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The Girlfriend Experience saison 2 image 2
© 2017 Starz Entertainment, LLC

[Critique] “The Girlfriend Experience” saison 2 : Double jeu

Adaptée du film éponyme de Steven Soderbergh, la série The Girlfriend Experience a entamé sa seconde saison sur OCS. Faut-il se laisser séduire par ces nouveaux épisodes et personnages de nouveau dans de beaux draps ? L’avis de Bulles de Culture sur The Girlfriend Experience saison 2.

Synopsis :

Une saison, deux intrigues. La première se déroule dans le milieu machiavélique de la politique à Washington, où se croisent les destins d’Erica (Anna Friel), directrice financière du parti Républicain, et d’Anna (Louisa Krause), l’escort-girl qu’elle engage afin de faire chanter un homme influent pour mener à bien la campagne électorale. La seconde prend place au Nouveau-Mexique, où l’on suit Bria Jones (Carmen Ejogo), une ancienne escorte qui entre dans le Programme de Protection des Témoins avec sa belle-fille afin d’échapper à l’emprise d’un baron de la drogue. Bria ne peut pourtant résister à son ancien mode de vie, quitte à se mettre en danger ainsi que sa belle-fille…

The Girlfriend Experience saison 2 : Deux pour le prix d’une

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© 2017 Starz Entertainment, LLC

En 2009, Steven Soderbergh s’était attaché les services de Sasha Grey pour tenir le premier rôle de The Girlfriend Experience. Avant même de voir le film, les mauvaises langues voyaient là une œuvre érotique voilée sous un travestissement expérimental. Après tout, la chaine Starz qui diffuse la série aux États-Unis est considérée comme la petite sœur d’HBO — elle est dirigée par son ancien big boss, Chris Albrecht — dont la tendance à la nudité n’est plus à prouver. Or, Soderbergh ne nous a pas mis pas aux première loges d’un film d’art classé X, il s’est attaché bien plus à parler de nature humaine, de désirs refoulés et de traumatismes intimes.

The Girlfriend Experience version petit écran se règle sur ce même code de conduite. Après une brillante saison 1, entre thriller charnel et drame intimiste, The Girlfriend Experience saison 2 tourne les talons au passé. La série repart avec de nouveaux personnages et un nouveau format tout en conservant sa botte secrète. En effet, la nouveauté de cette saison est de proposer deux histoires indépendantes de 7×28 minutes environ, chacune écrite par l’un des deux créateurs de la série. Lodge Kerrigan est responsable de l’histoire d’Erica & Anna, tandis qu’Amy Seimetz — également actrice, elle est la tante d’Eleven dans Stranger Things — s’occupe des épisodes de Bria. Il y a donc deux épisodes 1, deux épisodes 2, etc.

Erica & Anna : Confessions sur l’oreiller

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Si vous étiez tombés sous le charme de la saison 1, sa beauté plastique, ses décors cliniques et ses personnages, vous retrouverez votre compte avec « Erica & Anna ». A l’heure où Claire Underwood prend les rennes du pouvoir à la Maison Blanche, l’histoire d’Erica & Anna lorgne parfois vers House of Cards. Une intrigue où s’entremêlent les rouages de la politique et du contrôle sur l’autre. Plus que jamais, The Girlfriend Experience saison 2 s’intéresse aux relations de pouvoir et lie l’instinct de domination d’une femme à la vulnérabilité d’une autre.

De prime abord, l’accumulation de nouveaux noms et visages peut déstabiliser. Nous sommes jetés dans cette arène politique aux dialogues un peu rigides, auprès de personnages détachés et pourtant rattachés à cette obsession récurrente : la dépendance à l’autre et à son corps. Comme dans la saison 1, la caméra les saisit à distance, isolés, exilés, impénétrables. Les décors sont dépeuplés, monochromes, comme une photographie traitée au révélateur qui pourrait peu à peu se nuancer. L’esthétique est millimétrée, divisée en diagonales et verticales : les personnages, même rapprochés, demeurent rarement dans le même espace affectif tandis que l’image y est tranchée, découpée en étaux. Or, comme avec Christine en saison 1, l’étau se resserre bien vite sur Erica & Anna, muées par leur quête de contrôle et de contact humain.

Bria : La chasse à l’homme

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Les premières secondes de l’histoire de Bria dans The Girlfriend Experience saison 2 donnent un ton différent à la série. Une vue en plongée écrasante sur une villa comme si le ciel menaçait de tomber sur ses occupants. Une unité d’intervention encercle les lieux pour emmener Bria et sa belle-fille en lieu sûr. Pour échapper aussi au contrôle de l’homme dangereux qui les entretient. Relocalisées dans une résidence protégée et sous le couvert de l’anonymat, les deux femmes essaient de cohabiter. Et tant bien que mal également, de mettre leur passé derrière elles. Après avoir partagé l’écran avec Amy Seimetz dans Alien Covenant, Carmen Ejogo (Selma) incarne son personnage à merveille. Elle prouve même qu’on a toutes les raisons d’être impatients pour son rôle dans la saison 3 de True Detective.

Bria est d’abord celle qui est traquée, pourchassée par son désir de redevenir escort, de redevenir désirée, fantasmée. L’univers est ici plus éclatant, nébuleux et sophistiqué, à l’image de Bria et de sa garde-robe recomposée. En effet, esthétiquement, Seimetz marche sur les traces d’un Nocturnal Animals ou Sicario. Il est bien question d’intrigue policière, de suspense et de vies qui ne tiennent qu’à un fil. Amy Seimetz s’affranchit des codes instaurés par Soderbergh. Elle pousse le concept plus loin, mais cela sans trahir l’intérêt du réalisateur sur la difficulté à communiquer. Soderbergh a ainsi évoqué un « thème central » que partagent les deux histoires : « Pourquoi ne se focalise-t-on pas plus sur ce qui arrive aux personnes qui côtoient ces escortes ? A savoir, y a-t-il un effet collatéral lorsqu’on se rapproche de ceux qui vivent de ça ? »

Nouveaux départs

En effet, à l’issue de la saison 1, Kerrigan et Seimetz avaient une approche différente de The Girlfriend Experience saison 2. Plutôt que de les menotter ensemble, Soderbergh et Starz ont donné leur accord pour qu’ils prennent chacun leur propre direction. Et c’est tout à l’avantage de la série. Cette divergence d’opinion entre les deux créateurs lui offre un second souffle. Le spectateur choisit l’histoire qu’il affectionne le plus. Un style dépouillé et stérile d’un côté, et plus vibrant et suintant de l’autre. On se prend même à essayer de relier les pointillés entre les deux histoires. Alors que les séries produites par Soderbergh n’ont jamais attisé la flamme plus de trois saisons (K Street, Red Oaks, The Knick…), cette saison 2 nous fait du pied sous la table pour prolonger l’expérience. Aucune raison d’y résister plus longtemps.

A noter que même si Starz n’a pas encore confirmé, au moins deux saisons supplémentaires sont envisagées avec de nouveaux réalisateurs.

En savoir plus :

Paul Vogel

Paul Vogel

Rédacteur/Editor chez Bulles de Culture
Piégé très tôt dans l'"Engrenages" des séries, impossible de passer plus de "24h chrono" sans sauter dans "La Quatrième Dimension" sans craindre de finir aux "Urgences". Citation inspirante préférée : "Sheeeeeeiit" (Clay Davis, "The Wire").

TOP 5 TV : "Six Feet Under", "Breaking Bad", "The Wire", "Urgences", "Boardwalk Empire"
Paul Vogel

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