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Sauver ou périr affiche film critique avis

[Critique] « Sauver ou périr » (2018) : Pleurer et applaudir

Sauver ou périr de Frédéric Tellier est dans les salles de cinéma depuis le 28 novembre 2018. Le film rend hommage aux pompiers sous le prisme personnel d’un grand brulé. La critique film et l’avis de Bulles de Culture ainsi que notre interview avec le co-compositeur de la musique, Christophe La Pinta.

Synopsis :

Franck (Pierre Niney) est Sapeur-Pompier de Paris. Il sauve des gens. Il vit dans la caserne avec sa femme qui accouche de jumelles. Il est heureux. Lors d’une intervention sur un incendie, il se sacrifie pour sauver ses hommes. A son réveil dans un centre de traitement des Grands Brûlés, il comprend que son visage a fondu dans les flammes. Il va devoir réapprendre à vivre, et accepter d’être sauvé à son tour.

Sauver ou périr : hommage à la dévotion des pompiers

Frédéric Tellier avait séduit le public en 2015 grâce au thriller haletant, L’affaire SK1, racontant la quête de Guy Georges. Il revient aujourd’hui avec une histoire personnelle qui rend néanmoins hommage à tout une profession. A travers le parcours de Franck, pompier par vocation, le réalisateur va rentrer dans l’intime de ces hommes du feu. On y découvre la dévotion de ces héros modernes qui ont une sens incommensurable de l’altruisme. Les pompiers sont en effet entrainés pour se confronter aux situations de l’extrême sans broncher avec un sans froid inouïe. En contact avec l’humain, ces êtres d’honneur doivent également avoir de l’empathie pour les personnes qu’ils secourent. Sauver ou périr met en avant cet état d’esprit en rentrant dans leur quotidien. On y voit particulièrement cette rigueur et cette fierté à servir une cause juste, quitte à perdre les pédales quand surviennent blessures ou maladies.

Sauver ou périr Pierre Niney critique film avis
© Mars Films

Derrière l’uniforme, il y a cependant des humains fragiles. C’est précisément sur cet aspect qu’insiste Frédéric Tellier. Le scénario appuie sur les faiblesses des ces hommes, cassant les assimilations aux sur hommes. Le réalisateur confronte son personnage principal à la pire des atrocités en le faisant brûler vifs. La phase de reconstruction va occuper une bonne partie du film, utilisant des ficelles similaires à Patients (Grand Corps Malade). Le long métrage montre sans retenue le processus médical pour se remettre des blessures physiques. Le brûlé est notamment mis dans une chambre stérile, baigné régulièrement dans un bain d’antiseptique pour éviter les infections. Puis, c’est le ré-apprentissage des fonctions basiques auquel il est nécessaire de se confronter. Puis, une deuxième phase survient lorsque le patient découvre ses blessures, qui sont les stigmates d’une vie perdue. L’homme prend conscience qu’il ne sera alors jamais plus comme avant, malgré les multiples opérations de chirurgie esthétique programmées. Le pompier se lance alors dans un combat psychologique pour garder sa raison.

Des interprétations très fortes

Sauver ou périr Pierre Niney photo critique avis film
© Mars Films

La force de Sauver ou périr est justement construit en ascenseur émotionnel. Frédéric Tellier décrit la chute vertigineuse de son protagoniste pour mieux être en avant sa reconstruction. Le potentiel d’empathie est alors très fort. En faisant de Franck un père de famille, il est plus facile pour le spectateur de se projeter dans sa situation. Pierre Niney, qui s’est beaucoup entrainé pour le rôle, livre une prestation touchante et pleine de subtilité. Celui qui s’est transformé physiquement pour la première partie du film, arrive à toucher par simples gestes et phrasés dans la seconde partie. Anaïs Demoustier, qui aurait pu basculer dans le pathos, interprète une femme qui va porter à bout de bras son mari pour le pousser à l’acceptation. Elle est finalement le pompier de l’âme qui vient éteindre le feu intérieur de Franck.

Avec Sauver ou périr, Frédéric Tellier se positionne assurément pour la cérémonie des César 2019, avec, qui sait, peut-être un deuxième prix du meilleur acteur pour Pierre Niney.

3 questions à Christophe La Pinta, co-compositeur de la musique du film

Bulles de Culture : C’est votre deuxième collaboration avec Frédéric Tellier après l’affaire SK1, comment travaillez-vous ensemble ? 

Christophe La Pinta : Durant l’écriture du scénario, Frédéric Tellier écoute une playlist qu’il m’envoie. Les musiques qu’il choisit montrent son état d’esprit au moment de la pré-production. Je commence alors à travailler avec cela. Durant le tournage, nous composons chacun de notre côté. On s’échange des brides de partitions, des thèmes et on regarde si ça colle. Puis une fois le tournage finie, on se lance dans la mise en musique de séquences clés. Pour Sauver ou périr, c’est la scène de l’incendie qui était au centre de notre composition. Frédéric Tellier n’a pas tout gardé de la composition proposée. Il a préféré garder des moments de silence où l’on se pose. Il a bien sûr eu raison.

Sauver ou périr critique film avis Pierre Niney photo
© Mars Films

BdC : Quel était l’enjeu principal sur la musique de Sauver ou périr ? 

Christophe La Pinta : Avec Sauver ou périr, il ne fallait pas tomber dans la composition d’une musique pathos. J’ai donc insisté sur la tenue des cordes, sur la minimisation du piano, pour que les notes soient comme des gouttes d’eau. L’enregistrement de la musique s’est fait à Londres avec le London Company Orchestra.

BdC : Quelles ont été vos directives sur la musique de Sauver ou périr ? 

Christophe La Pinta : Je voulais que les musiciens abordent la musique du film comme s’ils n’avaient pas toucher leur instrument depuis 15 ans. A l’image du personnage principal, je voulais que cela donne la sensation d’une fragilité, comme si chacun devait réapprendre les gestes pour jouer.

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 28/12/2018
  • Distribution France : Mars Films
  • La musique de Sauver ou périr chez BOriginal est disponible depuis le 23 novembre 2018 sur les plateformes de streaming musicales (Itunes, Deezer, Spotify…) et prochainement en version CD.
Antoine Corte

Antoine Corte

Rédacteur en chef adjoint / Deputy editor in chief chez Bulles de Culture
Toujours à défendre le cinéma français, j'aime particulièrement faire découvrir les films à petites sorties mais à portée universelle.

Top 3 Cinéma : "Moulin Rouge !" (2001), "Titanic" (1997), "Les Parapluies de Cherbourg" (1964)
Antoine Corte

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