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[Critique] « True Detective » saison 3 : Une histoire de reconquête

True Detective saison 3 a tiré sa révérence le lundi 25 février 2019 sur OCS City. Et force est de reconnaître que son créateur Nic Pizzolatto y a retrouvé ses marques après une seconde saison décevante. Bulles de Culture fait le bilan. Avis et critique série.

Synopsis :

Wayne Hays (Mahershala Ali), un détective à la retraite est obsédé depuis trente-cinq ans par la disparition, dans les années 80, d’un petit garçon de douze ans et de sa sœur de dix ans à West Finger, ville de l’Arkansas. Hays, âgé, la mémoire défaillante, revient sur les détails de son enquête avec le producteur d’un documentaire de faits divers.

True Detective saison 3 : sur les traces de la saison 1

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© 2018 Home Box Office, Inc. All rights reserved. HBO ® and all related programs are the property of Home Box Office, Inc.

Après le succès inattendu de True Detective en 2014, Nic Pizzolatto était passé aux aveux. Le portrait poisseux de la Louisiane, son enquête étalée sur plusieurs années et son portrait de flics rugueux n’étaient qu’un appât tiré pour séduire de gros producteurs. En réalité, il était question, entre deux routes, de détours métaphysiques et de déroutes sentimentales. La seconde saison, écrite sous pression, véhiculait bien trop de stéréotypes et n’était pas parvenue à trouver l’équilibre entre dialogues mémorables, personnages fascinants et suspense bien aiguisé.

En peaufinant l’écriture de True Detective saison 3 sur près de trois ans, épaulé par le vétéran David Milch (Deadwood, NYPD Blue), Nic Pizzolatto a su ressaisir l’essence de son concept, malgré un risque à double tranchant. Soit s’écarter des fondations de la saison 1 pour risquer une saison 2bis. Soit reproduire une copie carbone de la première saison. Mais au final, cette troisième saison déjoue le piège, portée par un Mahershala Ali époustouflant et magnétique — fraîchement oscarisé pour son rôle dans Green Booket un Stephen Dorff dont la renaissance artistique pourrait évoquer celle de Matthew McConaughey.

Blessures de guerre

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© 2018 Home Box Office, Inc. All rights reserved. HBO ® and all related programs are the property of Home Box Office, Inc.

En nous perdant dans les tréfonds de l’Arkansas, Nic Pizzolatto s’est peut-être inspiré du modèle de la saison 1 mais réussit à en éviter les écueils. Trois chronologies distinctes – 1980, 1990 et 2015 – jalonnent l’enquête autour de la disparition de Julie Purcell. Trois décennies durant lesquelles Wayne Hays (Mahershala Ali) porte les cicatrices du Vietnam. Entre lui et son partenaire Roland West (Stephen Dorff), on pouvait y redouter une inimitié comme celle qui bourgeonnait entre Rust S. Cohle (Matthew McConaughey) et Marty E. Hart (Woody Harrelson). En 2015, malgré leurs différends, les deux inspecteurs ruminent surtout leurs regrets de vieillards… Tout en se promettant de conclure l’enquête pour trouver enfin le repos.

True Detective saison 3 ne nous assène pas de grands twists à chaque coin de rue mais est réglé sur un rythme plutôt lent. L’enquête, fluide et effective, n’est ni trop simple, ni trop complexe. Pas de symboles mystiques, de dégénérés increvables ou d’obscurs complots impliquant sectes et cols blancs. Les conspirationnistes resteront sur leur faim. Ici, Nic Pizzolatto se sert de ses « timelines » pour souligner l’imbroglio mental de son personnage affecté par la maladie d’Alzheimer et les voyages épisodiques de la mémoire auxquels nous faisons tous face. Une histoire de vies et de mémoires reconstruites, d’échecs relationnels. D’incapacité à se délester des hantises et drames du passé.

