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Affiche du film Amin de Philippe Faucon avec Emmanuelle Devos et Moustapha Mbengue Cannes 2018

[Critique] “Amin” (2018) : Philippe Faucon profond et délicat

Cet article est le 21e sur 29 pour Festival de Cannes 2018

Amin, film français du réalisateur Philippe Faucon avec Moustapha Mbengue et Emmanuelle Devos est présenté à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 2018. L’avis et la critique film de Bulles de Culture.

Synopsis :

Amin (Moustapha Mbengue) est venu du Sénégal pour travailler en France, il y a neuf ans. Il a laissé au pays sa femme Aïcha et leurs trois enfants. En France, Amin n’a d’autre vie que son travail, d’autres amis que les hommes qui résident au foyer.
Aïcha ne voit son mari qu’une à deux fois par an, pour une ou deux semaines, parfois un mois. Elle accepte cette situation comme une nécessité de fait : l’argent qu’Amin envoie au Sénégal fait vivre plusieurs personnes.
Un jour, en France, Amin rencontre Gabrielle (Emmanuelle Devos) et une liaison se noue. Au début, Amin est très retenu. Il y a le problème de la langue, de la pudeur. Jusque-là, séparé de sa femme, il menait une vie consacrée au devoir et savait qu’il fallait rester vigilant.

Amin: de tendres portraits de la pression sociale et économique qui entourent l’immigration

Comme Fatima (César du meilleur film 2016), Amin raconte délicatement les luttes individuelles pour révéler les drames collectifs. À travers une galerie de portraits – Amin, Gabrielle, Aïcha, Abdellaziz…- Philippe Faucon tire le fil du quotidien de travailleurs immigrés. Les deux films se répondent, Amin comme une déclinaison plus étoffée des difficultés de Fatima, Fatima comme un portrait à la loupe d’un des personnages que croise Amin (chez Western Union).

Un film complexe au meilleur sens du terme

Quand Fatima restait concentré sur un noyau familial de trois personnes, Philippe Faucon s’autorise ici à aborder une multitude d’enjeux. Il continue de dépeindre les heures interminables de travaux physiques épuisants, la pression et le jugement de l’entourage, avec la précision, le sens de la nuance qu’on lui connait. À cela s’ajoute le quotidien du foyer de travailleurs, la relation adultère entre Amin et une infirmière bourgeoise blanche, dont ils subissent les violentes conséquences entre rumeurs et médisances. Mais également de façon assez approfondie le divorce difficile de Gabrielle, qui n’est pas sans évoquer la première partie du magnifique Jusqu’à la garde de Xavier Legrand.

Un dénouement un peu rapide

Il ressort d’Amin cette diversité d’un film positivement complexe, qui avance délicatement, par touches de vie successives, vers l’émotion d’une conclusion. Une émotion partiellement avortée cependant par la rapidité avec laquelle les histoires se dénouent soudain. Étant donné la multiplicité des enjeux, fallait-il s’autoriser un quart d’heure de film en plus, au risque de faire un peu longuet? Difficile à dire, mais si nous avons eu la fin poignante dans Fatima, nous avons ici une oeuvre d’une profondeur humble, d’une richesse à laquelle peu de film parviennent sans se perdre.

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 03/10/2018
  • Distribution France : Pyramide Distribution
Marie Deconinck

Marie Deconinck

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
Comédienne franco-québécoise, scénariste à mes heures et surtout obsédée de cinéma, j'aime les oeuvres flamboyantes et hypersensibles (Terrence Malick, Leos Carax, Charlie Kaufman, Xavier Dolan, David Lynch, Les frères Coen, Coppola...).

Top 5 Cinéma : "Nos meilleures années" (2003),"The Tree of Life" (2011), "Fargo" (1996), "Apocalypse Now" (1979), "Les enfants du paradis" (1945), "Eternal Sunshine of the Spotless Mind" (2004)
Marie Deconinck

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