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Une jeunesse dorée d'Eva Ionesco affiche cinéma

[Critique] « Une jeunesse dorée » (2018) d’Eva Ionesco

Une jeunesse dorée d’Eva Ionesco est le deuxième volet du triptyque d’autofiction inspiré de la vie de la réalisatrice. Le premier chapitre, My Little Princess, a été sélectionné à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes en 2011. L’avis et critique film de Bulles de Culture sur le long métrage Une jeunesse dorée.

Synopsis :

Paris 1979, au cœur des années Palace. Haut lieu de la nuit où se retrouvent artistes, créatures et personnalités, guidés par une envie de liberté. Rose (Galatéa Bellugi), une jeune fille de 16 ans issue de la DDASS, et son fiancé Michel (Lukas Ionesco), 22 ans, jeune peintre désargenté, vivent leur première grande et innocente histoire d’amour. De fêtes en fêtes, ils vivent au jour le jour, au gré des rencontres improbables de la nuit. Lors d’une soirée, Rose et Michel font la connaissance de Lucille (Isabelle Huppert) et Hubert (Melvil Poupaud), de riches oisifs qui vont les prendre sous leur aile et bousculer leur existence.

Une jeunesse dorée, chronique sans chair des années Palace

Une jeunesse dorée de Eva Ionesco image film cinéma
© Macassar Productions

Deuxième long métrage d’Eva Ionesco, Une jeunesse dorée est une chronique intéressante mais sans chair des années Palace, boite de nuit parisienne qui connut son apogée de 1978 à 1983. Ce lieu peu raconté au cinéma, et que la réalisatrice a très bien connu, a pourtant marqué les esprits par l’extravagance et la transgression qui y régnaient. Très jeune figure du Palace, Eva Ionesco raconte pendant toute la première moitié du film ses soirées avec Christian Louboutin adolescent (personnage d’Yvan joué par Nassim Guizani), le très décadent journaliste mondain Alain Pacadis (Hugo Dillon), le futur décorateur Vincent Darré (interprété par le magnifique Alain Fabien Delon, digne fils de son père), la célèbre mannequin Farida Khelfa (Razerka, jouée par Manal Issa), et de nombreux autres.

En dépit de ce lien personnel avec son sujet, la scénariste-réalisatrice reste trop policée et semble avoir un recul qui désenchante le film. En atteste la gouaille de Galatéa Bellugi, pleine de charme mais très années 2010. Ainsi, Rose va jusqu’à dire « Je m’en bats les couilles », expression jamais entendue de la bouche d’une fille avant les années 2000. Pour preuve également cette phrase d’Alain Pacadis qui veut tout dire: “Quelle horreur, on va bientôt plonger dans ces horribles années 1980”. Comme s’il savait que dans les années 1980, Le Palace allait disparaître et que lui allait mourir…

Un film à la beauté artificielle

Une jeunesse dorée de Eva Ionesco image film cinéma
© Macassar Productions

Une jeunesse dorée possède une esthétique délicate qui provient notamment des costumes de l’époque (par Jean-Paul Gauthier, Thierry Mugler, Loris Azzaro…), et de la photo d’Agnès Godard (Un beau soleil intérieur de Claire Denis) qui habille avec grâce les scènes d’extravagance et de luxure. Pourtant ce portait maniéré nous emporte peu et ressemble à trop d’autres films sans se créer d’identité propre :

  • Lolita de Stanley Kubrick, pour le look de grande dame du personnage de Rose, si sûre de son pouvoir de séduction ;
  • Eden de Mia Hansen-Love, pour la chronique d’une grande époque de la nuit parisienne ;
  • Après mai d’Olivier Assayas, pour les moments d’oisiveté bourgeoise dans le grand appartement parisien de la bande…

A la fois « arty » et trop pudique, Eva Ionesco finit par nous montrer un album-souvenir que le papier glacé étouffe plus qu’il nous plonge dans l’intimité de ce passé. Les postures des personnages sur-sapés, les pauses des clients du Palace sûrs de leur style, les tableaux riches mais artificiels qui parsèment le film… tout cela aurait pu, comme dans Laurence anyways de Xavier Dolan, créer un effet électrique, donner envie de faire la fête, emporter le spectateur dans un tourbillon. Mais le portrait manque de chair, de sensibilité, il se regarde trop et son auteur ne se met pas assez en danger. 

Évoquons avant de terminer la deuxième partie d’Une jeunesse dorée, qui se passe dans le château luxueux de Hubert et Lucille où les deux couples se transforment en quatuor d’époux animés par la fête, la drogue et le sexe. Le film devient alors une éducation au nihilisme de deux Roméo et Juliette michetonneurs et on se perd dans un conte onirique de peu d’intérêt, dont le paroxysme est atteint avec des scènes de gambade à quatre dans la prairie, complètement ridicules.

Finalement, le plus intéressant dans Une jeunesse dorée est l’aspect quasi-documentaire sur le haut-lieu d’extravagance et de fête que fut Le Palace. L’on retiendra également la performance remarquable de deux espoirs du cinéma français : Galatéa Bellugi, à la fois gracieuse et populaire, et Alain Fabien Delon, d’un charisme rock envoûtant.

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 16/01/2019
  • Distribution France : KBMO Films

Zoé Klein

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
Comédienne franco-québécoise, scénariste à mes heures et surtout obsédée de cinéma, j'aime les oeuvres flamboyantes et hypersensibles (Terrence Malick, Leos Carax, Charlie Kaufman, Xavier Dolan, David Lynch, Les frères Coen, Coppola...).

Top 5 Cinéma : "Nos meilleures années" (2003),"The Tree of Life" (2011), "Fargo" (1996), "Apocalypse Now" (1979), "Les enfants du paradis" (1945), "Eternal Sunshine of the Spotless Mind" (2004)
Zoé Klein

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