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La Machine de Turing par Tristan Petitgirard photo 2
© Fabienne Rappeneau

[Critique Avignon Off] “La Machine de Turing” de Benoit Solès : Un brillant hommage

Cet article est le 36e sur 44 pour Festival IN & OFF d'Avignon 2018

La Machine de Turing, écrit par Benoit Solès et mis en scène par Tristan Petitgirard, nous entraine sur les pas d’Alan Turing, ce scientifique étrange qui découvrit le mystère de l’Enigma, la terrible machine à coder allemande. Une grande réussite au festival OFF d’Avignon 2018. L’avis et critique théâtre de Bulles de Culture.

Synopsis :

Après un cambriolage, Alan Turing (Benoit Solès) va porter plainte. Il rencontre le sergent Ross (Amaury de Crayencour) qui le malmène quelque peu. Recevant l’ordre d’enquêter du Général Menzies, qui dirigeait Turing pendant la Seconde Guerre mondiale, le sergent Ross découvre le travail secret mené sur l’Enigma, puis l’homosexualité de Turing et sa relation compliquée avec Arnold Muray. Et c’est ce qui va achever de briser l’homme Turing.

La Machine de Turing au festival OFF d’Avignon 2018 : une machine bien huilée

La Machine de Turing par Tristan Petitgirard photo 1
© Gipsy Nonn

La Machine de Turing fait partie de ces pièces dans lesquelles on entre sur le champ. Un texte remarquable ponctué d’humour et signé Benoit Solès, un duo de comédiens épatant (Benoit Solès pour Alan Turing, Amaury de Crayencour pour les autres personnages), une scénographie intrigante qui joue avec la vidéo-projection, une mise en scène très soignée et signée Tristan Petitgirard.

Le résultat est remarquable : on entre dans la Machine de Turing comme dans un film, d’autant que la pièce repose sur un système de flashbacks qui sème les éléments importants de la vie d’Alan Turing de façon à ce que la fin inéluctable de la pièce — la condamnation du scientifique pour son homosexualité à la castration chimique et son suicide — ait la force d’une tragédie. Mais dans cette tragédie-là, l’acharnement et la cruauté des hommes ont remplacé les dieux antiques.

Le portrait émouvant d’une figure hors norme

La Machine de Turing par Tristan Petitgirard photo 1
© Fabienne Rappeneau

L’Alan Turing que nous découvrons dans La Machine de Turing est extrêmement touchant. Benoit Solès excelle dans son interprétation du scientifique bègue, obsessionnel, peu enclin aux relations sociales. Cet homme se dévoile à la fois conscient de son talent, rongé par le rôle qu’on lui attribue dans le déchiffrement de l’Enigma, et fervent amateur de l’autodérision.

Nous le découvrons aussi d’une fragilité enfantine : passionné du film d’animation Blanche Neige qu’il a vu des dizaines de fois, il se donnera la mort par une pomme empoisonnée au cyanure. Coureur compulsif, il égalerait presque le champion du monde au marathon.

Alan Turing se révèle encore possédé par la mort de son premier amour dont il ne se console pas, et qu’il tente de conjurer en s’acharnant à vouloir créer une machine pensante qui pourrait être la réincarnation de Christopher Morcom, son premier grand amour emporté par la maladie.

Une page sombre de l’Histoire

La Machine de Turing par Tristan Petitgirard photo 3
© Fabienne Rappeneau

Le secret que l’on impose à Alan Turing sur sa machine capable de décrypter le code de l’Enigma, sa condamnation pour homosexualité et la castration chimique qui s’en est suivie, autant d’éléments qui constituent une page sombre de l’Histoire britannique.

Le dévoilement de la Machine de Turing cinquante ans plus tard, la volonté de trouver un citoyen britannique “récent” comme précurseur de l’informatique, l’idée — démentie depuis — qui faisait de la pomme d’Apple un clin d’œil à Turing, les récents films et documentaires sur le scientifique, notamment Imitation Game, voilà ce qui constitue le mea culpa britannique. Rappelons d’ailleurs que la reine d’Angleterre a gracié Alan Turing en 2013.

Quoi qu’il en soit, La Machine de Turing rend un émouvant et fascinant hommage à cette figure singulière que l’on a trop longtemps méconnue.

En savoir plus :

  • La Machine de Turing se joue au Festival Avignon Le Off 2018, au Théâtre Actuel du 6 au 29 juillet à 12h05
  • Durée du spectacle : 1h20
  • Site de Label Compagnie
Morgane P.

Morgane P.

Rédactrice/Editor chez Bulles de Culture
Littéraire dans l’âme, cœur tendre, j’aime que l’on me raconte des histoires, que l’on m’emmène à la rencontre de personnages qui me fassent vibrer, qui m’emportent, qui me touchent, et vivre à travers eux de belles et incroyables aventures.

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