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MA VIE AVEC JOHN F. DONOVAN de Xavier Dolan affiche film cinéma

[Critique] « Ma vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan

Ma vie avec John F. Donovan, premier film en langue anglaise de Xavier Dolan, sort sur les écrans de cinéma ce 13 mars 2019 après une longue absence du jeune prodige. Oeuvre du renouveau ou redite? L’avis et la critique de Bulles de culture.

Synopsis :

Un enfant (Jacob Tremblay) écrit à un acteur célèbre (Kit Harington). Il ne s’attend pas à obtenir de retour, mais l’acteur lui répond, et une correspondance singulière s’engage entre eux. Quand l’enfant en parle devant sa classe, l’affaire remonte publiquement jusqu’à l’acteur, qui nie tout… Devenu grand, le désormais jeune homme hésite entre garder la vérité pour lui et dévoiler, contre vents et marées, cette amitié surprenante.

Un hommage au cinéma populaire des années 1990

MA VIE AVEC JOHN F. DONOVAN de Xavier Dolan image film cinéma
© Mars Films

Dans Ma vie avec John F. Donovan, Xavier Dolan revisite savamment l’univers cinématographique dans lequel il a grandi. De la musique aux lieux communs de mise en scène en passant par un générique à la Friends, ceux qui ont regardé dans leur enfance Titanic de James Cameron, ou encore Maman j’ai raté l’avion et Mrs Doubtfire de Chris Columbus reconnaîtront tout de suite leurs années 1990. C’est assez savoureux, d’autant que le cinéaste québécois flirte subtilement avec les limites du kitch, tout en balançant une playlist « gros sabots » fort divertissante, passant par « Adam’s song » de Blink-182 et « Bittersweet Symphony » de The Verve (utilisée avec malice).

Mais qu’apporte cet hommage, cette reproduction nostalgique avec ses codes et ses clichés?

Nous aide-t-il à plonger dans le mal-être du jeune Rupert (Jacob Tremblay), harcelé par ses camarades à cause de son homosexualité ? Pas vraiment, ses évasions dans le cinéma ne se retrouvant jamais au-delà des affiches qui recouvrent sa chambre. Raconte-t-il quelque chose de l’impossible coming out de John (Kit Harington), star d’une industrie hétéronormée qui rappelle la grande époque du thriller teen des années 1990 (Souviens-toi l’été dernier, Sexe Intentions, Buffy contre les Vampires The Faculty, etc)? Non plus, car les spécificités de l’univers en question ne sont pas vraiment explorées, dans ce film au propos bien moins précis que les précédentes œuvres du réalisateur.

Ces multiples références répondent-elles donc à un simple plaisir pour Xavier Dolan de nous plonger dans ses goûts d’adolescent ? Possible. Enfermé dans l’exploration de sa genèse personnelle commencée il y a dix ans avec J’ai tué ma mère, le cinéaste semble s’engouffrer dans un album souvenir sans matière cinématographique nouvelle.

Une redite des cinq premiers films de Xavier Dolan

MA VIE AVEC JOHN F. DONOVAN de Xavier Dolan image film cinéma
© Mars Films

A peu de choses près, Ma vie avec John F. Donovan ressemble à un remake pour l’Amérique des six premiers long-métrages de Xavier Dolan, un patchwork des différents thèmes et partis pris esthétiques qu’il y avait explorés.

L’on retrouve notamment le cadre serré sur les visages, la bande originale bourrée de tubes, la scène où l’on chante une chanson populaire en famille, rendue célèbre par le « On ne change pas » de Céline Dion dans Mommy. Les sujets chers au cinéaste sont réexploités, sans véritable nouveauté: la distance avec la mère et le milieu d’origine (Juste la fin du monde, Tom à la ferme), les émois gays adolescents (J’ai tué ma mère, Juste la fin du monde), l’homophobie à l’école (Laurence Anyways, J’ai tué ma mère), etc.

De même, tous les personnages, sauf peut-être Rupert dans sa version adulte ainsi que le frère de John, ont déjà été vus dans les précédents films. Par exemple, Rupert enfant est une des maintes versions du garçon brillant jusqu’à l’anomalie, qui parle avec un vocabulaire d’adulte lettré et décortique à sa mère les échecs de sa vie (J’ai tué ma mère, Mommy…). La mère de John jouée par Susan Sarandon, excellente, ressemble quant à elle à un mélange (pour autant très réussi) entre la mère esseulée de Tom à la Ferme (Lise Roy) et celle, givrée, de Juste la fin du Monde (Nathalie Baye). 

La noirceur plutôt que l’hypersensibilité dolanienne

MA VIE AVEC JOHN F. DONOVAN de Xavier Dolan image film cinéma
© Mars Films

Les précédents films du prodige québécois mêlaient la violence a une hypersensibilité et une énergie vitale qui avaient fait la singularité de son cinéma. La véritable nouveauté de Ma vie avec John F. Donovan pourrait finalement se situer dans son humeur générale sombre, emprunte désormais d’une saveur de désespoir. 

Quand Rupert parle de John, qui parle de Xavier, qui parle de leurs mères, qui ne les comprennent pas mais les connaissent assez pour savoir qu’ils ne sont pas en forme, et que tous reprennent en choeur un refrain déjà entendu, tout le monde étouffe. Et l’on sort du film comme d’un verre avec un vieux copain de collège, qui semble virer morose. 

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 13/02/2019
  • Distribution France : Mars Films

Zoé Klein

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
Comédienne franco-québécoise, scénariste à mes heures et surtout obsédée de cinéma, j'aime les oeuvres flamboyantes et hypersensibles (Terrence Malick, Leos Carax, Charlie Kaufman, Xavier Dolan, David Lynch, Les frères Coen, Coppola...).

Top 5 Cinéma : "Nos meilleures années" (2003),"The Tree of Life" (2011), "Fargo" (1996), "Apocalypse Now" (1979), "Les enfants du paradis" (1945), "Eternal Sunshine of the Spotless Mind" (2004)
Zoé Klein

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