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[Critique] « Pupille » (2018) : Le processus de l’adoption devant la caméra

Pupille de Jeanne Herry est dans les salles de cinéma depuis le 5 décembre 2018. Avec son titre évocateur, le film jette un regard sur le processus d’adoption. L’avis et critique film de Bulles de Culture.

Synopsis :

Théo est remis à l’adoption par sa mère biologique le jour de sa naissance. C’est un accouchement sous X. La mère à deux mois pour revenir sur sa décision… ou pas. Les services de l’aide sociale à l’enfance et le service adoption se mettent en mouvement. Les uns doivent s’occuper du bébé, le porter (au sens plein du terme) dans ce temps suspendu, cette phase d’incertitude. Les autres doivent trouver celle qui deviendra sa mère adoptante. Elle s’appelle Alice (Elodie Bouchez) et cela fait dix ans qu’elle se bat pour avoir un enfant. Pupille est l’histoire de la rencontre entre Alice, 41 ans, et Théo, trois mois.

Pupille : un beau travail de documentation avec des personnages forts

La réalisatrice jette un regard novateur sur l’adoption grâce à Pupille. Alors que beaucoup de longs métrages évoquent la quête des orphelins autour de leurs vrais parents , Jeanne Herry s’attache exclusivement à la mécanique de l’adoption, de l’accouchement sous X de la génitrice à la rencontre entre l’enfant et sa mère. Avec le même réalisme que Réparer les vivants de Katell Quillévéré, Pupille montre le long cheminement pour construire une nouvelle famille. On y voit notamment la nécessité d’une énorme coordination entre des professionnels de qualité. En début de processus, l’assistante sociale (Clotilde Mollet) encadre la jeune fille qui vient d’accoucher pour l’aider dans sa décision de laisser, ou non, son enfant. L’aide sociale échange avec celle-ci et prend en charge la déclaration du nouveau-né en mairie. L’actrice est bouleversante dans ce rôle plein de bienveillance. Lors d’une scène-clé du film, son personnage doit parler au nourrisson de la situation qu’il traverse pour éviter que son développement en soit altéré.

Le film Pupille donne d’ailleurs un regard singulier sur la perception de l’enfant. Jeanne Herry s’attache à montrer que celui-ci est totalement conscient de ce qui l’entoure. Aussi, la communication verbale est essentielle avec lui. Rompant avec les idées reçues, la réalisatrice a choisi de masculiniser la profession d’assistant-maternel à travers les traits de Gilles Lellouche. Son personnage, plutôt d’aspect viril et musclé, inverse les codes populaires. Tandis que sa femme a une situation confortable, c’est lui qui travaille par vocation et depuis chez lui où il reçoit des nouveaux-nés. Il est encadré par Karine (Sandrine Kiberlain) au pep’s d’enfer avec son tic de chewing-gum. La travailleuse sociale a une caractérisation enfantine de manger sans cesse des bonbons, marquant ainsi sa proximité avec les jeunes dont elle s’occupe. Sandrine Kiberlain, dont c’est la seconde collaboration avec Jeanne Herry après Elle l’adore, est rayonnante. La comédienne y incarne comme souvent la folie tempérée que le public aime tant.

Un film qui s’accueille avec le cœur plus qu’avec les pupilles

De l’autre côté de la chaîne, il y a Elodie Bouchez en femme célibataire embarquée depuis 8 ans dans le processus d’adoption. Dans le long métrage Pupille, elle interprète une audio-descriptrice pour le théâtre déterminée, malgré des blessures affirmées. On plonge dans un bain d’émotion avec l’actrice qui vit son personnage, au point d’en perdre la voix lorsqu’elle doit jouer la scène de rencontre avec son futur fils. La prestation d’Olivia Côte est également à souligner. Elle est la coordinatrice d’adoption qui va aider le conseil de famille à faire son choix sur le candidat à l’adoption. Il est très clair que cette accompagnatrice, au tempérament fort, n’est pas là pour combler les souffrances d’un couple en manque d’enfant. Celle-ci doit principalement trouver des personnes aimantes pour un enfant en manque de parents.

Grâce à un travail particulièrement documenté et à des personnages forts et incarnés avec brio, Pupille est donc un film humain. On salue la tendresse particulière de la proposition de Jeanne Herry qui réalise une oeuvre qui s’accueille avec le cœur plus qu’avec les pupilles, sans aucune revendication cachée.

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 05/12/2018
  • Distribution France : StudioCanal
Antoine Corte

Antoine Corte

Rédacteur en chef adjoint / Deputy editor in chief chez Bulles de Culture
Toujours à défendre le cinéma français, j'aime particulièrement faire découvrir les films à petites sorties mais à portée universelle.

Top 3 Cinéma : "Moulin Rouge !" (2001), "Titanic" (1997), "Les Parapluies de Cherbourg" (1964)
Antoine Corte

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