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Vague à larmes de Myriam Zwingelet par Myriam Zwingel au Théâtre Douze affiche

[Critique] « Vague à larmes » de Myriam Zwingel : Radicalisation tu m’auras pas

Bulles de Culture a découvert le pertinent Vague à Larmes de Myriam Zwingel au Théâtre Douze. Notre avis sur ce spectacle intelligent sur le mécanisme psychologique de la radicalisation.

Synopsis :

Leïla (Karine N’Dagmissou), lycéenne, apprend que son petit-ami vient d’être arrêté à la frontière turque ; il partait rejoindre Daesh. Elle n’avait pas de nouvelles de lui depuis deux semaines, elle n’a rien vu venir. Leila est sidérée ; sa sœur Sarah (Marie-Aude Thiel en alternance avec Fane Desrues) imagine un stratagème pour montrer à Leïla que nul n’est à l’abri…

Vague à Larmes ou l’analyse du mécanisme émotionnel

Vague à larmes de Myriam Zwingelet par Myriam Zwingel image 3
© D.R.

Myriam Zwingel et la compagnie Six Pieds sur Terre ont construit Vague à Larmes de façon pédagogique : son objectif, c’est de décomposer le processus de radicalisation. Elle choisit pour cela une mise en scène inspirée du film d’animation Vice Versa. Ainsi, les quatre émotions primaires que sont la joie, la tristesse, la peur et la colère apparaissent sur scène dans des allégories à la fois drôles et réalistes. C’est donc dans la tête et le cœur de Leila que nous nous trouvons. Chaque événement, chaque décision sont suivis d’une petite scène qui analyse le rapport de force entre les quatre émotions. C’est une belle façon de rappeler ou de montrer à quel point nos émotions primaires sont importantes dans notre vie quotidienne, même si nous ne nous en rendons pas toujours compte.

Ainsi, tout en choisissant le prisme de l’humour pour les affrontements entre les quatre émotions, Myriam Zwingel met bien en avant le mécanisme émotionnel qui se joue en nous sans que nous en ayons conscience, et analyse avec pertinence les déséquilibres que l’adolescence crée dans ce mécanisme.

L’analyse du mécanisme identitaire

Vague à larmes de Myriam Zwingelet par Myriam Zwingel image 1
© D.R.

Ce que Vague à Larmes montre encore avec brio, et l’excellente comédienne Karine N’Dagmissou n’y est pas pour rien, c’est la dimension identitaire que revêt un processus de radicalisation. Et Myriam Zwingel choisit un biais pour l’aborder : l’héroïne de son personnage bascule et s’enfonce dans la défense militante et extrême contre toute mort animale, cause imaginée par sa sœur Sarah. L’extrémisme de la cause n’a d’égal que la violence qui habite Leïla, personnage type de l’adolescente révoltée, sensible voire excessivement sensible, toujours à fleur de peau et en manque cruel d’estime de soi. Et puisque tout la touche, elle est en perpétuelle colère, en colère contre le système, en colère contre le lycée, en colère contre sa sœur, en colère contre la société. Mais face à toutes les injustices qu’elle constate, elle est désarmée.

C’est cette colère qui va trouver un refuge idéal dans une cause radicale, extrême. Vague à Larmes démontre bien la façon dont le processus de radicalisation se lie à la colère. La radicalisation offre en effet un écho à cette colère, lui donne un sens et lui apporte une réponse. Une réponse radicale, et radicalement erronée, mais une réponse. La radicalisation donne du sens et donne l’impression à l’individu qu’il a un grand rôle à jouer. Quel meilleur levier sur une personne en manque d’estime de soi que de lui faire croire qu’il a une importance capitale ?

L’analyse du mécanisme social

Myriam Zwingel intègre enfin à sa mise en scène tous les éléments qui accentuent le processus : réseaux sociaux, vidéos YouTube, jeux en réseau. Les nouvelles technologies sont au cœur de Vague à Larmes. Le spectacle porte ainsi le même avertissement que le long métrage Le Ciel attendra, montrant le danger de l’anonymat des personnes rencontrées par le biais des réseaux sociaux, démontrant la manipulation des informations et des images dans les vidéos de propagande. Car comme dans le film cité, l’héroïne de Vague à Larmes pense avoir accédé à une vérité absolue qui lui avait échappé, avoir compris ce qui fait que notre monde va mal. Cela alimente, on l’aura compris, sa colère et sa tristesse. Le basculement peut avoir, à partir de là, la même rapidité que celle à laquelle les réseaux sociaux nous habituent. La dépendance qui va se créer fait ainsi avancer sa victime toujours plus loin dans la radicalisation.

Seul élément qui puisse enrayer le processus : un entourage affectif solide qui est conscient de la crise que traverse l’adolescent-e et qui va lui offrir une autre source de reconnaissance, un autre refuge. Vague à Larmes est de fait un spectacle à la fois glaçant et rassurant : glaçant dans la démonstration qu’il fait que la radicalisation peut être un processus rapide et touchant n’importe quel-le adolescent-e en crise ; rassurant en ce qu’il est positif dans le message qu’il adresse.

Vague à Larmes est en tout cas un spectacle que Bulles de Culture conseille à tous les parents, à tous les adolescents, tant il apporte de recul sur le mécanisme émotionnel lié à l’adolescence et à ses phases de crise.

En savoir plus :

  • Vague à Larmes a été joué au Théâtre Douze (Paris, France) du 14 au 31 mars 2018
  • Vague à Larmes sera joué en France le 17 mai 2018 à la MJC Verneuil (Verneuil-sur-Avre) et le 23 mai à la Maison d’arrêt d’Évreux
  • Durée du spectacle : 1h10
  • Tout public à partir de 12 ans ; peut être joué en collège ou en lycée, en centre éducatif fermé, en maison d’arrêt
  • Site officiel de la compagnie Six Pieds sur Terre
Morgane P.

Morgane P.

Rédactrice/Editor chez Bulles de Culture
Littéraire dans l’âme, cœur tendre, j’aime que l’on me raconte des histoires, que l’on m’emmène à la rencontre de personnages qui me fassent vibrer, qui m’emportent, qui me touchent, et vivre à travers eux de belles et incroyables aventures.

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