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Maroni, les fantômes du fleuve image Episode 1
© David Bersanetti

[Critique & Interviews] “Maroni, les fantômes du fleuve” : Voyage au bout de la nuit

Cet article est le 13e sur 16 pour Festival de la Fiction TV de La Rochelle 2017

Maroni, les fantômes du fleuve d’Aurélien Molas est une série policière qui nous entraîne dans un voyage mystique au cœur de la forêt amazonienne. L’avis de Bulles de Culture sur cette mini-série diffusée sur ARTE le jeudi 25 janvier 2018 et notre rencontre avec l’équipe.

Synopsis :

Première fois en Guyane, première enquête d’envergure, dès son premier jour à Cayenne, Chloé Bresson (Stéphane Caillard) a le sentiment de perdre pied. Déterminée à faire ses preuves, elle cache ses hésitations et ses doutes à son nouvel équipier. Guyanais d’origine, Joseph Dialo (Adama Niane) connaît ce territoire et les mystères qu’il recèle. Le meurtre d’un couple d’occidentaux et la disparition de leur enfant conduisent Chloé et Dialo à surmonter leur défiance réciproque et à suivre la piste d’un crime rituel…

Maroni, les fantômes du fleuve : Une lente dérive à la Joseph Conrad

Avec mon producteur [NDLR : le producteur Noor Sadar de la société de production LOVEMYTV], on s’est perdu dans le fin fond de la forêt amazonienne. Une expérience tellement intense que je suis revenu chargé d’une énergie.
— Aurélien Molas

Maroni, les fantômes du fleuve nous entraîne dans un thriller mystique à la rencontre de la culture et de l’imaginaire guyanais à travers “une remontée du fleuve, une lente dérive à la Joseph Conrad, dixit son créateur Aurélien Molas. Entre plan-séquences, scènes de contemplations, retournements de situation et une incroyable cérémonie finale que le réalisateur Olivier Abbou a comparé timidement à celle du film coréen The Strangers (2016), Maroni, les fantômes du fleuve est donc la promesse d’un long voyage au bout de la nuit amazonienne, le long du Maroni.

Mais le Maroni, c’est quoi ? Le Maroni est un fleuve d’Amérique du Sud qui longe la Guyane et le Surinam.  Ainsi, une nouvelle fois, la Guyane, ce département français du bout du monde et source de milliers de fantasmes, devient le sujet d’une fiction. Après la comédie La Loi de la Jungle (2016) et l’aventure des orpailleurs de la série Canal+ Guyane, pourquoi cette envie subite de partir en Guyane pour faire des fictions chez les créateurs ? “Je crois qu’il y a un vrai désir d’ailleurs et de nouveautés de la part du public, nous a expliqué le créateur Aurélien Molas. Il y a tellement de séries qui nous sont proposés que la Guyane est l’un des territoires où il y a encore une aura d’inconnu, d’aventure, de danger. Du coup, c’est assez excitant. (…) L’influence principale, c’était Au cœur des ténèbres qui est d’ailleurs en citation d’ouverture. C’est mon livre de chevet et Rudyard Kipling, L’Homme qui voulait être roi, la nouvelle qui a donné un film avec Sean Connery, et le film Angel Heart [NDLR : un film d’Alan Parker avec Mickey Rourke et Robert De Niro]. Et aussi True Detective, je ne peux pas le nier parce qu’on est dans du polar et dans une ambiance moite mais je m’en suis très vite éloigné. Mais forcément, ça imprègne”.

Et le réalisateur et coscénariste Olivier Abbou de conclure : “Il ne faut pas oublier que la Guyane est un territoire oublié de la République. Personne ne sait où est la Guyane. La preuve, notre président croyait que c’était une île. Personne ne sait véritablement son histoire ou alors, on y associe le bagne ou les papillons. Alors qu’en fait, c’est un lieu extrêmement riche culturellement, un endroit multiethnique avec une histoire très, très complexe. (…) On peut y trouver des Hmongs (indochinois), des Brésiliens (une mini-favela au cœur de Cayenne), des Bushinengués à Saint-Laurent du Maroni (Afrique noire, vaudou, traditions, rituels très différents de Cayenne)”.

Un polar régionaliste

En écriture, on a procédé à une sorte de glissement vers le fantastique, vers le mystique. (…) Et ça n’a pas été très compliqué de se laisser envoûter par ce pays et de le retranscrire en images.
— Olivier Abbou

Avec ses 32 jours de tournage en Guyane, ses 45 décors et son format en 4 épisodes de 45 minutes, la série Maroni, les fantômes du fleuve peut vraiment être qualifié de polar régionaliste. En effet, contrairement à une série telle que Signature qui ne s’était pas totalement immergé dans la réalité locale — notamment au niveau des langues où le créole n’était réduit qu’à une portion congrue —, la série Maroni, les fantômes du fleuve prend appui sur l’enquête policière pour nous faire découvrir — et c’est là le vrai intérêt de cette série contrairement à la série Guyane de Canal+ — une autre culture, à la fois si proche — nous sommes toujours sur le territoire français — et si loin de nous — avec notamment cette immersion dans la communauté des Bushiningués, les anciens Noirs marrons (esclaves fugitifs) de la Guyane.

