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[Critique] “Le 15h17 pour Paris” (2018) : Les erreurs de Clint Eastwood

En réalisant Le 15h17 pour Paris (The 15:17 to Paris), Clint Eastwood réalise le plus mauvais film de sa filmographie. Les erreurs commises par le cinéaste sont nombreuses en voulant revenir sur le projet d’attentat de 2015 dans le Thalys. L’avis de Bulles de Culture sur cette déception. 

Synopsis :

Dans la soirée du 21 août 2015, le monde, sidéré, apprend qu’un attentat a été déjoué à bord du Thalys 9364 à destination de Paris. Une attaque évitée de justesse grâce à trois Américains qui voyageaient en Europe. Le film s’attache à leur parcours et revient sur la série d’événements improbables qui les ont amenés à se retrouver à bord de ce train. Tout au long de cette terrible épreuve, leur amitié est restée inébranlable. Une amitié d’une force inouïe qui leur a permis de sauver la vie des 500 passagers…

Le 15h17 pour Paris : Clint Eastwood s’arroge un rôle de procureur qui n’est pas le sien

Clint Eastwood a depuis quelques années une fascination pour les héros des temps modernes. D’abord avec American Sniper (2015) puis Sully (2017), le metteur en scène aime ces histoires patriotiques où l’Amérique est mise en valeur. Une fois de plus, dans Le 15h17 pour Paris, l’ancien acteur met en avant ces américains du quotidien qui ont sauvé les passagers du Thalys lors de l’attentat manqué de 2015. Le cinéaste déroule pour se faire les images d’archives où on voit François Hollande remettre la légion d’honneur à ces vacanciers courageux. Cependant, plus que jamais, l’immédiateté de la fiction pose ici problème. Alors même que le terroriste responsable de cette attaque n’est pas encore jugé, Clint Eastwood met en images, de la façon qu’il estime la plus fidèle possible, les évènements du 21 août 2015. La polémique est aussitôt arrivée puisque l’avocate du terroriste Ayoub El-Khazzani vient déclarer que “le film est une atteinte grave à la sérénité de la justice, à la loyauté des débats, à la présomption d’innocence et aux droits de la défense”. En ligne de mire, cette reconstitution qui aurait été refusée par l’instruction sous prétexte que le film existait. Au-delà de son statut d’icône d’Hollywood, Clint Eastwood s’arroge donc un rôle qui n’est pas le sien, celui de donner sa lecture d’un fait qui n’est pas jugé. Dès lors, on peut être pessimiste sur l’utilité d’un tel film dans un délai aussi court après les faits.

Un récit ennuyeux qui ne revient presque pas sur les faits marquants

On lui aurait bien sûr pardonné cette prétention si le film Le 15h17 pour Paris n’avait pas été en réalité qu’une longue digression ennuyeuse sur la vie des héros du Thalys, Anthony Sadler, Alek Skarlatos et Spencer Stone qui interprètent ici leurs propres rôles. On reconnait que leur prestation est peut-être le seul point positif du film. Ils ne paraissent pas ni être intimidé par la caméra du maître, ni être dérangés de revivre ces moments douloureux. Néanmoins, pour le spectateur, c’est autre chose ! Au lieu de nous faire vivre une immersion dans ce Thalys, Le 15h17 pour Paris choisit d’axer sa construction sur les parcours passés de ces jeunes américains. Durant 1h15, le scénario s’appesantit sur les biographies complètes de ces hommes, de leurs enfances marginalisés à leurs vacances en Europe qui les a amenés dans le Thalys. On comprend ainsi très vite que les protagonistes ont été préparés pour être confrontés à cette situation critique. Leur réaction durant le voyage n’est qu’une résonance de leur éducation et de leur qualité altruiste.

Une supercherie

Quel ennui que ce long métrage Le 15h17 pour Paris reste plus d’une heure en amont de l’attentat et ne réserve que quelques 15 minutes pour le moment ultime. Clint Eastwood n’avait visiblement pas assez de matière pour tenir son récit dans le Thalys. Résultat final, il bâcle cette partie. Le réalisateur reste mono-centré sur le point de vue des héros. On ne verra rien des ambitions du terroriste dont son parcours est une donnée anecdotique du récit. Non, on préfère bien plus mettre en avant les héros qu’essayer de comprendre ce phénomène des attentats-suicides. Dommage que Le 15h17 pour Paris soit une supercherie pour nous parler d’une Amérique forte, là où il y aurait eu à développer un aspect plus sociologique.

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 07/02/2018
  • Distribution France : Warner Bros. France
Antoine Corte

Antoine Corte

Rédacteur en chef adjoint / Deputy editor in chief chez Bulles de Culture
Toujours à défendre le cinéma français, j'aime particulièrement faire découvrir les films à petites sorties mais à portée universelle.

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Antoine Corte

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    2 Commentaires

    1. Le 15h17 pour Paris ne fait pas partie des meilleurs films de Clint Eastwood.
      Maintenant, compte tenu des moyens dont il disposait ( acteurs non professionnels, scénariste débutante ), ce n’est pas non plus la catastrophe annoncée.
      Clint Eastwood a volontairement évité d’engager des vedettes pour ce film, en attribuant les rôles principaux aux vraies personnes. Contrairement à American Sniper et Sully, celui-ci ne bénéficie pas de performance d’acteur.
      Dans une moindre mesure, la même problématique s’était posée pour Jersey Boys, puisque Clint Eastwood a eu recours à des comédiens de théâtre ou de télévision peu connus pour incarner les quatre rôles principaux. Au passage, je préfère Jersey Boys au 15h17 pour Paris.
      Même le film Mémoires de nos pères, un grand film de Clint Eastwood, souffrait un peu du manque de charisme de ses trois jeunes acteurs principaux.
      Depuis Impitoyable, Clint Eastwood a eu recours à de plus en plus de vedettes hollywoodiennes et en a fait l’une des grandes forces de ses films.
      L’acteur Clint Eastwood qui faisait quasiment cavalier seul dans ses films des années 70 et 80,
      s’est entouré d’autres grandes figures d’Hollywood à l’orée des années 90, s’adaptant à l’évolution de l’industrie hollywoodienne.
      Mais le jeu d’acteur n’est pas le plus gros point faible du 15h17 pour Paris: c’est plutôt le scénario qui n’est pas abouti, surtout pour les séquences du tour d’Europe qui précèdent celle du Thalys.

      De plus, Clint Eastwood a opté pour un film qui évite le spectaculaire, un choix audacieux auquel beaucoup de spectateurs n’ont sans doute pas adhéré.
      Le film au budget de 30 millions de dollars ne sera pas un grand succès commercial, mais au moins il ne devrait pas perdre d’argent: il a engrangé plus de 12 millions de dollars en Amérique du Nord pour son premier week-end d’exploitation et plus de 5 millions dans le reste du monde.
      Pour un film sans star, sans véritable buzz et avec des critiques plutôt négatives, c’est même plutôt bien.

      La question que je me pose est comment Clint Eastwood va-t-il négocier la suite ?
      Quel sera son prochain film ?

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