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[Critique] « Mon Lou » avec Moana Ferré, mise en scène par Christian Pageault

C’est l’histoire d’une relation hors norme que nous conte Mon Lou, mise en scène par Christian Pageault, celle charnelle et épistolaire qui a uni Guillaume Apollinaire et Louise de Coligny-Châtillon. Une belle rencontre avec le poète et sa muse. L’avis de Bulles de Culture.

Synopsis :

C’est d’abord l’attirance des corps que nous livre Mon Lou, à travers des lettres brûlantes de désir, celles du poète et celles de Lou. Les deux personnages, incarnés par la talentueuse Moana Ferré, s’attirent, jouent, badinent, avant que leur relation ne change de dimension pour devenir plus platonique, toute empreinte d’idéalisation et de mysticisme. C’est un beau spectacle que Mon Lou, qui nous révèle comment l’amante devient muse.

Mon Lou : Moderne, érotique et osé

Mon Lou nous emmène à la découverte d’un Guillaume Apollinaire que l’on connaît peu : celui qui écrivit des lettres traversées d’un désir charnel puissant dont la modernité ne cesse de surprendre au cours du spectacle. L’écriture des lettres est à la fois poétique et crue dans un premier temps ; elle fait revivre l’ardeur des étreintes ; elle alimente l’appétit sexuel de deux êtres dans la fleur de l’âge qui demandent à la vie qu’elle les fasse vibrer. C’est aussi cette énigmatique Louise de Coligny-Châtillon qui se découvre au fil de Mon Lou et que Moana Ferré fait revivre pour notre plus grand plaisir. Nous devinons ainsi les contours d’une jeune femme libre, libérée même. Si Guillaume Apollinaire nous paraît d’une modernité surprenante, c’est une Lou épatante qui se dévoile.

Mon Lou rend effectivement son existence à cette femme revendiquant indépendance, libération sexuelle, droit au plaisir. La sexualité féminine se divulgue, s’affirme, se définit. Certes, Louise de Coligny-Châtillon n’est pas une femme quelconque, mais tout de même ! C’est une femme qui réclame l’orgasme, qui joue d’un corps dont elle maîtrise toutes les demandes. Les mots de Louise, extraits de l’une des rares lettres que nous avons conservées d’elle, sont incroyables d’un érotisme dont l’audace vous scotche dans votre siège. Tous ceux qui pensent que nous avons inventé quelque chose en termes de « sexto » peuvent aller se rhabiller !

Énergique, inventif et habile

Mon Lou exploite intelligemment les possibilités qu’offre un seul-e en scène. Deux temps dans le spectacle. Le premier centré sur Lou et sur la fascination qu’elle exerce sur le poète. L’enjouement et la légèreté d’une volupté exacerbée sont à l’instar de ces lettres savamment pliées, compositions de l’ordre de l’origami qui ne sont pas sans une certaine naïveté. Le second temps, plus grave, est quant à lui organisé autour de la figure du poète. S’y dessine un enthousiasme guerrier curieux, presque déconcertant. C’est ce que la mise en scène de Christian Pageault exploite bien. Tonalité franchement différente. Scénographie inventive : une large bande de papier sur laquelle viennent s’inscrire des taches de peinture. Cela suffit à rendre la guerre palpable. A dire sa violence aussi. Cet élan va de pair avec une certaine distanciation. Lou est moins proche, moins sensuellement présente. La fougue amoureuse et ses transports érotiques se sont mués. C’est autre chose qui est en jeu.

Poétique, mystique et fin

C’est encore le poète à sa table que nous entrevoyons à travers le soldat qui écrit. L’engouement martial semble contenir les pulsions sensuelles et sexuelles, ou se substituer à elles. Lou devient de ce fait l’échappatoire à la guerre, l’alternative lointaine, un idéal semblable à l’étoile polaire, l’ultime repère. Mon Lou montre bien comment ce personnage de muse est construit par Guillaume Apollinaire, sans que l’on puisse percevoir dans quelle mesure c’est une construction consciente ou un refuge cathartique inconscient. Il est d’ailleurs pertinent de laisser planer le doute.

Le mysticisme qui s’empare en tout cas de la correspondance du poète est émouvant. L’idéalisation est à l’œuvre. La relation à Lou devient somme toute la possibilité d’accéder à une dimension supérieure, de s’extraire de la réalité dans sa dimension salement prosaïque. Le poète est à l’œuvre et il lisse ses plus belles plumes dans les derniers morceaux choisis de Mon Lou. Rares sont les spectacles qui manient avec un tel talent l’équilibre entre l’homme et l’artiste.

En savoir plus :

  • Mon Lou avec Moana Ferré, mise en scène par Christian Pageault, à le Bœuf sur le Toit (Lons-le-Saulnier, France) le 4 décembre 2017
Morgane P.

Morgane P.

Rédactrice/Editor chez Bulles de Culture
Littéraire dans l’âme, cœur tendre, j’aime que l’on me raconte des histoires, que l’on m’emmène à la rencontre de personnages qui me fassent vibrer, qui m’emportent, qui me touchent, et vivre à travers eux de belles et incroyables aventures.

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