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Accueil / CINEMA / [Critique] « Les Chatouilles » (2018) d’Andréa Bescond et Eric Métayer
Cyrille Mairesse et Pierre Deladonchamps dans le film Les Chatouilles au Festival de Cannes 2018
© Stéphanie Branchu - Les Films du Kiosque

[Critique] « Les Chatouilles » (2018) d’Andréa Bescond et Eric Métayer

Cet article est le 16e sur 24 pour Festival de Cannes 2018

Les Chatouilles, film français des réalisateurs Andréa Bescond et Eric Métayer avec  Andréa Bescond, Karin Viard et Clovis Cornillac, est présenté à Un certain regard du Festival de Cannes 2018. L’avis et la critique film de Bulles de Culture.

Synopsis :

Odette a huit ans, elle aime danser et dessiner.
Pourquoi se méfierait-elle d’un ami de ses parents qui lui propose de « jouer aux chatouilles »?
Une fois devenue adulte, Odette libère sa parole, et se plonge corps et âme dans sa carrière de danseuse, dans le tourbillon de la vie…

Les Chatouilles, les difficultés d’une prise de parole pour les victimes mineurs de viols

Andréa Bescond et Eric Métayer adaptent leur pièce de théâtre Les Chatouilles ou la danse de la colère, tirée d’une histoire vraie. Si le titre amuse, c’est pourtant bien d’abus sexuels sur mineurs dont il s’agit. Plus particulièrement, l’oeuvre aborde les difficultés pour une victime de parler une fois devenue adulte. Le film suit ainsi le cheminement allégorique d’une psychanalyse effectuée par le personnage principal. Grâce à ce traitement, elle va mener un long combat pour vivre avec ce passé insupportable. De ce fait, la mise en scène se construit autour de scènes issues de l’imagination ou des souvenirs d’Odette. Ils sont nombreux, et parfois incertains. La réalisation joue de ce fait beaucoup de ces approximations donnant au récit une grande liberté. Par exemple, au fil des pensées du protagoniste, un homme peut devenir une femme d’un plan à l’autre. De plus, certains dialogues exutoires sont hors réalité, comme lorsque l’héroïne se confie à son petit ami délinquant en lui confiant qu’elle peut à ce moment là tout lui dire puisque la scène n’est que le reflet de ses pensées alors qu’elle est dans la salle d’attente de sa psy.

Dès que les Chatouilles se passe dans la réalité, c’est beaucoup plus dure pour la victime. En effet, le film est très didactique sur les difficultés autour de l’aveu. La mère d’Odette, incarnée par Karin Viard, réunit à elle seule un bon nombre de ces questionnements qui sont souvent des freins à la confession : N’est-ce pas des faits qui ont été mal interprétés par l’enfant ? Que va penser l’entourage ? L’histoire n’hésite pas à tirer les gros traits faisant du personnage de Karin Viard une femme abject et égoïste. Aussi, le film tombe plutôt bien dans un contexte de réflexion politique autour de la réforme de la prescription des crimes sexuels commis sur des mineurs.

Une direction d’acteurs relativement faible

Cependant, la réalisation est relativement maladroite pour ce premier film concourant pour la Caméra d’Or au Festival de Cannes 2018. Les deux réalisateurs ont du mal à diriger les acteurs. Par exemple, l’attitude du psychologue (Carole Franck) apparait bien trop grossière lorsqu’elle confie à la protagoniste ne pas être compétente pour prendre son cas en mains. Le tempérament d’Odette est également sujet à incompréhension. Elle est à la fois femme forte et exigeante, mais sa souffrance est parfois difficilement perceptible au cours du récit. Enfin, il est dommage de retrouver ici Gregory Montel qui joue un amoureux dévoué pas si éloigné de son rôle dans la série Dix pour cent.

Malgré ces faiblesses, le film a un potentiel émotif fort. Les plus beaux moments sont des instants d’amour père/fille avec Clovis Cornillac. L’intensité dramatique est fort lorsque les deux comédiens se prennent dans les bras dans la voiture devant le commissariat. Pour Pierre Deladonchamps, que l’on voit pour la seconde fois au Festival de Cannes 2018 après Plaire, Aimer et Courir Vite (Christophe Honoré), c’est un rôle compliqué. Lui qui a l’habitude d’incarner des personnages bienveillants est ici le pédophile. Malgré quelques techniques pour le transformer physiquement (quelques postiches et un fort maquillage), sa figure encore juvénile rend difficile une totale crédibilité dans ce rôle. On a effectivement du mal à le détester deux jours après avoir souffert avec lui dans le Honoré. Cependant, attention au délit de faciès comme bien mentionné dans le film par le père d’Odette. Un pédophile n’a pas de visage. C’est d’ailleurs peut-être pour cela que le choix du casting est si intéressant.

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 26/09/2018
  • Distribution France : UGC Distribution
Antoine Corte

Antoine Corte

Rédacteur en chef adjoint / Deputy editor in chief chez Bulles de Culture
Toujours à défendre le cinéma français, j'aime particulièrement faire découvrir les films à petites sorties mais à portée universelle.

Top 3 Cinéma : "Moulin Rouge !" (2001), "Titanic" (1997), "Les Parapluies de Cherbourg" (1964)
Antoine Corte

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