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Thanksgiving de Nicolas Saada affiche série télé

[Critique & Interviews] « Thanksgiving » (2018) avec Grégoire Colin et Évelyne Brochu

Cet article est le 371e sur 377 pour Programme TV de Bulles de Culture

Diffusion le jeudi 28 février 2019 sur ARTE de la mini-série d’espionnage de Nicolas Saada, Thanksgiving, avec Grégoire Colin et Évelyne Brochu en tête d’affiche. L’avis et critique série de Bulles de Culture ainsi que notre interview de l’équipe.

Synopsis :

Vincent Mercier (Grégoire Colin), la quarantaine, est marié depuis plusieurs années à Louise (Évelyne Brochu), une Américaine, avec laquelle il a deux jeunes enfants. Lui et son ami, Stéphane Caron (Arthur Igual), ont créé une société informatique, JKL, pour laquelle Vincent développe le Splendor, un programme révolutionnaire capable de renvoyer un virus à son expéditeur. Alors que Louise vient de fonder un site haut de gamme de location d’appartements, et que la sortie du logiciel est imminente, Vincent commence à soupçonner que sa femme le trompe. Fragilisé et sous pression, il reçoit une proposition alléchante d’un concurrent direct de JKL, le géant coréen Mobun. Quelques semaines plus tard, ce dernier sort un programme similaire au Splendor. Stéphane Caron, avec l’accord de Vincent, ouvre alors une enquête interne et fait appel aux services du contre-espionnage français, lesquels s’intéressent de très près à ce dernier.

Thanksgiving : espionnage et drame conjugal

« C’est l’histoire d’un piratage informatique installé dès le départ dans le coeur d’un homme, dans les replis de son âme et qui va ensuite faire rayonner les mouvements intérieurs de celui-ci vers l’extérieur, c’est-à-dire dans la famille, dans la société… »
— Anne-Louise Trividic

Pour sa première série d’espionnage pour la télévision, le créateur et réalisateur Nicolas Saada — qui s’est déjà confronté au genre au cinéma avec le long métrage Espion(s) (2009) — a eu la bonne idée pour Thanksgiving de mêler Scènes de la vie conjugale (1973) d’Ingmar BergmanSoupçons (1941) d’Alfred Hitchcok et l’univers de l’écrivain John Le Carré. Ainsi, Thanksgiving nous plonge au cœur d’un drame humain où un couple en pleine crise se trouve entraîner bien malgré lui dans des enjeux d’espionnage et un univers de faux-semblants et de paranoïa qui les dépassent. « C’est la fin de quelque chose dans ce couple, nous a expliqué le créateur et réalisateur Nicolas Saada lors d’un point presse. Elle est à fond dans son travail qui est une façade. Lui, il se referme complètement dans l’anxiété du sien. (…) La série commence avec un couple qui est à un point où il faut se réinventer, à un moment qui peut être une cassure pour eux ».

Ce couple est incarné par les excellents comédiens Grégoire Colin (vue dans Zone Blanche saison 2) et Evelyne Brochu (vue dans Orphan Black). Le premier interprète un génie de l’informatique que le travail dans la cybersécurité a éloigné de son épouse et de sa famille. « Je joue cet homme ambigu, que l’on sent déjà épuisé quand le récit commence, nous a raconté Grégoire Colin. On sent qu’il est un peu surmené et passionné par son travail. Il commence à avoir de la peine à trouver du réconfort auprès de la femme qu’il aime. Alors on ne sait pas s’il est jaloux ou paranoïaque mais à un moment donné, j’ai l’impression que son égo reçoit un coup, une blessure, quelque chose qui va le faire prendre de mauvaises décisions, l’emmener dans des directions inconnues. Ce qui m’a beaucoup plu est ce mélange des genres entre le drame conjugal, l’histoire d’espionnage et de voir comment l’ambition de cet homme le coupe de son présent. Il ne voit pas comment sa relation avec sa famille est en train de s’effilocher, il ne comprend pas pourquoi. Et toutes les péripéties vont peut-être lui donner un début de réponse. »

De son côté, Evelyne Brochu est Louise, une femme que les secrets et les mensonges liés à son travail vont instiller doutes et sentiment de jalousie chez son mari. Pourtant, selon Nicolas Saada, « Louise n’a jamais rien caché à son mari qui puisse faire du mal à ce qu’ils ont construit ensemble. Elle pense que ce qu’elle lui cache ne peut pas faire de mal à leur histoire ». Puis d’ajouter à propos de ce personnage : « C’est au tournage que je me suis rendu compte que dès que quelque chose se passe dans sa vie, et dans sa double vie, Louise le prend en pleine figure, elle a toujours une confrontation physique aux choses. Alors que chez Vincent, les choses sont plus mentales et indirectes avec les messages et les textos. Pour Louise, c’est toujours direct : il faut parler aux services secrets français, rencontrer les gens de la CIA dans des bureaux, des officines, des appartements… Elle s’expose beaucoup plus que lui et en s’exposant à ce point-là, elle est doublement obligée de le protéger ainsi que sa famille. Ce n’est pas qu’elle ment ou dissimule, c’est en fait qu’elle n’a pas le même rapport au réel que lui. »

Un sacré casting de seconds rôles

« C’est l’espionnage qui nourrit et désagrège cette relation de couple. »
– Nicolas Saada