Le retour des « true detectives »

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Discret et épuré, le personnage incarné par Stephen Dorff sert de contrepoids parfait à Hays. Il gomme aussi les défauts qui accablaient les personnages de la saison 2. L’homosexuel refoulé, l’alcoolique-figure paternelle absente, la victime d’abus sexuels… Roland West est une antithèse à cela : un homme ordinaire, pas vraiment rongé par de grandes tragédies viscérales. Un homme avec lequel on peut compatir et rire un peu au milieu des scènes graves entre Hays et sa femme Amelia (Carmen Ejogo). Une simplicité qui nous prend au dépourvu, tout comme l’histoire elle-même, rétrogradée par l’importance des relations humaines, qui se dégradent et se réarrangent au gré de la narration.

True Detective saison 3 est aussi une réussite parce qu’elle a littéralement comme nerf central, comme lors de la saison 1, ses « true detectives ». Pas d’enquêteurs à la Monk ou Sherlock Holmes. Juste deux hommes faillibles avec leurs limites et leurs dilemmes. Animés, même à 70 ans, par le devoir qu’ils s’imposent de rendre justice aux victimes. Par le devoir d’exhumer la vérité. Pour cela, Pizzolatto s’appuie sur des repères bien familiers. Interviews face caméra, balades en voiture, diatribes sur le temps qui passe et plans langoureux de l’Amérique profonde. La réalisation des deux premiers épisodes par Jeremy Saulnier (Green Room) puis reprise par Daniel Sackheim évoque, sans l’imiter, le style de Cary Fukunaga en saison 1. Des envolées pesantes, mélancoliques, sans mouvements brusques. Elles semblent condamner les personnages à la même léthargie que ceux du bayou de la saison 1. Voilà ce que corrige Pizzolatto : des personnages terre-à-terre auxquels on peut s’identifier, sans risque de lassitude malgré la multitude de séries criminelles et enquêtes lugubres.

« Que suis-je maintenant que je n’étais alors ? »

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Même le générique de True Detective saison 3 annonce la couleur. On y retrouve une musique de Cassandra Wilson, Death Letter, à la fois entêtante, mystérieuse et sinistre. Elle donne le ton d’un montage aussi somptueux que celui de la saison 1. Une entrée en matière efficace qui rompt avec le thème monocorde de Leonard Cohen en saison 2. Sur tous les plans, Nic Pizzolatto nous prouve qu’il a retenu la leçon. Comme Wayne Hays, il veille scrupuleusement à se remémorer les erreurs et réussites qui l’ont mené là.

Crédité en tant que scénariste sur chaque épisode, le showrunner a pourtant formé un duo redoutable avec son partenaire d’écriture David Milch. Laissé dans l’ombre comme consultant, celui-ci pose là son empreinte chevronnée. Car à l’image des fins de saison 1 et 3, il est question de déjouer la solitude, repousser l’oubli et apprendre à prendre son temps. De citer ce poème de Delmore Schwartz pour conclure une belle saison qui aura attisé notre attention : « Le temps est l’école dans laquelle nous apprenons /Le temps est le feu dans lequel nous brûlons ».

Et nous serons là pour patienter jusqu’à une saison 4 très attendue…

En savoir plus :

  • Les 8 épisode,s de 55 minutes environ, de True Detective saison 3 ont été diffusés à partir du 14 janvier 2019 sur OCS City. La série est disponible en streaming et en replay sur OCS Go
  • True Detective saison 3 est également disponible depuis le mardi 26 février 2019 en téléchargement (en VF et VOST) sur les plateformes de Canal+, Google Play, iTunes, Orange, Sony Playstation et Xbox
  • L’info en plus : Nic Pizzolatto aurait déjà quelques idées folles en tête pour une saison 4 et il assure qu’il prendra à nouveau son temps parfaire son écriture…
  • Série déconseillée aux moins de 12 ans
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Paul Vogel

Rédacteur/Editor chez Bulles de Culture
Piégé très tôt dans l'Engrenages des séries, impossible de passer plus de 24h chrono sans sauter dans La Quatrième Dimension, sous peine de finir aux Urgences. Citation inspirante préférée : "Sheeeeeeiit" (Clay Davis, "The Wire").

TOP 5 TV : "Six Feet Under", "Breaking Bad", "The Wire", "Urgences", "Lost"
Paul Vogel

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