Pour le réalisateur Olivier Abbou, “c’était très important de faire de la Guyane le 3e personnage principal de cette série. L’enquête policière nous permet de traverser différents territoires et de rencontrer différentes communautés, d’entendre parler plusieurs langues. Et dans ma mise en scène, je voulais aussi donner aussi de la place à ce paysage, à ce décor, à ce territoire, autant la ville que la forêt. Cette moiteur, cette torpeur, cette humidité, j’espère que ce sont des choses qui sont présentes”. Un sentiment partagé par le créateur Aurélien Molas : “En arrivant là-bas, j’ai découvert un territoire et une population porteuse d’espoir et pour la première fois, je m’éloignais un peu du cynisme métropolitain. Et d’un coup, cela m’a permis d’explorer de nouvelles contrées scénaristiques, en m’inspirant de la réalité que je côtoyais sur place. Et ça m’a permis d’ancrer ce qui était de l’ordre du fantasme dans une réalité que j’ai tenté du mieux que j’ai pu de dépeindre à travers l’histoire, et d’essayer aussi de retranscrire ce que j’ai pu ressentir émotionnellement et spirituellement”.

Le casting d’un parcours initiatique

Une sensation de faire une vraie fresque mystique et un peu aventurière.
— Stéphane Caillard

Ce sont deux personnages chargés de traumatismes qui nous entraînent dans le parcours initiatique en quatre épisodes de la série télévisée Maroni, les fantômes du fleuve. D’un côté, il y a la jeune gendarme venue de métropole que joue Stéphane Caillard qui est notre porte d’entrée, notre regard de téléspectateur sur la Guyane, terre de fantasmes : “Mon personnage vient de métropole et arrive dans un univers qu’elle ne connaît pas, nous a confié Stéphane Caillard. Je me suis donc calée sur ses pas. J’ai été par contre plus souple quand à ma découverte du territoire, je me suis laissée profondément envahir avec un grand plaisir et moins de résistance que mon personnage”. Et de l’autre, il y le personnage du flic local joué par Adama Niane qui est celui qui va nous faire pénétrer plus en profondeur dans cette contrée lointaine et méconnue : “Le personnage de Joseph Dialo a ce côté étrange, cette figure de vieux sage, nous a expliqué le créateur Aurélien Molas. Il est seul, hanté par des démons, par un passé. Ce qui m’intéressait était de le conduire sur les traces de son passé mais aussi chez les Bushiningués et permettre aux téléspectateurs de toucher à cette histoire de France”.

Côté casting, cela fait plaisir de voir Adama Niane dans un rôle plus profond que sa récente interprétation dans la série TF1 La Mante. Ici, son côté taciturne dans la série télé Maroni, les fantômes du fleuve sied à merveille à ce personnage qu’il qualifie lui-même “d’électron libre”. Et son duo face à la déterminée et fonceuse Stéphane Caillard fonctionne à merveille. Pour le réalisateur Olivier Abbou, “Adama Niane s’est imposé tout de suite, c’est le personnage. Pareil avec Stéphane Caillard qui a cette force, une façon de jouer très à l’anglo-saxonne, c’est-à-dire très technique et en même temps expressionniste. Elle n’est pas dans le ‘less is more’ à la française où moins on en fait, meilleur on pense qu’on sera. On a vraiment travaillé à pousser les curseurs chez elle pour avoir quelque chose de plus expressionniste qu’impressionniste. Et tous les deux ont formé tout de suite un duo”.

Une saison 2 ?

Faire vivre une expérience aux téléspectateurs, c’est vraiment ça qui me plaît. Plus m’adresser aux sens et au rythme que l’on peut provoquer chez un téléspectateur qu’à l’intellect.
— Olivier Abbou

Marqués par leur expérience en Guyane, le créateur Aurélien Moulas, le réalisateur Olivier Abbou, et leur équipe tentent de nous font une expérience qui certes se perd un peu en route mais qui mérite d’être vécue. En effet, de la ville à la pleine nature de l’épisode final, Maroni, les fantômes du fleuve est une série qui mêle enquête policière, suspense du thriller, croyances et mysticisme locaux pour nous entraîner bien au-delà d’un simple polar. Ainsi, pour Olivier Abbou, “lentement, ce territoire vient habiter les personnages, et en particulier, le personnage très rationnel, logique qu’interprète Stéphane Caillard. Elle arrive là avec toutes ses certitudes et elle va lentement se trouver fissurer et laisser entre la Guyane, la mystique et le mystère en elle. Elle va laisser une place ouverte à la fin de la série où on voit très bien que la logique avec laquelle elle arrivait n’existe plus après. Au-delà du secret et de l’enquête — qui se cache derrière ce meurtre sauvage ? —, il reste une place au mystère, c’est-à-dire quelque chose qui n’a pas de réponse et c’est ça que je trouve beau dans le mystère”.

Mais peut-il y avoir un Maroni, les fantômes du fleuve saison 2 ? C’est le créateur Aurélien Moulas qui nous a répondu : “Cela a été conçue comme une fin bouclée. Après la série, sous l’influence d’Olivier Abbou, a pris une tournure et une direction qui permettraient maintenant d’inventer à partir de là et de proposer quelque chose d’encore plus fou que là où ça se termine”. Tout dépendra donc des audiences de la série et du série de la chaîne franco-allemande ARTE. De notre côté, Maroni, les fantômes du fleuve est une série qui mérite le voyage.

Propos recueillis au Festival de la Fiction TV de la Rochelle 2017 le 14 septembre et à Paris le 19 décembre 2017.

En savoir plus  :

  • Maroni, les fantômes du fleuve est diffusé sur ARTE le jeudi 25 janvier 2018 à 20h55. La série est diffusée en streaming sur arte.tv et disponible en replay du 18 janvier au 7 février 2018
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Jean-Christophe Nurbel

Rédacteur en Chef / Editor in Chief chez Bulles de Culture
Accro aux films, aux pièces de théâtre, aux séries et à la culture en général, j'aime les œuvres qui me surprennent.

Top 3 Cinéma : "À bout de souffle" (1960), "Blade Runner" (1982), "Casablanca" (1942)
Top 3 TV : "Engrenages" (2005-...), "The Wire" (2002-2008), "Twin Peaks" (1990-1991)
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