enfr
Accueil / SPECTACLES / [Critique] « Poings » de Pauline Peyrade et Justine Bertillot : L’effet d’un uppercut
POINGS de Pauline Peyrade et Justine Berthillot image THÉÂTRE / CIRQUE
© Pierre Barbier

[Critique] « Poings » de Pauline Peyrade et Justine Bertillot : L’effet d’un uppercut

Présenté aux Scènes du Jura le 14 novembre 2018, Poings est l’adaptation théâtrale et circassienne de la pièce écrite par Pauline Peyrade. Un spectacle qui frappe fort. L’avis et critique de Bulles de Culture.

Synopsis :

C’est l’histoire d’une relation amoureuse toxique, ponctuée de violence, de chantage, de manipulation. C’est l’histoire d’une fille prise au piège dans les griffes acérées d’une sombre domination perverse. C’est l’histoire aussi d’une échappée salutaire et éperdue, parce qu’il faut dire haut et fort qu’il est toujours possible de s’en sortir.

Poings : chroniques d’une descente aux Enfers

Avec le spectacle Poings, Pauline Peyrade choisit de dresser l’itinéraire chronologique d’une fille tombée entre les mains d’un prédateur. Cet itinéraire est jalonné de moments-clés, celui d’une rencontre sur fond de rave party, celui d’un long parcours en voiture sur fond de chantage, celui enfin de la fuite sur fond de reconquête de soi. Incarnant son propre rôle, Pauline Peyrade redonne vie à celle qu’elle a été. Pour incarner l’inquiétant mâle qui la prend sous sa coupe, c’est Antoine Herniotte, qui signe aussi l’univers sonore de la pièce.

Entre ces bornes chronologiques, des passages plus métaphoriques dans lesquels c’est Justine Bertillot qui vient illustrer une forme de double du personnage féminin, quelque chose qui peut être son âme, sa conscience ou son double fort. Si ces passages peuvent comporter quelques longueurs, ils excellent à retranscrire les sentiments de l’héroïne : doutes, solitude, claustration.

Comprendre les violences conjugales

C’est un spectacle fort que Poings, l’un de ces spectacles d’où l’on sort d’abord en silence, incapable de verbaliser pendant un moment ce qui a tant frappé. La réussite de Poings repose en partie sur l’écriture de Pauline Peyrade qui fait dialoguer « moi » et « toi », ce qu’on dit et ce qu’on se dit, soi et la petite voix de la résistance.

Car le dialogue avec soi rend prégnant l’attirance et la peur, rend tangible le dédoublement de soi face à la violence, le frêle mais fort instinct de survie qui donne la force de trouver la sortie. Cela permet aussi au public d’observer et de comprendre le mécanisme psychologique qui s’installe face à la violence, qu’elle soit verbale ou physique.

Poings a l’audace d’affronter la problématique de face, allant jusqu’à décrire la violence du viol conjugal sans tabou ni détour. C’est un chant lugubre au son d’une voix transformée qui vient donner corps à cette violence. Les choix scénographiques rendent d’ailleurs aussi justice à cette violence subie, qu’elle soit latente ou manifeste.

Un objet théâtral qui dérange (con)sciemment

C’est en somme un objet théâtral étrange que Poings. Entre théâtre et cirque, entre chant et cri, le spectacle échappe à toute définition générique. Mais son caractère hybride explique certainement sa réussite. Car Poings « promène » réellement le spectateur entre crainte et fascination, entre sidération et révulsion, entre incrédulité et espoir.

Le public se trouve de la sorte toujours dans une sorte de cauchemar, un rêve étrange où survient tout ce que l’on redoute le plus. L’univers sonore que met en place Antoine Herniotte renforce d’ailleurs cette impression cauchemardesque. La tension permanente entre ce qui se passe en faits et ce qui se passe dans la tête de l’héroïne est saisissante de pertinence.

Pauline Peyrade tape ainsi fort et juste. Le trio qu’elle crée avec Justine Bertillot et Antoine Herniotte excelle et brille. Jusque dans la révolte finale, jusque dans les derniers instants. Car si Pauline Peyrade livre avec Poings le récit d’une descente aux tréfonds de soi, elle rappelle aussi que ce qui ne tue pas rend plus fort-e, que chacun-e recèle en soi les ressources inestimables pour résister et quitter qui nous tue.

En savoir plus :

  • Poings a été joué à Les Scènes du Jura le 14 novembre 2018
  • Prochaine date du spectacle : le 6 décembre 2018 au Théâtre Scène des Trois Ponts de Castelnaudary
  • Durée du spectacle : 1h20
  • La pièce Poings de Pauline Peyrade a été publié aux éditions Les Solitaires Intempestifs. Elle a été finaliste du Grand Prix de littérature dramatique en 2018
Morgane P.

Morgane P.

Rédactrice/Editor chez Bulles de Culture
Littéraire dans l’âme, cœur tendre, j’aime que l’on me raconte des histoires, que l’on m’emmène à la rencontre de personnages qui me fassent vibrer, qui m’emportent, qui me touchent, et vivre à travers eux de belles et incroyables aventures.

Top 3 Littérature : Laurent Mauvignier ; "Journal" de Jean-Luc Lagarce, "Aurélien" de Luis Aragon
Top 3 Poésie : "Les Planches courbes" d'Yves Bonnefoy, "Les Chimères" de Gérard de Nerval, "Un Été dans la Combe" de Jean-Claude Pirotte
Top 3 Théâtre : Jean-Luc Lagarce, Anton Tchékhov, Euripide
Morgane P.

Les derniers articles par Morgane P. (tout voir)

    Laisser un commentaire

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.