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[Critique] “Los Nadie” (2015) de Juan Sebastián Mesa

N’être rien ni personne. Premier long-métrage de Juan Sebastián Mesa, Los Nadie donne un visage à une jeunesse colombienne en marge et en fuite pour une vie plus exaltante. En otro lugar, al sur, por Latinoamérica.

Synopsis :

Entre amours, haines et promesses brisées, cinq amis de la rue qui se découvrent au sein d’une ville hostile. Ceci est l’histoire de jeunes gens avides de voyages, qui trouvent dans l’art de la rue et la musique, un refuge et une échappatoire.

« Calquier joven, cualquier parte del mundo »

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© D.R.

Ne rien comprendre au monde des adultes, se construire un monde à soi et dans l’instant. Pour ces adolescents, le discours parental n’est synonyme que de peur — du danger de la rue, de l’échec social, de la misère affective… « ¿ Estoy muerta ? » – « Suis-je morte ? », se demande la mère — ou de sermon moral et religieux. Sous un ciel sans air et impossible à percer, accentué par le noir et blanc du film Los Nadie, il leur reste le squat, la rue, un terrain de jeu qui s’étend à l’infini sur les collines de Medellín. Pour Juan Sebastián Mesa, « c’est peut-être le portrait le moins diffusé dans les magazines, mais il est plus vivant que jamais. ».

Jongleurs de rue aux feux rouges pour gagner quelques pièces, ils s’inventent une vie de défonce et d’école buissonnière. Juan Sebastián Mesa observe ainsi avec force détail une jeunesse qui s’asphyxie elle-même, à grandes bouffées nerveuses de cigarillos et de pétards, avant que le système ne les étouffe à son tour.

Los Nadie : Voyager pour ne pas mourir en vie

LOS NADIE Juan Sebastian Mesa image 3
© D.R.
Meurt lentement celui qui se transforme en esclave
des habitudes, répétant tous les jours les mêmes chemins,
ne se risque pas à vêtir une nouvelle couleur
ou ne discute pas avec des inconnus.
Meurt lentement celui qui évite la passion
et son tourbillon d’émotions,
celles qui sauvent l’éclat des yeux
et les cœurs abattus…
— Extrait deMuere lentamente’ de Martha Medeiros

Los Nadie sont pourtant plus que de simples jeunes aburridos y enojados en quête d’identité. Leur son punk, leur message no future, empreint de rébellion juvénile, expriment une intense ferveur dans un pays marqué par des décennies de guerre civile, de pertes et de violence. Frêles, blondes platine, piercings et corps tatoués, les deux héroïnes Manu (Maria Camila Castrillón) et Ana (Maria Angélica Puerta) radicalisent ce qu’elles affichent sur des posters dans leur chambre : mujer / revolución. « J’ai eu l’idée de réaliser un film qui exprimait le sentiment inexplicable de vouloir partir de son pays sans but fixe », a expliqué Juan Sebastián Mesa. Ces gueules cassées, ces têtes paumées se donnent rendez-vous un matin pour prendre la route avec en poche l’argent prévu pour payer leurs études. Perú, Bolivia, Argentina, aller le plus loin possible, au sud.

« Medellín, hogar más espiritual que físico »

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© D.R.

D’un court-métrage à un long-métrage « hecho con las uñas »fait avec les ongles », dixit Juan Sebastián Mesa), le long métrage Los Nadie a nécessité dix jours de tournage intense dans les rues de Medellín. « Les acteurs n’ont jamais lu le scenario, a raconté Juan Sebastián Mesa. Je voulais leur faire vivre le film peu à peu pour qu’ils s’approprient le projet sans aucune pression ». Le réalisateur a ainsi laissé ses acteurs parler avec leurs propres mots, faire appel à leur forme quotidienne d’expression, et considère donc les dialogues de Los Nadie comme des créations collectives. Influencé par la photographie, il a choisi le noir et blanc pour donner cette teinte monotone car pour lui, « no sabes si es mañana o por la tarde » (« Tu ne sais pas s’il s’agit du matin ou de l’après-midi »).

Le Panorama du Cinéma colombien 2017 qui s’est tenu au cinéma du Reflet Médicis à Paris (du 11 au 17 octobre) a mis à l’honneur la jeunesse colombienne cette année pour rappeler que la moitié de sa population a moins de trente ans aujourd’hui, notamment dans les villes. Et dans Los Nadie, le jour du grand départ, au petit matin, un des jeunes se fait agresser en chemin et manque au rendez-vous. Il rentre alors chez lui, la tête basse ; ses cheveux ont été rasés courts par les délinquants. Sa mère est ravie, selon elle, il a meilleure allure ainsi. Et pour Juan Sebastián Mesa, « No muere realmente sino que vuelva a casa, en su hogar – Medellín » (« Il ne meurt pas réellement, il rentre à la maison, dans son foyer – Medellín »).

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 06/12/2017
  • Distribution France : Le Chien qui Aboie
Gwenaëlle L.P.

Gwenaëlle L.P.

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
J'aime tous les cinémas, pourvu qu'ils me transportent et me fassent réfléchir.

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Site personnel : L'avventura di Gwen
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