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[Critique] « Roma » (2018) d’Alfonso Cuarón

Cet article est le 313e sur 322 pour Programme TV de Bulles de Culture

Cinq ans après nous avoir donné le tournis avec Gravity, Alfonso Cuarón nous livre un film plus intimiste. Prenant place dans une ville du Mexique des années 70, Roma est le portait poignant d’une famille qui, tel son pays, est à l’aube d’un changement. L’avis et critique film de Bulles de Culture sur cette sortie Netflix controversée, Lion d’or à la Mostra de Venise en 2018. 

Synopsis :

Roma c’est une année de la vie d’une famille moyenne mexicaine dans le début des années 70. Une année bien tumultueuse, marquée par des changements aussi bien pour Cleo (Yalitza Aparicio), la nounou, pour Sofia (Marina de Tavira), la maîtresse de maison, mais aussi pour tout le pays.

Roma : visuellement parfait et hypnotique

Du simple point de vue esthétique, Alfonso Cuarón rend avec Roma une copie parfaite, voire carrément au-dessus du lot. Dès le premier plan, le ton est donné, lorsqu’il magnifie un mouvement d’eau savonneuse. Le téléspectateur se doute rapidement de ce qui se passe mais, tel un hypnotisé, reste suspendu à ce mouvement filmé comme une vague. Comme si le réalisateur installait l’action et ne changeait de plan que lorsqu’il était sûr d’avoir fixé notre attention. Il en profite aussi pour instaurer un rythme, nous invitant dans une sorte de torpeur. Tout au long du film, le téléspectateur va suivre l’histoire de Cleo, véritable 2e maman pour les enfants de Sofia, enroulé dans le cocon qu’Alfonso Cuarón a réussi à instaurer autour de lui.  Un cocon dont il émerge tout aussi doucement à la fin, en regardant Cleo vaquer à ses occupations.

Jeux de contrastes et différents angles de vue

Alfonso Cuarón choisit le le noir et blanc pour son film RomaOn est presque dans une harmonie de gris, qui imprime le film dans l’intemporel et participe encore plus à l’effet hypnotique. A la différence d’une peinture saturée de couleurs ou faite de pastel, le film donne l’impression que le réalisateur tenait absolument à échapper la couleur en elle-même, qui aurait fait de ce film quelque chose de « commun », de « vulgaire ». Cela se reflète également dans le choix de son approche du sujet, de ses angles de vue.

Un homme qui chante alors que d’autres s’évertuent à éteindre un feu, une étudiante qui tient son ami criblé de balles alors que les gens courent tout autour, une famille qui se disloque tout près d’une cérémonie de mariage. Roma superpose ainsi à chaque fois des situations contrastées qui résument l’ironie de la vie. Selon les angles de vue du film, nous sommes spectateurs, parfois voyeurs, et souvent les yeux des personnages. Tout cela est entrecoupé de moments contemplatifs qui confèrent au film beaucoup de douceur, alors même que l’histoire est pleine de moments de violences psychologique ou physique mais aussi de douleur.

7e art malgré sa diffusion sur Netflix ?

Du véritable 7e art ? c’est ce qu’Alfonso Cuarón nous rappelle avec ce film. Il met en effet tous les moyens dont il dispose pour nous raconter l’histoire de la société d’où il vient. Roma est une histoire de femmes. Des femmes qui comme le dit Sofia sont « toujours seules », otages de la lâcheté de certains hommes. Mais c’est aussi une société dans laquelle la relation entre « patrons » et employés de maison est beaucoup plus complexe qu’elle ne paraît. Une société où le pouvoir peut instrumentaliser le désespoir de certains jeunes pour le retourner contre d’autres jeunes.

Cette histoire est chère au réalisateur et il réussit à la magnifier avec brio. Tour à tour peintre, poète, conteur, parfois farceur quand il glisse des films qui l’ont peut-être déterminé comme L’Odyssée de l’espace (clin d’oeil à Gravity ?),Alfonso Cuarón réussit à nous la restituer telle qu’elle doit être imprimée dans sa tête, avec un effet suranné, mais sans lui enlever les dures réalités décrites. Brillant chef d’orchestre, il nous enferme dans une bulle de souvenirs, sans trop nous assourdir avec le choix très malin de ne nous laisser entendre que les sons de la vraie vie…

En savoir plus :

  • Roma est disponible à la télévision et en streaming sur Netflix depuis le 14 décembre 2018
Fanny N.

Fanny N.

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
J'aime rire, j'aime pleurer, l'aime danser, j'aime chanter et tout ça, je le vis souvent au cinéma.

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Fanny N.

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