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Rafiki de Wanuri Kahiu affiche

[Critique] « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu

Cet article est le 30e sur 30 pour Festival de Cannes 2018

Sélectionné dans la catégorie Un Certain Regard au Festival de Cannes 2018, Rafiki de Wanuri Kahiu avait surtout fait parler de lui pour son aspect politique : ce film kényan est interdit dans son pays puisqu’il raconte une histoire d’amour lesbienne. L’avis et critique film de Bulles de Culture.

Synopsis :

À Nairobi, Kena (Samantha Mugatsia) et Ziki (Sheila Munyiva) mènent deux vies de jeunes lycéennes bien différentes, mais cherchent chacune à leur façon à poursuivre leurs rêves. Leurs chemins se croisent en pleine campagne électorale au cours de laquelle s’affrontent leurs pères respectifs. Attirées l’une vers l’autre dans une société kényane conservatrice, les deux jeunes femmes vont être contraintes de choisir entre amour et sécurité…

Rafiki : une mise en scène séduisante

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© Météore Films

Dès les premières scènes dans Nairobi, c’est l’esthétique très pop et colorée des images qui saisit le spectateur. La musique accompagne ce sentiment, contrastant avec ce qu’on savait du film avant d’entrer dans la salle de cinéma : au Kenya, Rafiki est interdit de diffusion car il « légitimerait » l’homosexualité féminine.

Dans un premier temps, on oublie le lourd contexte politique autour du film en se laissant glisser dans l’histoire, comme Kena sur son skate dans les rues de la ville. Lycéenne à première vue ordinaire, elle aime passer du temps avec ses copains, faire du skate donc, mais aussi jouer au foot et se promener à scooter avec son meilleur ami Blacksta. Elle croise régulièrement Ziki qui, elle, préfère danser avec ses copines et arbore un look très féminin avec un maquillage ultra soigné. Cette dichotomie est assez stéréotypée — la « tomboy » qui ne traîne qu’avec des garçons et la « lolita » qui danse avec ses copines — mais le jeu de regards des actrices lors de leurs premières rencontres nous fait vite pardonner ce lieu commun des histoires d’amours lesbiennes.

Une intrigue charmante mais attendue

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© Météore Films

Un autre lieu commun des histoires lesbiennes est le rapport de classe : dans La Vie d’Adèle : Chapitres 1 et 2, mais aussi dans Carol, il y a derrière l’histoire d’amour une sorte de lutte des classe s: l’une des deux protagonistes a un statut social plus élevé ou un compte bancaire plus important. C’est également le cas dans Rafiki, et cet aspect est symbolisé par l’un des arcs narratifs sous-jacents : le père de Ziki et celui de Kena sont deux candidats concurrents lors d’élections locales. Leur affrontement politique est souligné par une symbolique de couleurs : vert pour le camp Kena, mauve pour le camp Ziki (comme son rouge à lèvres.) Évidemment, comme on pouvait s’y attendre, leur amour sera plus fort que leur disparité sociale et que l’affrontement politique de leurs familles.

On s’attend d’ailleurs à beaucoup de choses dans cette intrigue : le premier baiser, la première nuit, la première dispute… Le scénario est efficace mais manque parfois de surprises. Et c’est peut-être cette banalité qui fait de Rafiki un film non seulement charmant, mais aussi politique : c’est l’histoire banale de deux lycéennes qui tombent amoureuses. Point.

Brutal rappel à la réalité

rafiki de Wanuri Kahiu photo 1
© Météore Films

Difficile de rester impassible face à l’histoire d’amour de Kena et Ziki : les deux prometteuses actrices déploient une énergie communicative dans le long métrage Rafiki, notamment lors d’une scène très joyeuse de sortie en club où l’on rêverait de les rejoindre sur la piste de danse. Mais l’homophobie viendra brusquement bousculer cette idylle pour la transformer en tragédie : lors d’une scène d’une violence difficilement soutenable, les deux jeunes femmes se font surprendre et tabasser par le voisinage.

Ce dur rappel à la réalité laisse un goût amer, tout comme le serment homophobe qu’entendent Ziki et Kena un dimanche matin à la messe. Malgré son esthétique pop et son intrigue a priori légère, Rafiki n’occulte donc aucunement les difficultés de vivre son homosexualité au Kenya.

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 26/09/2018
  • Distribution France : Météore Films
Lauriane N.

Lauriane N.

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
Cinéphile dilettante, j'aime qu'on me raconte des histoires.

Top 3 Cinéma : "Mulholland Drive" (2001), "Mommy" (2014), "Volver" (2006)
Lauriane N.

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