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Mektoub My Love : Canto Uno d'Abdellatif Kechiche affiche

[Critique] “Mektoub My Love” (2017) d’Abdellatif Kechiche : Sète, volupté et années 90

Mektoub My Love d’Abdellatif Kechiche, premier volet du dyptique Mektoub is Mektoub, est une très libre adaptation du roman de François BégaudeauLa blessure la vraie (2011). Après des péripéties de productions ayant retardé la sortie, le film sort enfin en salles. L’avis de Bulles de Culture sur ce (long) moment de volupté.

Synopsis :

Sète, 1994. Amin (Shaïn Boumedine), apprenti scénariste installé à Paris, retourne un été dans sa ville natale pour retrouver famille et amis d’enfance. Accompagné de son cousin Tony (Salim Kechiouche) et de sa meilleure amie Ophélie (Ophélie Bau), Amin passe son temps entre le restaurant de spécialités tunisiennes tenu par ses parents, les bars de quartier et la plage fréquentée par les filles en vacances. Fasciné par les nombreuses figures féminines qui l’entourent, Amin reste en retrait et contemple ces sirènes de l’été, contrairement à son cousin qui se jette dans l’ivresse des corps.

Mektoub My Love, trois heures de désir féroce

Mektoub My Love : Canto Uno d'Abdellatif Kechiche image 5
© Pathé Distribution

À travers ses 2h55 de soleil, le film Mektoub My Love déploie une succession de longs tableaux, chronique du désir à la fois timide et débordant d’un jeune homme, Amin. Ce jeune scénariste incarné par le délicat Shaïn Boumedine revient passer l’été dans la chaleur lumineuse de Sète. Entre la plage, le restaurant de sa famille, les bars et la boite de nuit, Amin observe les filles. Leurs sourires, leurs peaux et inlassablement leurs fesses, à travers une caméra presque toujours subjective. Dans les conversations, son regard matérialisé par des plans resserrés sur les visages et les épaules flirte avec l’impudeur, alors que son sourire doux tente de camoufler le désir. Dès qu’il regarde de dos, au contraire, l’œil-caméra perd sa timidité et matte les fesses en shorts minuscules et maillots de bain, souvent de très près.

La séduction est présente pendant tout le film, toujours ultra sensuelle, jamais grossière ou agressive. D’un côté, les filles rivalisent de tenues suggestives sans être maltraités par les regards ou les commentaires. De l’autre, les garçons draguent avec plus ou moins d’adresse, roulent des mécaniques, dansent, parlent, écoutent, s’en sortent comme ils peuvent.

Portrait de l’été 1994 à Sète

Mektoub My Love : Canto Uno d'Abdellatif Kechiche image 3
© Pathé Distribution

Après le port de Sète, sa précarité inextricable et ses liens sociaux cruels dans La Graine et le Mulet, c’est une toute autre facette de la ville que montre le long métrage Mektoub My Love. Le restaurant familial sert des plats traditionnels tunisiens dans une salle et des spécialités chinoises dans l’autre. La mère et la tante travaillent pendant que le cousin Tony raconte sur les plages qu’il est le patron. Très drôle, la mère d’Amin presse son fils de s’amuser au lieu de s’enfermer à regarder des films. Elle chouchoute celle qu’elle croit être sa petite amie et botte les fesses de l’oncle éméché qui la drague.

L’ambiance est gaie, la bande originale années 90 nous emporte, les retrouvailles de copains débordent de vie. Camélia, la cousine casée, magnifiquement jouée par Hafsia Herzi, materne les jeunes sans oublier de boire et de danser. Les mères observent la jeunesse qu’elle ont perdue avec une joyeuse bienveillance. Les amours déçues sont les seuls malheurs ayant droit de cité car on ne se préoccupe que de vivre.

En somme il y a un air d’Éden dans le soleil blanc de Sète. Un soleil dont Abdellatif Kechiche précise le rôle par deux citations du Coran et de la Bible au début du film.

Abdellatif Kechiche donne priorité à l’émotion sur la narrationn

Mektoub My Love : Canto Uno d'Abdellatif Kechiche image 6
© Pathé Distribution

Dans le film Mektoub My Love, l’intrigue simple a pour unique intérêt de bloquer notre Amin, déjà timide, au stade du désir inassouvi. Il est fou d’Ophélie, mais celle-ci va se marier avec un soldat et cherche déjà à cacher une aventure avec Tony. Amin est son confident, et aucune chance qu’elle complique son cas avec une nouvelle aventure. Cette situation évolue peu en cours de film, et Abdellatif Kechiche s’autorise pour la première fois à donner complète priorité à l’émotion sur la narration. Il privilégie les moments de vie sur l’évolution de la fiction. Quand au réalisme qui lui est cher, il oscille entre sublimation du réel (scènes en extérieur inondées de soleil blanc) et observation proche du documentaire (dont la naissance de deux chevreaux est le sommet).

Mektoub My Love : Canto Uno d'Abdellatif Kechiche image 2
© Pathé Distribution

Les ellipses séparent les longues séquences mais chacune d’entre elles se joue en temps réel. Les conversations durent, les moments s’éternisent comme ils s’éternisent dans la vie :

  • discussion gênée lors d’une rencontre à la plage,
  • moment de danse envoûtée dans un bar,
  • fabuleuse scène de lâcher-prise et de musique années 90 en boîte de nuit,
  • interminables discussions avec Ophélie qui enfoncent Amin dans une décourageante “friend-zone”…

Ces longueurs et plusieurs transitions très brutales (parfois ratées, parfois très réussies) créent des ventres mous dans le rythme. Mais peut-être est-ce un sacrifice nécessaire à la démarche, dans l’ensemble très réussie.

Mektoub, my love s’inscrit donc comme une chronique sensorielle, une longue promenade agréable dans laquelle on se laisse facilement bercer malgré trois heures et des longueurs.

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 21/03/2018
  • Distribution France : Pathé Distribution

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Marie Deconinck

Marie Deconinck

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
Comédienne franco-québécoise, scénariste à mes heures et surtout obsédée de cinéma, j'aime les oeuvres flamboyantes et hypersensibles (Terrence Malick, Leos Carax, Charlie Kaufman, Xavier Dolan, David Lynch, Les frères Coen, Coppola...).

Top 5 Cinéma : "Nos meilleures années" (2003),"The Tree of Life" (2011), "Fargo" (1996), "Apocalypse Now" (1979), "Les enfants du paradis" (1945), "Eternal Sunshine of the Spotless Mind" (2004)
Marie Deconinck

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