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Cyrano Lazare Herson-Macarel affiche

[CRITIQUE] “Cyrano” de Lazare Herson-Macarel : Lettres ou ne pas être

En décembre 1897 se jouait la première de Cyrano sous l’égide d’Edmond Rostand qui ne pressentait qu’un échec certain. Le metteur en scène Lazare Herson-Macarel, accompagné de la Compagnie de la jeunesse aimable, sauront-ils apporter un éclat nouveau à cette pièce prospère et toujours en vogue ? Notre avis.

Synopsis :

Cyrano est une pièce démesurée en 5 actes, faisant intervenir quarante-cinq personnages, du bourgeois au marquis, du tire-laine au pâtissier, des poètes aux soldats espagnols. Les décors qui viennent embellir la scène d’un acte à l’autre sont très différents et, comportent même une scène de bataille. Eddie Chignara, dans le rôle titre, ainsi que les onze comédiens de la compagnie La Jeunesse aimable, nous font revivre la frénésie, le caractère fougueux et turbulent du cadet de Gascogne, Cyrano de Bergerac.

Une pièce si souvent mise en scène

C’est un sacré défi que s’est lancé Lazare Herson-Macarel en mettant en scène cette célèbre pièce d’Edmond Rostand. En effet, toutes les générations ont été touchées par cet amoureux de la gloire qu’est Cyrano, et sa sensibilité. Emporter les spectateurs avec cette pièce, on pourrait affirmer que c’est du tout cuit. Pourtant… Chacun a, au fond de son esprit, une représentation idéalisée du poète, car nous possédons ses péripéties sur l’une des étagères de notre bibliothèque. Ou bien l’amateur de cinéma aura contemplé les prouesses de Gérard Depardieu dans le rôle-titre du film de Jean-Paul Rappeneau qui lui vaudra une nomination à l’Oscar du meilleur acteur. Ou alors serez-vous allé, l’année passée, admirer l’interprétation de Philippe Torreton, enfermé dans l’asile psychiatrique du Théâtre de la Porte Saint-Martin, mis en scène par Dominique Pitoiset.

A chacun donc son Cyrano, et dans tous les cas, l’imaginaire collectif est rude et exigent. Lazare Herson-Macarel saura-t-il, alors, nous emporter dans son univers et nous faire aimer son Cyrano ?

Cyrano, les coulisses d’une victoire

L’ingéniosité et la réflexion sont de mise pour galvaniser les spectateurs et faire revivre des personnages ayant traversés plus d’un siècle. Dès la première scène de la pièce de théâtre Cyrano, le ton est donné et le charme opère. Derrière les rideaux écarlates s’ennuie une batterie qu’une viole de Gambe viendra rompre. La mélodie de ces deux instruments viennent remplacer les traditionnels trois coups du brigadier. Une partition parfois improvisée pour  une ambiance enjouée qui ne s’éteindra pas avant le cinquième acte. Une première note qui emporte déjà et qui est précurseur d’un instant mélodieux.

Le public lui, divin, haut perché sur leurs strapontins. Les comédiens eux, isolés sur les planches tels des intouchables. Lazare Herson-Macarel a décidé d’abattre le 4ème mur qui sépare ces deux entités pour rendre le tout céleste. Ainsi, la scène s’étend dans tout le théâtre. Désormais, il y a un 46ème personnage : l’ensemble des spectateurs. Cette volonté du metteur en scène permet d’immerger le public et de le faire participer. S’installe alors un échange entre les témoins et les comédiens, ainsi qu’une véritable emprise. L’attention est conquise avec volupté.

Voici donc les premiers atouts engagés. Existe-t-il alors une faille à cette mise en scène ?

La tempérance au service du panache

Tempérance. C’est le terme qui s’insinue dans notre esprit lorsque les ornements s’installent sur scène. Le décor est en effet très sobre, rupestre. Nous sommes d’abord interloqués mais finalement notre imagination visualise ce que nos yeux sont incapables de voir. Les planches de bois et les quelques marches qui ornent les planches se muent avec aisance en balcon, bastion ou en l’arbre qui sera l’épitaphe de Cyrano. Une sobriété qui n’a d’autre but et d’effets que de mettre en relief et d’embellir chacun des artistes qui jouent au rythme de la musique. Dans la pièce Cyrano, un mélange des arts prend corps avec subtilité.

Des artistes sublimés

Le rôle titre, interprété par Eddie Chignara, est particulièrement imposant, pour le nombre de vers (plus de 1600) d’une part, et par le charisme du poète, d’autre part. Cependant, l’ensemble des personnages foulent la scène avec prestance. Les rôles de Roxane, interprété par Morgane Nairaud, et de Christian, empruntant les traits de Joseph Fourez, ne sont pas éclipsés par l’ombre imposante de ce Cyrano. Bien au contraire, chacun d’eux possède un caractère bien affirmé qui pourrait bien faire d’eux des rivaux. Le jeu de l’ensemble des comédiens porte avec panache cette pièce intelligente prônant la liberté.

Vous l’aurez compris, la pièce de théâtre Cyrano forgera désormais votre représentation de l’héroïque cadet de Gascogne.

En savoir plus :

  • Cyrano au Théâtre de Suresnes Jean Vilar (France), les vendredi 10, samedi 11 et mardi 14 novembre 2017 à 21h, le dimanche 12 novembre 2017 à 17h, puis en tournée en Ile-de-France
  • Pièce à partir de 14 ans
Pierre L.

Pierre L.

Rédacteur / Editor chez Bulles de Culture
TOP 5 Cinéma : "Le cercle des poètes disparus" (1989), "Vol au dessus d'un nid de coucou" (1975), "La soif du mal" (1958), "La corde" (1948), "Gran Torino" (2008)
Pierre L.

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