Au côtés de Grégoire Colin et Evelyne Brochu, le réalisateur Nicolas Saada a réuni un sacré casting de seconds rôles pour la mini-série Thanksgiving. A l’origine de la bascule irréparable que va opérer le personnage de Grégoire Colin, Hippolyte Girardot incarne un personnage dans le prolongement de celui qu’il avait incarné pour le film Espion(s), soit un ancien agent vendant désormais ses services au plus offrant. « Dans ce monde paranoïaque, il y a une personne, que j’incarne et qui n’est pas forcément plus au courant de ce qui se passe, mais qui est un mercenaire, nous a ainsi raconté le comédien. Mon personnage, qui parle soi-disant coréen — mais qu’en sait-on ? —, est là pour bluffer notre personnage, pour lui faire croire qu’il peut avoir un gâteau merveilleux et il le fait juste parce que  peut en prendre un petit pourcentage. Et il n’y a que ce petit pourcentage qui intéresse le mercenaire que je suis, c’est-à-dire que ce personnage est intéressant à incarner car il ne doit pas être sentimental. Pourtant, on doit être très humain. Donc je simule avec ce garçon un certain respect, une certaine amitié, même une certaine écoute. Ça, c’est l’art de la manipulation qui prend toutes les formes du monde et c’est merveilleux à jouer. »

Les autres acteurs à citer sont le comédien Stephen Rea (vu récemment dans Counterpart), qui incarne un personnage important de la CIA, l’agence de renseignement américaine, et le documentariste Frédérick Wiseman, qui joue un vieil ami de la famille. Concernant le premier, Nicolas Saada nous a expliqué qu’il « incarne l’autorité tutélaire de la série, il a amené dans certaines séquences de l’ambiguïté, du danger, de la peur et de la menace. J’adore la dernière scène de l’épisode 1 entre Evelyne Brochu et lui quand celle-ci va le voir dans une sorte d’officine de la CIA ». Tandis que le second est une sorte de vieux sage, une figure que le réalisateur affectionne : « Je suis très attaché à ce personnage de John. car j’ai un penchant pour les vieux sages. Il faut écouter les gens qui sont beaucoup plus expérimentés et âgés que nous. Frédérick Wiseman amène aussi quelque chose dans la série de solaire, de rassurant et de ‘santé’ par rapport à tout ce qu’on voit, à tout ce qui se passe et se trame ».

Une série originale, stylisée et prenante

« Je suis un virulent adversaire de la théorie du complot et ce qui me plait est de raconter qu’il n’y a pas de théorie du complot, les choses se passent mal justement parce qu’on prend individuellement des mauvaises décisions mais pas parce qu’on est manipulé ou que quelqu’un tire les ficelles. C’est ça qui me plaisait, ramener de l’humain dans cette vision paranoïaque qu’on a du renseignement. »
— Nicolas Saada

La tournage de la mini-série Thanksgiving a eu lieu à Paris — notamment vers Réaumur-Sébastopol, Faubourg Saint-Martin et le Passage Choiseul — et à Luzarche. Les trois épisodes de 48 minutes ont été co-écrits par Nicolas Saada et Anne-Louise Trividic et réalisés par le premier. La musique originale a été composée par Grégoire Hetzel« J’ai remarqué que neuf fois sur dix, dès qu’on parle d’informatique et de cyber-sécurité, les séries anglo-saxonnes et françaises utilisent une musique électro, nous a confié Nicolas Saada. Je me suis donc dit qu’il fallait faire le contraire. Puisqu’on doit mettre en avant les sentiments à l’intérieur de ce monde-là, on va justement faire une musique à cordes et orchestrée. Dès la lecture du scénario, Grégoire Hetzel m’a parlé du couple et de cette douleur et de cette incommunicabilité entre eux qu’il avait envie de raconter avec de la musique et du lyrisme ».

Bref, originale et stylisée, la mini-série Thanksgiving propose un thriller psychologique prenant sur fond d’espionnage et de drame intime. Entouré d’acteurs de premier plan, l’acteur de cinéma Grégoire Colin s’y révèle épatant. Bref, une série à découvrir !

Et pour les curieux, quid de la fin de Thanksgiving ?

Cliquer sur le dossier pour afficher le spolier de la fin de Thanksgiving
Pour Anne-Louise Tridivic« la fin est ouverte. Ils se sont éloignés puis se sont retrouvés. Ils sont tous les deux ‘sortis’ dans le monde, ont fait des bêtises et ce sont ces bêtises qui leur permettent à la fin de se revoir à travers le prisme du monde ».

A noter enfin que les auteurs ne seraient pas contre un Thanksgiving saison 2. Reste à savoir ce qu’en pensera le public et la chaîne ARTE

Propos recueillis lors d’un point presse organisé le mardi 29 janvier 2019 à Paris en France.

En savoir plus :

  • Thanksgiving est diffusé sur ARTE le jeudi 28 février 2019 à 20h55. La série est également diffusée en streaming et disponible en replay sur arte.tv
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Jean-Christophe Nurbel

Rédacteur en Chef / Editor in Chief chez Bulles de Culture
Accro aux films, aux pièces de théâtre, aux séries et à la culture en général, j'aime les œuvres qui me surprennent.

Top 3 Cinéma : "À bout de souffle" (1960), "Blade Runner" (1982), "Casablanca" (1942)
Top 3 TV : "Engrenages" (2005-...), "The Wire" (2002-2008), "Twin Peaks" (1990-1991)
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