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Amy Adams dans la série Sharp Objects saison 1 critique avis
© 2018 Home Box Office, Inc. All rights reserved. HBO ® and all related programs are the property of Home Box Office, Inc.

♥ [Critique] « Sharp Objects » saison 1 : Le thriller de l’été à ne pas manquer

Adaptation des débuts littéraires de Gillian Flynn, la mini-série Sharp Objects marque le retour à la télévision de Jean-Marc Vallée après Big Little Lies. Bulles de Culture décrypte l’un des probables grands succès de l’été avec Amy Adams en tête d’affiche, dont les huit épisodes sont diffusés sur OCS City depuis dès le 9 juillet 2014. Notre avis et critique sur Sharp Objects saison 1, série coup de cœur de Bulles de Culture.

Synopsis :

Une reportrice (Amy Adams) retourne dans sa ville natale pour couvrir le meurtre de deux adolescentes et doit faire face à son passé.

Sharp Objects saison 1 : après Gone Girl, un nouveau thriller psychologique entêtant

Amy Adams dans la série Sharp Objects saison 1 critique avis
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Comme chaque été, la chaine HBO espère laisser sa marque indélébile comme un redoutable coup de soleil que l’on aurait dû voir venir. Le timing ne pouvait pas mieux tomber après la fin de Westworld saison 2. Car il faut bien nous abreuver de spéculations et nous distraire de nouveaux puzzles narratifs… Ainsi, après Show Me A Hero ou encore The Night Of, l’écume estivale nous apporte Sharp Objects saison 1. Menée par Marti Noxon (Buffy, Unreal) et réalisée par Jean-Marc Vallée (Dallas Buyers Club), cette mini-série en huit épisodes est aussi la troisième adaptation que l’on doit à Gillian Flynn.

Publié avant Dark Places (Les Lieux Sombres, Sonatine Éditions) et Gone Girl (Les Apparences, ibid.), Sharp Objects, paru sous le titre Sur ma peau chez Calmann-Levy, s’inscrit dans l’obsession de HBO d’adapter des œuvres littéraires. Un thriller psychologique sombre et névrosé, calme et viscéral, qui nous met dans la peau de la journaliste Camille Preaker (Amy Adams), assignée à enquêter sur un possible serial killer dans la petite ville fictive de Wind Gap, dans le Missouri. Entre les personnages qui drapent les secrets de l’affaire et le malaise qu’elle éprouve après des retrouvailles avec une mère terrifiante incarnée par Patricia Clarkson (Six Feet Under), elle ne manque jamais de noyer ses fantômes dans une bouteille de whisky matinal.

Sharp Objects, que l’on pourrait traduire par « objets tranchants » se réfère aux lames de rasoirs, aux armes du crime, aux stigmates du passé qui ne se referment jamais. Peut-être même à la plume de l’écrivain. Aussi, l’écriture tranchante de l’auteure et sa mise en image ne manquent pas d’évoquer le style mélancolique et sans concession de Nic Pizzolatto, révélé au monde entier avec True Detective. Et si Sharp Objects saison 1 s’apparentait à une 3e saison spirituelle de True Detective ?

Sharp Objects sur les traces de True Detective

Amy Adams dans la série Sharp Objects saison 1 critique avis
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Dans les bonnes enquêtes, l’univers oppressant tissé sur une toile d’indices reste secondaire face à la dynamique des personnages. Le premier épisode de Sharp Objects saison 1 relègue presque l’enquête au second plan pour moucheter sa galerie de personnages cafardeux mais authentiques. Comme le portrait régionaliste et poisseux de la Louisiane dans True Detective, les habitants de Sharp Objects sont embourbés dans un même marasme à Wind Gap où l’air semble frelaté et appesanti d’un silence moribond. On ne saisit pas encore l’ampleur de la corruption, semant le doute sur une conspiration plus large. Mais quelque chose n’y est pas à sa place. Surtout Camille Preaker, répondant à la torpeur du sud par un sarcophage de vêtements sombres.

