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Mindhunter critique série
© Merrick Morton/Netflix

[CRITIQUE] “Mindhunter” saison 1 : En quête de thriller

Mindhunter, la nouvelle série estampillée David Fincher est à découvrir sur Netflix. Notre portrait robot sur ce thriller intriguant dans la lignée de Zodiac. Critique et avis. 

Synopsis :

En 1977, à l’aube de la psychologie criminologique et du profilage au FBI, les agents Holden Ford (Jonathan Groff) et Bill Tench (Holt McCallany) vont s’entretenir avec plusieurs tueurs en série. Ensemble, et avec l’aide de la psychologue Wendy Carr (Anna Torv), ils vont tenter de cerner la personnalité de nombreux meurtriers afin d’acquérir les connaissances nécessaires à la résolution d’affaires criminelles.

Un nouveau château de cartes sur Netflix

Mindhunter critique série
© Merrick Morton/Netflix

En suivant les traces du livre Mindhunter : Dans la tête d’un profileur de John E. Douglas et Mark Olshaker, la série Mindhunter marque le retour à la télévision de David Fincher en tant que réalisateur et producteur. Quatre ans après les débuts de House Of Cards, dont il avait signé les deux premiers épisodes, le réalisateur de Seven renoue avec Netflix. Entre temps, une relation conflictuelle avec HBO digne de Gone Girl et trois séries jetées à l’eau comme autant de cadavres encombrants. Engagé sur le remake de la série british Utopia, sur Videosyncrazy ainsi que Shakedown (en collaboration avec James Ellroy !), Fincher a été contraint d’abandonner ses projets avant de rompre le câble avec HBO. Netflix se tenait déjà prête, dans l’ombre,  à céder à ses avances.

Avec le thriller Mindhunter, David Fincher a pu développer une nouvelle série de la même manière que House Of Cards sans en être le créateur : participer à son lancement, servir de label qualité et réaliser quelques épisodes avant de retourner à ses affaires (à savoir, la réalisation de World War Z 2). House Of Cards ressemblait déjà à ce crime imparfait, où, tout en confiant les rennes à Beau Willimon, on y retrouvait l’influence et les sédiments du style Fincher. Alors que le château de cartes s’écroule suite à l’affaire Kevin Spacey, Netflix voudrait en renouveler le succès.

Même si David Fincher laisse le contrôle au scénariste Joe Penhall (La Route), il envisagerait la série sur le long terme et l’accompagne en tant que producteur aux côtés de Charlize Theron. Faut-il donc s’enthousiasmer pour l’avenir de Mindhunter ou craindre qu’elle ne soit rapidement enterrée ? Sans le moindre doute, avec cette série sur la naissance du profilage criminel au cours des années 70, Fincher macule ces dix épisodes de sa marque de fabrique.

Mindhunter, la saison de la chasse

Mindhunter critique série
© Merrick Morton/Netflix

Ce n’est pas un secret, la télévision grouille d’histoires de tueurs en séries et sociopathes insondables. Les Experts, Esprits Criminels, Mentalist… Est-ce donc avec cela que Netflix espère appâter son public et étirer sa série sur X saisons à coups de tueurs iconiques, le tout entrecoupé d’épisodes standalone ? En fait, ce n’est pas son objet. Dans Mindhunter, les deux enquêteurs du FBI Holden Ford et Bill Tench s’intéressent aux tueurs en série pour en cerner leur nature et ainsi résoudre leurs affaires. Suite à un programme d’entrevus lancé par le FBI, John E. Douglas a notamment interrogé le redouté Ed Kemper, qui aurait inspiré le personnage d’Hannibal Lecter. On croirait presque un prequel au Silence des Agneaux

Quand Ford évoque le cas sensible Charles Manson à des policiers sceptiques, sa réflexion sur les causes de sa folie meurtrière est aussitôt abattue, perçue comme une tentative d’absoudre le tueur. « Il est né comme ça » lui répond-on. « Juste mauvais. » Ses approches pour rationnaliser les motifs criminels se heurtent à des refus notoires : les meurtriers ont toujours porté le germe du mal en eux, on ne peut analyser ou justifier leurs actes. En ce sens, on a bien affaire à du Fincher. De Seven à Fight Club en passant par Zodiac, le réalisateur se passionne pour les personnages dérangés, cryptiques, aliénés, au cœur d’une fiction cauchemardesque qui se dilue dans la réalité ordinaire.

