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[Critique] « Sainte Victoire » (2018) de Clara Luciani : Poings serrés et points sur les i

Avec son premier album Sainte Victoire et son titre phare La Grenade, Clara Luciani n’est pas passée inaperçue. Bulles de Culture vous propose de revenir sur cet album incisif. Avis et critique musique.

Sainte Victoire de Clara Luciani, un album de rupture combatif

Sainte Victoire est le titre de la dernière chanson de l’album éponyme de Clara Luciani, qui dit la plaie de la rupture en train de se refermer, qui dit déjà l’ouverture vers autre chose, qui dit l’extinction progressive de la douleur. Pas de ton plaintif donc. Pas de couplets désespérés qui chantent et réclament le retour de l’autre… « Le coeur se régénère, comme la queue des lézards », et si l’autre a pu faire si mal, c’est qu’il faut se défaire définitivement de sa présence toxique.

Des couplets pugnaces, une musique simple et aux rythmiques efficaces, plus la présence charismatique d’une voie singulière, c’est tout cela qui participe à la réussite de Sainte Victoire. Rares sont les interprètes féminines osant un ton si résolument bagarreur, presque belliqueux pour dire la rupture. Clara Luciani ose et s’affranchit en cela des codes genrés qui imposent normalement sensibilité, retenue, tristesse et complainte aux femmes quittées, écorchées, abimées.

La Grenade comme image guerrière, La Dernière fois pour l’affirmation franche d’un départ sans retour, Eddy pour remettre à leur place les beaux parleurs, les menteurs, les lâches, les séducteurs, ceux qui se cachent derrière toutes les excuses qu’on donne à leur sexe pour se conduire en parfaits salauds. Autant de chansons qui s’affranchissent radicalement de la relation toxique de domination affective à laquelle on habitue hommes et femmes, attribuant aux unes la soumission passive, aux autres l’initiative et le choix.

Une féminité redéfinie

Ce qui caractérise encore l’album Sainte Victoire de Clara Luciani, c’est l’affirmation d’une féminité autre, qui sort des clichés et des impératifs. Dans Drôle d’époque par exemple, se dessinent les attentes nombreuses qu’on a à l’égard des femmes, sur leur physique notamment, et la chanson analyse le rejet qu’on fait d’une féminité androgyne, garçonne. Le titre peut d’ailleurs révéler le paradoxe de notre époque, qui affirme aller vers davantage de liberté et qui pourtant exige toujours davantage des femmes en leur demandant d’être toujours apprêtées et jolies, sexualisées dans l’image qu’elles donnent et pourtant tendres et douces, tout en étant fortes.

La perfection, l’idéal de beauté sont alors rejetés par soi et observés ailleurs, sur les fleurs notamment « qui sont parfaites, et qui n’ont pas d’autre rôle que de l’être ». L’observation de cette « beauté muette » devient le refuge aux idées noires, l’alternative à la laideur du monde, mais en aucun cas le modèle de la femme que Clara Luciani choisit d’être.

Cette femme-là revendique l’égalité absolue avec ses homologues masculins avec des titres tels que Comme toi, qui sonne comme la demande d’une posture égalitaire dans les relations amoureuses, ou encore Qu’est-ce que t’es beau, qui est la réécriture inversée et pertinente de la célèbre chanson de Marc Lavoine, Qu’est-ce que t’es belle.

En somme, Sainte Victoire élargit l’horizon de la féminité d’aujourd’hui en l’affranchissant de ses codes les plus astreignants et en montrant brillamment que la liberté, l’indépendance demandent combativité, détermination sans faille… Ce qui ne va pas sans un savant travail de déconstruction des limites qu’on nous donne, des rôles auxquels on nous assigne. Clara Luciani dynamite les cases dans lesquelles on veut enfermer chacune, et cela fait du bien !

En savoir plus :

  • Sainte Victoire de Clara Luciani est sorti le 6 avril 2018 sur le label Initial Artist Services. L’album a été réédité avec trois titres additionnels le 8 février 2019
  • Tournée : le 12 mars 2019 à Les Mardi(s) du Grand Marais – Riorges ; le 13 mars 2019 à l’Espace Julien Marseille ; le 15 mars au Théâtre municipal de Mont de Marsant ; le 16 mars 2019 à Le Parvis Scène Nationale Tarbes-Pyrénées ; le 21 mars 2019 au Festival Nouvelle(s) Scène(s) Niort; le 22 mars 2019 au Théâtre Anne de Bretagne de Vannes ; le 23 mars 2019 à La Carène – Salle des Musiques Actuelles – Port de Commerce – Brest ; le 24 mars 2019 à la Salle de l’Idonnière de Montceaux le Comte ; le 28 mars 2019 à Le Transbordeur de Villeurbanne ; le 29 mars 2019 à Le Plan / Ris-Orangis ; le 4 avril 2019 à Le Moulin de Brainans ; le 5 avril 2019 à La Garance – Scène nationale de Cavaillon ; le 6 avril 2019 au Théâtre du Rouget ; le 12 avril à l’Olympia de Paris ; le 19 avril 2019 à Le Printemps de Bourges
Morgane P.

Morgane P.

Rédactrice/Editor chez Bulles de Culture
Littéraire dans l’âme, cœur tendre, j’aime que l’on me raconte des histoires, que l’on m’emmène à la rencontre de personnages qui me fassent vibrer, qui m’emportent, qui me touchent, et vivre à travers eux de belles et incroyables aventures.

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