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The Wife de Björn Runge affiche cinéma film

[Critique] « The Wife » (2018) : L’imposture dans toute sa splendeur

Attendu en France, The Wife de Björn Runge signe le grand retour au cinéma de Glenn Close après quelques apparitions anecdotiques ici et là. La leadeuse de la fabuleuse série Damages a mis quinze ans pour faire produire ce film démontrant le pouvoir partagé — de manière idéalisée ou non — dans un couple. L’avis et critique film de Bulles de Culture.

Synopsis :

« Derrière l’homme, cherchez la femme » pourrait résumer parfaitement l’histoire de de Joan (Glenn Close), cette épouse ayant sacrifié ses ambitions et sa propre carrière pour permettre à son mari (Jonathan Pryce), de se consacrer à l’écriture. Alors que ce dernier s’apprête à recevoir le prix Nobel de littérature, les secrets et les rancœurs de leur union — en apparence parfaite — refont surface…

The Wife : film de femmes en plein mouvement #MeToo

En plein mouvement #MeToo, voilà que The Wife s’insère au bon moment dans les cahiers de programme de cinéma. Même si la France attend toujours de pouvoir le visionner dans une salle obscure, Bulles de Culture a pu l’admirer en Belgique. Dans une réalisation en délicatesse et spécialement européenne (l’action se déroule en Suède et la production est britannique), Glenn Close et Jonathan Pryce se donnent merveilleusement bien la réplique. Mais pourquoi une si longue attente pour le voir dans le pays de Molière ? Sans doute à cause de son parcours de pré-production. Dans une récente interview, Glenn Close, qui y tient le premier rôle, annonçait qu’elle avait mis plus de quinze ans à trouver des gens pour la soutenir dans cette adaptation de The Wife (2003), le roman de Meg Wolitzer. Et il est également ici question de roman…

La marmite qui déborde

… car The Wife est une mise en abyme. Le film parle de roman, de Prix Nobel décerné dans un monde d’hommes à partir d’un livre ayant eu du mal à être adapté au cinéma. Peut-être disait-il des choses qui dérangent ? Joan (le personnage de Glenn Close) a réellement dédié son existence à son époux (incarné par un impeccable Jonathan Pryce) et reçoit une sorte d’électrochoc lorsque l’un de ses romans est choisi pour recevoir le prix des prix pour un auteur : le Prix Nobel de littérature. Nous sommes tentés d’utiliser ici l’écriture inclusive mais auteure (ou autrice) et Prix Nobel dans une même phrase n’ont pas souvent fait bon ménage et d’heureux cœurs (8 prix dans cette catégorie pour les dames depuis 1945). Mais pourquoi cette réaction de la part de l’héroïne ? Car le couple qu’elle forme avec son mari s’est bâti sur une sorte de mensonge ayant assez duré. Frappé du syndrome de l’imposteur, pas à l’aise avec ses compétences personnelles, son mari, alors en pleins problèmes cardiaques, voit peu à peu son masque se fissurer.

Une réalisation délicate

Tout le jeu du spectateur durant les 90 minutes du film sera de deviner ce qui a pu faire flancher cette femme et la voir repousser ses limites (car les flash-backs sont plutôt nombreux). Comment accepte-t-on certaines choses par amour ? Un peu comme si les réponses n’étaient pas faciles et données d’emblée, le long métrage The Wife se termine sur une note mystérieuse et Joan emporte avec elle tout son mystère dans le ciel (allusion à la dernière scène du film).

The Wife fait ainsi partie de ces film lents, mais sans l’être, et à la réalisation élégante mais qui doivent être digérés car ils ne prennent pas leur spectateurs pour des imbéciles.

En savoir plus :

  • Date de sortie Belgique : 14/11/2018
  • Distribution Belgique : Imagine Film Distribution
  • The Wife est distribué en e-cinéma en France par TF1 Studio sur les services de vidéo à la demande à partir du jeudi 24 janvier 2019

Luigi Lattuca

Rédacteur / Editor chez Bulles de Culture
Journaliste culturel fasciné par les comportements humains, aimant se retrouver défendant le ciné en solo et se délectant aussi de séries télé et d'essais percutants.

TOP 3 TV : "Desperate Housewives" (2004-2012), "Revenge" (2011-2015), "2 Broke Girls" (2011-...)
TOP 3 Cinéma : "Batman, le défi" (1992), "La Belle et la Bête" (1991), "8 Femmes" (2002)
TOP 3 Littérature : "Le bilan de l'intelligence" (1935) de Paul Valéry, "Robert des noms propres" (2002) d'Amélie Nothomb, "A nous deux, Paris !" (2012) de Benoît Duteurtre

Site personnel : Les caprices de Luigi

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