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PHOTO Gabriel YARED
© L KOFFEL

[Interview] Rencontre avec Gabriel Yared, compositeur de musique

A l’occasion du Week-end des Musiques à l’image 2017, nous avons rencontré le compositeur de musique de films Gabriel Yared qui recevra un hommage lors de cet évènement. L’interview de Bulles de Culture. 

Interview de Gabriel Yared : Les débuts

Gabriel Yared vit son enfance au Liban. Il arrive à Paris pour suivre les cours de composition d’Henri Dutilleux à Paris. Après un passage par le Brésil, le compositeur revient en France pour devenir orchestrateur. “J’ai été orchestrateur pour des chanteurs de variété. On devait tout inventer dans une chanson comme l’accompagnement, le contre chant. L’orchestration, c’est l’écrin dans lequel vient se loger le petit diamant qui est la chanson. Il faut inventer ce qui précède la chanson et ce qui l’accompagne, par exemple l’agencement des violons, les cuivres. A cette époque, j’ai travaillé avec de très bons musiciens, comme Gilbert Bécaud, Charles Aznavour. D’autres chanteurs, compositeurs l’étaient beaucoup moins. Il fallait donc les accompagner pour faire ressortir le meilleur de la chanson proposée. J’ai débuté avec le duo Sylvie Vartan/ Johnny Hallyday avec la chanson J’ai un problème. Grâce à eux, j’ai beaucoup appris, notamment sur la manière de faire de la musique.

Je suis autodidacte. Il a fallu que j’apprenne. Pour ce faire, j’achetais des partitions d’orchestre. Quand j’ai arrêté l’orchestration, mon maître Henri Dutilleux m’a conseillé de prendre des cours de contre points. L’orchestration a été la manière de faire s’épanouir ma passion pour la musique. J’avais une bonne oreille. L’oreille ne suffit pas. il faut connaitre les lois de l’architecture. Ces lois sont inévitables pour ceux qui veulent progresser en musique”.

La collaboration avec Jean-Luc Godard

Sauve qui peut (la vie) photo
© Gaumont

A partir de 1980, Gabriel Yared consacre l’essentiel de son activité à la composition de musiques de films. Sa première collaboration se fait avec Jean-Luc Godard. “Jean-Luc Godard est très mélomane. Il connait Bach et Beethoven par coeur. Godard ne m’a pas montré les images de son film avant que je travaille sur la musique. Il m’a simplement parlé de son projet. Je voulais être là avant les images pour pouvoir imaginer. Car les images tournées ne poussent pas à imaginer. Pour imaginer les choses, il ne faut pas qu’elles soient encore incarnées. Il faut qu’elles soient dans l’air. Les exemples sont nombreux, notamment avec Godard et Sauve qui peut (la vie) (1980) ou Jean-Jacques Beineix. Godard m’a influencé dans la manière d’approcher la musique de film. On est véritablement un co-auteur de sa démarche. J’ai souvent entendu que la musique est un personnage dans le film. Pour cela, il faut lui donner du temps. C’est pour ça que j’ai décidé de faire moins de projets pour plus m’investir dans ceux que je choisis. J’ai passé notamment 8 mois pour Le Patient Anglais (Oscar de la meilleure musique) ou encore plus d’un an avec Xavier Dolan pour son prochain film (The Death and Life of John F. Donovan)”.

Les musiques les plus emblématiques de Gabriel Yared

Gabriel Yared se lance dans des collaborations fructueuses aux côtés entre autres de Jean-Jacques Beineix, Jean-Jacques Annaud (César pour L’Amant), Anthony Minghella (Oscar pour Le Patient anglais) et Xavier Dolan. “J’ai très rarement plusieurs projets en même temps. Je peux très bien composer la musique avant le tournage. Mais il y a un travail après le tournage, pendant le montage. Certains mettent des musiques temporaires durant le tournage avant de faire appel par la suite à un compositeur. Ce n’est pas ma manière de travailler. Je souhaite être intégrer le plus possible en amont du tournage du film. Sur le prochain film de  Xavier Dolan, j’ai commencé à y réfléchir en mars 2016 pour enregistrer la musique en juillet 2017.

