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The Terror saison 1 affiche teaser

[Critique] « The Terror » saison 1 : Survie en eaux troubles

Adaptée du roman glaçant Terreur de Dan Simmons autour d’une expédition cauchemardesque en Arctique au 19e siècle, The Terror saison 1 de David Kajganich, produit par Ridley Scott, débarque sur Amazon Prime Video en France. L’avis à froid de Bulles de Culture sur son épisode pilote. 

Synopsis :

En 1847, le navire britannique HMS Terror est pris dans les glaces alors qu’il était à la recherche du passage du Nord-Ouest. Aux conditions de survie déjà difficiles viennent bientôt s’ajouter les attaques d’une mystérieuse créature.

The Terror saison 1 : Un pilote pour briser la glace

Entre l’hiver tardif et le printemps à la traîne ces derniers jours, The Terror saison 1 ajoute le coup de grâce pour nous faire grelotter encore un peu plus. En gestation depuis plus de deux ans chez AMC (The Walking Dead, Breaking Bad), la série sort elle aussi des eaux troubles de la production pour tenter de se hisser à la hauteur du roman de Dan Simmons. On est prêt à sortir la longue vue…

Dix épisodes forment la coque de ce thriller horrifique produit par Ridley Scott. Le livre est inspiré de faits réels qui se sont déroulés autour de 1845 lors de l’exploration du passage du Nord-Ouest, menée par le commandant John Franklin. Et si personnages principaux et membres d’équipage forment une « banquise » authentique pour l’histoire, il s’y détache cependant des passages surnaturels. Ainsi, l’auteur lève le voile sur les inexplicables disparitions et le sort des navires retrouvés en 2014 et 2016.

La série semble donc viser le même rythme de croisière que le livre pour bien nous immerger au cœur de l’expédition et de ses personnages. Hors de question, cependant, de pousser le spectateur par-dessus bord. Quitte à dériver de l’itinéraire initial, cet épisode pilote de The Terror saison 1 tourne le gouvernail vers de nouveaux drames absents du livre, en attendant que la mystérieuse créature fasse monter la température — ou refroidir nos ardeurs ?

Une histoire qui se mange froid

Là-dessus, The Terror saison 1 souffle un peu le chaud et le froid et se heurte aux limites cartographiées par le livre. Une histoire où règne la nuit éternelle, que l’on pouvait difficilement retranscrire à l’écran, à moins d’éclairer chaque scène à la Barry Lyndon… Paradoxalement, l’adaptation perd de son éclat et de son désespoir sinistre. Terreur (sorti en 2008 aux éditions Robert Laffont) est un livre dont chaque page tournée fait parcourir un souffle glacial le long de l’échine. Le froid devient, pour ainsi dire, un personnage à part entière autour duquel tout gravite, à la manière de l’hiver à Westeros dans la série Game of Thrones.

Malgré un travail de post-production très louable — la série a surtout été tournée en studio à Budapest —, il n’en émerge pour l’instant qu’un artifice visuel qui ne réussit pas à nous faire embarquer à bord de cette situation désespérée. Mais sans l’urgence brusque de cet épisode pilote, les prochains épisodes dissiperont peut-être ces doutes. En attendant, comme avec la série Altered Carbon, le passage du livre à l’écran s’avère aussi risqué que le fameux passage Arctique pris par les glaces.

Des personnages qui suivent leur cap

Pour autant, « Winter is coming ». En prévision de la fin proche de The Walking Dead, on peut concevoir que The Terror rêve de devenir la figure de proue du survival sur AMC. Elle est ainsi vendue comme un « prestige drama » unique en son genre avec un casting que reconnaitront les partisans de la famille Stark. On y retrouve Ciarán Hinds (Sir John Franklin) et Tobias Menzies (capitaine Fitzjames), respectivement Mance Rayder et Edmure Tully dans Game Of Thrones, ou encore César et Brutus dans la série Rome. Un trio de tête complété par l’excellent Jared Harris (Mad Men, The Crown) dans le rôle du capitaine Crozier.

Comme dans le livre, l’intrigue autour de l’expédition échappe à la linéarité et à une exposition trop lourde. On sort alors la tête de l’eau avec des flashbacks où l’on retrouve ces trois personnages avant le voyage. Si la série évite l’écueil du récit à points de vue du livre, il ne manque pas le cap en cernant bien ses personnages forts. Entre eux, un véritable nœud dramatique qui menace de rompre à tout moment…

Entre la famine (avant de succomber au cannibalisme), les maladies (le scorbut et bien pire…) puis le froid (causant mutineries et actes de folie), The Terror saison 1 tient un contexte aussi épais que la calotte glaciaire. Elle n’a donc pas besoin, dans l’immédiat, de nous précipiter dans les griffes de son monstre pour nous glacer le sang. Pour nous faire couler lentement, comme une coque percée, jusqu’à ses tréfonds terrifiants, le créateur David Kajganich joue donc avant tout sur la mise en scène plutôt que sur la fidélité au roman à chaque point cardinal.

Éviter l’iceberg : Une saison de The Terror et après ?

Sans réellement nous faire pâlir, The Terror saison 1 ne nous laisse pas de glace pour autant. Les dérives historiques du livre ont levé l’ancre et le malaise psychologique est encore vaporeux comme la brume. Mais sur le fond, la série ne manque pas de surfer sur le thème du réchauffement climatique. Elle révèle la partie immergée d’une planète qui peut s’avérer impitoyable là où s’aventure l’orgueil humain. Elle plante le drapeau sur une obsession des civilisations qui reste bel et bien en vogue : que reste-t-il à découvrir de cette planète et jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour en connaitre chaque secret ?

Par-dessus tout, The Terror navigue bien entre les genres sans se noyer dans le sensationnel. C’est une série « slow-burn » qui brûle à petites flammes au milieu des vents polaires. C’est sans doute bon signe,pour une série soucieuse d’empiéter sur les traces notoires de The Walking Dead. Spécialiste dans l’adaptation de livres à l’écran, David Kajganich ne craint pas de se heurter à un iceberg. Car en cas de succès, The Terror prendra la forme d’une anthologie qui devrait encore plus ignorer la boussole de Dan Simmons. En espérant ne pas perdre le nord en cours de route.

En savoir plus :

  • The Terror saison 1, 10 épisodes de 45 minutes, est diffusé depuis le dimanche 25 mars 2018 sur AMC aux États-Unis puis sur la plateforme Amazon Prime Video dans le reste du monde dont la France depuis le lundi 26 mars

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Paul Vogel

Paul Vogel

Rédacteur/Editor chez Bulles de Culture
Piégé très tôt dans l'Engrenages des séries, impossible de passer plus de 24h chrono sans sauter dans La Quatrième Dimension, sous peine de finir aux Urgences. Citation inspirante préférée : "Sheeeeeeiit" (Clay Davis, "The Wire").

TOP 5 TV : "Six Feet Under", "Breaking Bad", "The Wire", "Urgences", "Lost"
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