Dans la maison de poupée coloniale hantée par une mère obsessive, un beau-père indifférent et une jeune demi-sœur étrangère, elle retrouve surtout d’autres fantômes, re-souvenirs macabres et flashbacks douteux. La saison 1 de True Detective opérait aussi par l’enchevêtrement de ses différentes chronologies, imbroglio mental où se confondaient le passé et le présent, et entre les deux, fantasmes et désaveux. C’est la jeune Sophia Lillis, découverte au cinéma dans le long métrage Ça qui incarne à la perfection Amy Adams version ado.

En plus du lourd passé qui rampe sur son dos, Camille est confrontée au détective Richard Willis (Chris Messina, aperçu dans Six Feet Under et Live By Night). Suspicieusement normal, il ne laisse pourtant rien filtrer de ses intentions, comme pour les autres personnages dont on ne sait encore que peu de choses, mais suffisamment pour s’y intéresser. Discrète, mélancolique et tout en répartie, tourmentée par ses démons et le pied toujours sur l’accélérateur, Camille est presque le penchant féminin de Rust Cohle de True Detective. Les deux séries ont en commun la fascination du mal et la manière dont y gravitent les vérités arrangées. Grâce à une remarquable interprétation d‘Amy Adams et une réalisation bien sentie, on parvient, le temps de quelques épisodes, à entrer dans sa peau.

Jean-Marc Vallée, un modus operandi sans faille

Amy Adams dans la série Sharp Objects saison 1 critique avis
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Jean-Marc Vallée, le réalisateur de Dallas Buyers Club, avait réussi son incursion à la télévision avec Big Little Lies l’année dernière. Dans Sharp Objects saison 1, on y retrouve en partie la même formule sensorielle tout en esquissant des nuances fidèles à Gillian Flynn. La caméra est fluide, rarement nerveuse, telle une lente vase tournant autour des personnages, toujours près d’eux comme la sueur qui colle à la peau. A souligner également le traitement du son réussi, naturel, sans musique superflue afin de répliquer l’expérience sensorielle de sa protagoniste. Pour le reste, il faudra mettre cela sur le compte du bon goût de Jean-Marc Vallée et sa coordinatrice musicale Susan Jacobs puisque Camille carbure à la discographie de Led Zeppelin entre deux routes de campagne.

Comme dans Big Little Lies, la narration au présent est tranchée par des micro-souvenirs intrusifs, entailles de la mémoire qui donnent au titre de l’œuvre toute sa signification. Camille désespère y recomposer un sens, ou plus tôt, espère-t-elle ne jamais en dénouer le fil. Le spectateur, cependant, ne pourra s’empêcher de relever les indices subliminaux. Jean-Marc Vallée incorpore beaucoup d’inserts dans son montage anxiogène, s’attachant à toujours faire dériver notre attention et celle de son personnage sans nous autoriser (sauf arrêt sur image) à s’y attarder.

Sharp Objects saison 1 est en effet un objet étrange, classique en apparence mais pourtant hypnotique, un thriller noir et sensuel. Notamment produit par Jason Blum, nouveau maitre de l’horreur (Get Out, Insidious), il nous aspire dans son univers étouffant aussi bien que le livre de Gillian Flynn. La ville de Wind Gap n’est sans doute pas la destination privilégiée des vacanciers, mais sous aucun prétexte, il ne faudra résister à y faire un détour pendant ces huit semaines à venir. Cette série coup de cœur de Bulles de Culture est garantie sans risque de coup de soleil.

En savoir plus :

  • Sharp Objects saison 1 est diffusé sur OCS City depuis le 9 juillet 2018, chaque lundi soir à 20h55 en US+24. La mini-série est également disponibles en streaming et en replay sur OCS Go
  • La page de la série sur le site d’OCS
Paul Vogel

Paul Vogel

Rédacteur/Editor chez Bulles de Culture
Piégé très tôt dans l'Engrenages des séries, impossible de passer plus de 24h chrono sans sauter dans La Quatrième Dimension, sous peine de finir aux Urgences. Citation inspirante préférée : "Sheeeeeeiit" (Clay Davis, "The Wire").

TOP 5 TV : "Six Feet Under", "Breaking Bad", "The Wire", "Urgences", "Lost"
Paul Vogel

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