Les américains ne comprennent pas toujours qu’on puisse commencer la musique sans que le film soit tourné. Certains comprennent très bien comme Robert Altman. Il faut que ces réalisateurs américains comprennent davantage le pouvoir de la musique sur les images. Elles peuvent changer une perception, accroître une impression…”

Son expérience sur La Promesse de Terry George et le Festival Cannes

La Promesse photo film critique
© D.R.

Récemment, Gabriel Yared a travaillé avec Terry George (réalisateur de Hotel Rwanda) sur La Promesse. Le film avec Charlotte Le Bon et Christian Bale revient sur le massacre arménien. “Ça a été un projet difficile pour moi. Je me suis souvenu de cette période là. J’ai essayé de composer une musique sobre et pudique en adéquation avec la thématique du génocide. Je ne pouvais pas faire de la musique trop lyrique ou romantique. L’image parlait d’elle même. La musique devait être sur la pointe des pieds, pas trop envahissante. Je n’aime pas trop quand une musique est envahissante dans un film. Quand la musique arrive, il faut qu’elle apporte quelque chose de nouveau à ce qu’on voit et ce qu’on ressent”.

Le compositeur a également été dans jury au 70e Festival de Cannes en 2017. “Quand j’étais à Cannes. Je n’étais pas là pour analyser la musique mais pour juger film dans sa globalité. Je ne donnais pas une place primordiale à la musique dans mon jugement. Quand la musique me gênait, j’essayais de la mettre de côté. Je ne voulais pas avoir un regard d’artiste spécialisé. Néanmoins, mon oreille est toujours titillée. Je ne vais que très peu au cinéma, même si j’adore le cinéma. Je passe beaucoup de temps enfermé dans la musique. Quand je fais de la musique, je m’ouvre au monde entier. D’ailleurs, j’avais dit à Thierry Frémaux que je n’étais pas un grand cinéphile. Il m’a dit que ça n’avait pas d’importance”.

Le Week-end des Musiques à l’image 2017

Week-end des Musiques à l'image - 2016
© Charles Platiau

Le Week-end des Musiques à l’image 2017, organisé sous le mécène d’Audi talents, proposera un grand concert exceptionnel en hommage à Gabriel Yared le samedi 9 décembre à 20H30 dans la Grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris. “Tout va être prestigieux lors de ce concert. Tout d’abord, il y a l’orchestre : le London Symphony Orchestra dirigé par Dirk Brossé qui est un ami. C’est un concert que je prépare depuis le mois de juin. Il a fallu que je puisse trouver des images qui soient diffusées en même temps que la musique, car c’est la volonté d’Audi. J’ai choisi chaque scène qui sera diffusée. Cependant, je ne vais pas mettre systématiquement en adéquation la musique avec les scènes correspondantes. Je vais essayer de donner une autre vision aux spectateurs. Je suis honoré d’être accompagné par Catherine Ringer et Yael Naim lors de ce concert. J’ai proposé à Catherine Deneuve de chanter l’ouverture de la BO du Patient Anglais. Puis elle reprendra La complainte de la vieille salope qu’elle a interprété pour Tatie Danielle. Quant à Yael Naim, je ne la connais pas. Je trouve que c’est un ovni avec une voix merveilleuse. J’avais envie de travailler avec elle pour ce concert. Je vais bientôt la découvrir et je suis impatient”.

Entretien réalisé par téléphone le 23 novembre 2017.

En savoir plus :

  • Week-end des Musiques à l’image 2017 les 9 et 10 décembre
  • Site officiel de la Philharmonie de Paris
  • Site officiel de Gabriel Yared
Antoine Corte

Antoine Corte

Rédacteur en chef adjoint / Deputy editor in chief chez Bulles de Culture
Toujours à défendre le cinéma français, j'aime particulièrement faire découvrir les films à petites sorties mais à portée universelle.

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