurs voix. 

Le rythme descriptif et lancinant imposé par le cinéaste en première partie frôle avec sa vision documentaire, genre dont il est issu. Le long métrage occupe sa première heure à décrire le milieu social dans lequel évolue les protagonistes. Cette ville de Montfermeil est une zone précaire où même « la pipe coûte désormais 2 euros« . Derrière un calme apparent, il se cache en réalité la bombe de l’injustice prête à exploser.

Un final bouleversant

C’est après cette longue heure que le film prend véritablement sa tournure de fiction. Les policiers dépassés effectuent un tir contre un enfant menotté. A l’instar du soulevement des cités en 2005, évoqué directement dans le film, cet élément est déclencheur d’un récit plus dynamique qui ne fera que monter crescendo. Il survient néanmoins bien trop tard dans l’oeuvre cinématographique, qui est obligé de condenser son essence scénaristique. Les péripéties s’enchainent alors trop rapidement tandis que les conflits sont balayés sans profondeur. Notamment, le cinéaste aurait pu davantage creusé le besoin de rédemption de ce brigadier fautif. Il ne fait que l’évoquer dans une scène montrant les deux policiers du service concerné autour d’une bière dans un bar.

Alors que le film est bousculé par ce changement soudain de rythme, il va cependant en devenir brillant grâce au désordre de ses scènes de conclusion. La brigade de Montfermeil est alors prise au piège dans une cage d’escalier. Dans un délire de pétards et cocktails molotov, les vies de ses membres sont en danger. Cette montée de violence dans l’affrontement entre jeunes et policiers est à son paroxysme créant une tension bouleversante, similaire au final de Dheepan de Jacques Audiard, palme d’or 2015. Autant dire que ce jeune cinéaste de fiction est en bonne place dans notre estime pour devenir ce grand réalisateur pour parler des grands oubliés de notre temps.  

En savoir plus :

  • Date de sortie France : Prochainement
  • Distribution France : Le Pacte
  • En compétition officielle au Festival de Cannes 2019

Antoine Corte

Rédacteur en chef adjoint / Deputy editor in chief chez Bulles de Culture
Toujours à défendre le cinéma français, j'aime particulièrement faire découvrir les films à petites sorties mais à portée universelle.

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Antoine Corte

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