Justement, Holden Ford (Jonathan Groff, apercu dans Looking), droit dans ses bottes, est inspiré de John E. Douglas lui-même. Le partenaire de ce dernier, Robert Ressler, a inspiré en toute logique Bill Tench (Holt McCallany, Lights Out). Quant à la psychologue Wendy Carr (Anna Torv, connue pour le rôle d’Olivia Dunham dans Fringe), elle tient d’Ann Wolbert Burgess, qui a notamment aidé le FBI sur les motivations sexuelles des tueurs. Au premier abord, le duo que forme Tench et Ford semble assez aseptisé et classique. Nous sommes loin du tandem extravagant Rust Cohle/Marty Hart de True Detective. Mais si Mindhunter n’abat par ses cartes trop vite, c’est pour mieux délier les langues de ses personnages après quelques épisodes…

David Fincher, fidèle à lui-même

Mindhunter critique série
© Patrick Harbron/Netflix

Car dans Mindhunter, à l’image de son générique langoureux, il n’est pas question de grands feux d’artifices visuels ni de courses-poursuites criardes, mais de discussions, d’écoutes. De détails, d’indices, de gros plans sur la nature humaine, de lents travellings sur les dérives de l’âme. David Fincher et Joe Penhall n’ont pas cherché à survendre leurs premiers épisodes, pourtant plombés par une certaine austérité formelle, à l’image de Ford, cravate parfaitement nouée et bien sous tous rapports. Minutie et patience se retrouvent donc dans l’esthétique très léchée de Fincher, aussi soignée et perfectionniste que le jouvenceau Holden Ford. La caméra y est toujours en retrait tel un témoin muet, progressant, comme dans Panic Room, avec une lente grâce autour de sa proie. La composition rappelle Gone Girl, Zodiac et House Of Cards, aussi ordonnée qu’un crime rituel, sans fioriture ni rature. Une élégance de l’image qui témoigne de la fascination et de l’obsession de Fincher et ses personnages. Si bien que l’harmonie visuelle finit par créer un décalage avec la psyché torturée des sujets de l’histoire.

Ainsi, les enjeux se révèlent peu à peu pour rythmer les épisodes de débats fascinants (le voilà, le point commun avec True Detective, sans parler des causeries on the road). On touche ici du doigt ce que beaucoup de séries policières évitent. Comment la folie s’immisce-t-elle en chacun de nous ? Comment ne pas se laisser affecter par la malveillance qui nous entoure ? Comment faire preuve de raison face à des meurtriers pourtant si rationnels et complexes ? « Je peux pas laisser ces mecs déteindre sur moi, dit Ford à sa compagne. Leur vision du sexe…» Avant qu’elle ne conclut, suggestive : « Et des femmes. »

Comprendre l’autre

Mindhunter critique série
© Merrick Morton/Netflix

Avec Le Silence des Agneaux et les séries comme Mentalist, le profilage criminel nous semble acquis alors qu’il n’y a pas si longtemps, il s’agissait encore d’une hérésie. « Tu ne trouves pas ça fou, notre démarche d’interroger les tueurs ? » demande Bill Tench à Wendy Carr. « Au contraire, répond-elle. C’est fou dans le sens d’une nouvelle idée. » On parlait encore de sequence killer pour désigner les tueurs en série. Avant que Douglas et Ressler n’inventent le terme de serial killer. Les Etats-Unis changent alors de paradigme. La libération sexuelle, le Watergate, le Vietnam, mais aussi le traumatisme Charles Manson, tout cela aboutit à une vaste remise en question collective. Le progressisme du FBI va notamment céder face à la mode de la psychologie. « Avec Mindhunter, je m’interroge sur notre capacité à comprendre l’autre, celui qui ne pense pas comme nous » a confié Fincher à Télérama.

Les personnages de Tench et Ford, par exemple, sont d’abord inaccessibles. Mais le tandem, comme la série elle-même, se débride peu à peu, se prend moins au sérieux, plus sûre de ses assises jusqu’à trouver ses notes d’humour. Cameron Britton, qui incarne Ed Kemper nous fascine avec sa performance plus vraie que nature. Quant à Anna Torv (qui ressemble à s’y méprendre à Carrie Coon), elle est une formidable valeur ajoutée aux expertises psychologiques.

Sur le fond comme sur la forme, David Fincher et Joe Penhall maitrisent donc leur sujet. Originaire de la télévision en réalisant de nombreux clips musicaux, Fincher fait preuve d’une grande application tout en jouant sur le rythme de la série. Les scénaristes (dont John E. Douglas en tant que consultant) ne cherchent pas à nous tendre des pièges à grands renforts de cliffhangers. L’intrigue se déroule peu à peu comme comme le ruban d’un magnétophone en lecture. Ainsi, Mindhunter a l’intelligence de cumuler les entretiens épisodiques entre le FBI et les criminels incarcérés puis une intrigue centrée sur un mystérieux tueur au Kansas (Dennis Rader, alias BTK). Une vision sur le long terme que défend largement Fincher, soucieux de mettre en scène un équivalent du tueur du Zodiaque.

Netflix ne prétendra pas le contraire après tout, le crime paie plutôt bien.

En savoir plus :

  • Mindhunter saison 1 est disponible sur Netflix depuis le 13 octobre 2017
  • Série renouvelée pour une saison 2
  • Mindhunter : Dans la tête d’un profileur est disponible aux Éditions Michel Lafon

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