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Silvio et les autres affiche film paolo sorrentino

[Critique] « Silvio et les autres » (2018) : Luxure à la Berlusconi

Silvio et les autres, film italien du réalisateur Paolo Sorrentino avec Toni Servillo, Elena Sofia Ricci et Riccardo Scamarcio, est dans les salles de cinéma depuis le 31 octobre 2018. L’avis et critique Bulles de Culture du film sur Silvio Berlusconi.

Synopsis :

Il a habité nos imaginaires par la puissance de son empire médiatique, son ascension fulgurante et sa capacité à survivre aux revers politiques et aux déboires judiciaires. Il a incarné pendant vingt ans le laboratoire de l’Europe et le triomphe absolu du modèle libéral après la chute du communisme.
Entre déclin et intimité impossible, Silvio Berlusconi (Toni Servillo) incarne une époque qui se cherche, désespérée d’être vide.

Silvio et les autres : déluge de luxure

Silvio et les autres : Photo Giovanni Esposito, Toni Servillo
© Gianni Fiorito

« Tout est vrai/faux » scande la bande annonce de Silvio et les autres avec le choix du titre King of My Castle de Wamdue Project en guise de musique de fond. Le marketing autour du film annonce bien tout le déluge de luxure de la nouvelle proposition de Paolo Sorrentino. Cette dernière dépeint l’univers de débauche de l’ancien président italien. « Il Cavaliere » aime la jeunesse et les femmes. On le sait que trop à travers la proposition toujours très stylisée du réalisateur. Celui-ci créé une oeuvre centrée presque uniquement sur les fêtes indécentes du dirigeant. Le visuel est extrêmement soigné montrant les magnifiques corps à poitrines en postures subjectives dansant sur les podiums de la ville du chef. L’accent sur la futilité de ces partis fines montre en réalité le désordre et la légèreté avec laquelle Silvio Berlusconi envisage le pouvoir.  De prime abord très caricaturale, Silvio et les autres est en réalité une oeuvre plus profonde qu’il n’y parait avec toujours différents niveaux de lecture. Il est dommage cependant que le réalisateur mette trop en avant l’aspect insouciant du personnage, basculant au second plan ses plus noires scandales comme le trafic de drogues, les complicités d’attentats ou les fraudes fiscales.

La construction narrative de Paolo Sorrentino continue dans le mystique et le symbole de sa filmographie passée. L’ouverture du film n’y déroge pas lorsqu’on voit un jeune mouton pénétré dans le salon de la villa du maestro avec télévision allumée sur la chaîne Berlusconi. L’animal succombe alors en vent glacial d’une climatisation réglée sur 0 degré. Même effet de style pour la dernière séquence où le lyrisme bat son plein (pas de spoilers).

Un condensé de la filmographie de Paolo Sorrentino

Silvio et les autres : Photo Elena Sofia Ricci, Toni Servillo
© Gianni Fiorito

Ce Silvio est les autres est un condensé de la filmographie de Paolo Sorrentino. Les scènes de liesses collent à l’héritage de La Grande Bellezza (2013) dans une Rome totalement sublimée. On retrouve également ce thème récurrent de la quête jeunesse, toujours au centre des problématiques du réalisateur. On imagine bien Berlusconi terminer ses vieux jours au centre de remise en forme de Youth (2015). L’image de la femme selon Sorrentino est d’ailleurs assez binaire. Au-delà des portraits monolithiques du harem que se fait le présidentdans le film, il est troublant de constater que l’actrice Kasia Smutniak, interprétant une conquête de l’homme politique, ressemble étrangement à Rachel Weisz, muse du cinéaste dans son précédent film. Autre acteur fétiche de ce dernier, Toni Servillo campe avec grande similitude Silvio, grâce notamment à un masque badigeonné d’auto-bronzant et affublé d’un sourire carnassier permanent.

Déception en revanche autour de l’acteur Riccardo Scarmacio interprétant Sergio Morra. Pourtant omniprésent en première partie de film, alors que Silvio n’a pas fait encore son apparition, le traitement autour de son personnage est plutôt bâclé, jusqu’à disparaître totalement, et presque sans explication, dans la dernière demi-heure. Le charisme infernal de celui qui fût élu « politique le plus sexy » par le magazine Playboy aura eu raison des rôles secondaires ! La longueur de la version française (2h38), jonction en réalité de deux films en Italie, montre quelques soucis de montages avec des longueurs et répétitions inutiles. On sent que la compilation a été difficile pour Paolo Sorrentino, plus habitué ces dernières années à travailler ses portraits sur la longueur, la série Young Pope en fer de lance.

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 31/10/2018
  • Distribution France : Pathé Films
Antoine Corte

Antoine Corte

Rédacteur en chef adjoint / Deputy editor in chief chez Bulles de Culture
Toujours à défendre le cinéma français, j'aime particulièrement faire découvrir les films à petites sorties mais à portée universelle.

Top 3 Cinéma : "Moulin Rouge !" (2001), "Titanic" (1997), "Les Parapluies de Cherbourg" (1964)
Antoine Corte

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