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Cristian Mungiu Festival International du Film de Marrakech photo
© Sife Elamine

Cristian Mungiu au Festival de Marrakech : « Le cinéma est mon mensonge »

Le réalisateur Cristian Mungiu est l’invité du 17ème Festival International du Film de Marrakech. Enfant du Festival de Cannes, le cinéaste roumain palmé pour 4 mois, 3 semaine, 2 jours revient sur son parcours atypique, de ses débuts en Roumanie à son éclosion sur la scène internationale. Retour de Bulles de Culture sur cette rencontre. 

Cristian Mungiu, le cinéaste aux deux patries

Cristian Mungiu a deux patries. La première est sa Roumanie natale qui est au cœur de son cinéma depuis le début de sa carrière. La seconde est la France, en particulier Cannes qui l’a vu éclore en tant que cinéaste. Tous ses films sont passés à ce jour sur la croisette, tous ceux qui ont été sélectionnés en compétition officielle ont reçu un prix. D’abord 4 semaines, 3 semaines, 2 jours (2007) qui a reçu la palme d’or. Puis, Au delà des collines qui obtient un double prix d’interprétation féminine, aux deux actrices Cosmina Stratan et Cristina Flutur, et un prix du scénario. Enfin, Baccalauréat (2017) repart avec un prix de la mise en scène.

Cristian Mungiu Jean Pierre Lavoignat photo Marrakech 2018
© Sife Elamine

Pourtant, le réalisateur ne s’imaginait pas autant briller sur la scène internationale : « J’ai grandi dans les années 70 dans un pays communiste. J’étais persuadé de mourir dans ce pays sans qu’il n’y est aucune évolution. A 18 ans, devenir réalisateur était la risée de tout le monde. Impossible pour moi d’aller dans une école de cinéma, car elle était réservée aux fils de dignitaire ». Le jeune homme s’est alors réfugié dans l’écriture. C’est l’avènement de la VHS qui l’a véritablement ouvert au cinéma : « j’achetais les cassettes au marché noir et je pouvais visionner alors bien plus que les oeuvres qui étaient diffusées à la télévision, très réduites« .


Après des études de cinéma à Bucarest suite à l’effondrement du bloc communiste, il est assistant de Bertrand Tavernier et Radu Mihaileanu, venus tournés en Roumanie. « Ces expériences m’ont beaucoup aidé à m’organiser. Si bien qu’aujourd’hui, je n’ai pas besoin de beaucoup d’aides sur un plateau » confie-t-il. Le futur réalisateur a alors une fascination pour les professionnels de l’Europe de l’Ouest qu’il considère comme « des demi dieux« . A l’instar d’Isabelle Adjani dont il découpait des publicités dans des magazines pour les accrocher sur les murs de sa chambre.

Le lancement cannois jusqu’à la palme d’or

Puis, Cristian Mungiu se lance dans la réalisation de son premier long métrage, Occident (2001). Il raconte ses galères d’argent pour boucler le budget de son film : « En plein tournage, on s’est retrouvés à court d’argent, j’ai pris alors l’argent de mon père.  Mais cela ne suffisait pas. J’ai décroché l’aide miraculeuse du Festival de Rotterdam qui m’a permis de payer une partie de la production. Le film apparaissait dans le catalogue du Festival mais il n’était toujours pas fini. La Quinzaine des Réalisateurs m’a contacté pour l’avoir dans sa sélection. Pour permettre de mettre fin au projet inabouti, les sélectionneurs m’ont fait une lettre de présélection. Grâce à cette lettre, j’ai été voir le centre de la cinématographie de Roumanie qui m’ont donné la fin du financement« .

L’équipe d’Occident débarque à Cannes sans attaché de presse, sans commercial pour vendre le film. Ils se sont retrouvés démunis face à l’effervescence médiatiques. Cristian Mungiu frôle de peu la Caméra d’Or mais décide qu’il reviendra sur la croisette mieux organisé.

Pour 4 semaines, 3 semaines, 2 jours, c’est le distributeur Vincent Maraval, auquel il manquait des films en sélection cannoise, qui contacte le cinéaste roumain pour défendre le film. Il explique : « Le Festival de Cannes m’a proposé 2 créneaux possibles pour présenter le film, soit le premier jour, soit le dernier jour de compétition. Nous avons opté pour le premier. On m’avait alors dit que l’effervescence durerait 2/3 jours après la présentation du film, avec des interviews à la chaîne. Mais l’engouement pour le long métrage ne s’est pas arrêté jusqu’à la fin de la manifestation. Je suis resté sur la croisette durant la totalité de la quinzaine« .

L’importance du plan séquence

« Je travaille uniquement avec les plans séquences« , rappelle Cristian Mungiu. « Je ne bouge pas la caméra a moins qu’il y ait un mouvement dans la scène. Du coup, on a beaucoup de hors champs dans mes scènes. Je mets l’accent sur ce qui est le plus important. Par exemple, dans 4 mois, 3 semaines, 2 jours, il y a un plan séquence de 25 minutes« . Ces plans séquences réduisent le travail de montage, quasiment inexistant chez Mungiu. A l’inverse, aucune erreur ne doit être commise au tournage. Le réalisateur n’hésite pas à recommencer les mêmes séquences, parfois même jusqu’à 40 fois, en adoptant des rythmes différents.

L’invité du Festival de Marrakeck explique ne pas aimer caster ses acteurs sur des books, préférant voir des photos en conditions réelles comme sur Facebook, Instagram. Aimant trop travailler avec des anonymes, le réalisateur confie ne jamais vouloir travailler avec des acteurs célèbres, « auxquels on associe déjà quelque chose ».

Quand on lui pose la question de quitter la Roumanie pour faire un autre style de cinéma, Cristian Mungiu est radical : « Je n’ai jamais pensé partir de Roumanie. J’ai tellement d’histoire à raconter sur ce pays. Mais ma filmographie n’est pas totalement réaliste. Je m’attache à isoler des moments d’importance. Le cinéma est mon mensonge en quelque sorte« .

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Antoine Corte

Antoine Corte

Rédacteur en chef adjoint / Deputy editor in chief chez Bulles de Culture
Toujours à défendre le cinéma français, j'aime particulièrement faire découvrir les films à petites sorties mais à portée universelle.

Top 3 Cinéma : "Moulin Rouge !" (2001), "Titanic" (1997), "Les Parapluies de Cherbourg" (1964)
Antoine Corte

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